Mercredi 28 octobre 2020

Justice

La police russe enquête sur les experts de la Galerie Tretiakov

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 7 mai 2015 - 522 mots

MOSCOU / RUSSIE

MOSCOU (RUSSIE) [07.05.15] - Des enquêteurs ont procédé à une perquisition mardi dans les locaux de la célèbre Galerie Tretiakov de Moscou (un musée d’Etat russe). Ils sont repartis avec un ordinateur, sur lequel aurait été établies des évaluations falsifiées d’oeuvres d’art.

L’affaire a commencé le 29 avril, lorsque les douaniers de l’aéroport de Vnukovo (Moscou) ont émis des doutes sur la valeur de cinq peintures qu’un individu tentait de faire sortir du pays. Ce dernier, identifié par la police comme un « directeur de la commission électorale territoriale du quartier de Lomonossov » (Moscou) âgé de 33 ans, a déclaré une valeur de 180 000 roubles (3 222 euros) pour ces peintures. Parmi les oeuvres saisies par les douaniers figurent l’aquarelle Dans les prairies du Caucase de Valentin Serov, et l’anneau rouge de Piotr Konchalovsky. Figurent aussi le diptyque Vénus et Cupidon, une oeuvre jusqu’ici inconnue de Konchalovsky, et une autre oeuvre (non nommée) du même peintre, jamais exposée en public. Les douaniers indiquent avoir identifié les oeuvres uniquement grâce aux signatures des artistes.

Une enquête pour « contrebande de valeurs culturelles » a été ouverte. La douane suspecte une falsification de l’évaluation des oeuvres, dont elle a donné une estimation dix fois supérieure, soit 1,9 million de roubles (34 000 euros). Une source policière a confié à l’agence Moskva que la valeur totale des oeuvres pourrait même atteindre les 15 millions de roubles (268 000 euros). Les oeuvres de Serov et de Konchalovsky s’échangent en Occident à des prix dépassant parfois la dizaine de million d’euros. Le suspect a été relâché, sous condition de non sortie du territoire russe.

La police s’est ensuite intéressée à l’auteur présumée de l’évaluation, Tatiana Ermakova, responsable du département des oeuvres de la première moitié du 20e siècle à la galerie Tretiakov. Elle figure pour l’instant en tant que témoin dans l’enquête. La perquisition s’est déroulée dans son cabinet. Ermakova se défend dans la presse russe de toute activité illégale ou d’avoir sciemment sous-estimé des oeuvres. Elle nie avoir évalué des oeuvres de Serov, qui ne sont pas de son ressort (puisqu’il s’agit du 19e siècle), mais admet la possibilité que des oeuvres de Konchalovsky aient été estimées par des experts de son département.

Selon la loi russe, l’exportation d’oeuvres d’art âgées de plus de 100 ans (c’est le cas des oeuvres de Serov) est rigoureusement interdite. Le déplacement temporaire d’oeuvres anciennes à l’étranger est soumis à une validation du ministère de la Culture. L’exportation d’oeuvres de plus de 50 ans (c’est le cas de la plupart des oeuvres de Konchalovsky) nécessite un visa du ministère de la Culture. L’estimation d’experts liés aux grands musées d’Etat est examinée par le ministère de la Culture russe, qui en dernier ressort décide d’accorder ou non des visas à l’exportation.

L’honnêteté des experts russes fait régulièrement l’objet de soupçons et de l’attention de la justice. Début 2014, l’arrestation d’une experte du Musée Russe (Saint-Pétersbourg) avait déjà défrayé la chronique. Elena Basner a passé plusieurs jours en prison pour avoir facilité par son expertise une transaction de 250 000 dollars pour un faux tableau. Le procès suit son cours.

Légende photo

Galerie Tretiakov à Moscou © Photo Andrey - 2008 - Licence CC BY-SA 2.0

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