Mercredi 19 décembre 2018

Politique

Cuba : l'artiste Tania Bruguera arrêtée avant d'avoir pu manifester

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 6 décembre 2018 - 399 mots

LA HAVANE / CUBA

L'artiste militante cubaine Tania Bruguera a été arrêtée mercredi, pour la troisième fois en trois jours, au moment où elle s'apprêtait à manifester contre un décret dénoncé par de nombreux artistes comme une menace à leur liberté et leur créativité.

Tania Bruguera
Tania Bruguera
Photo Claudio Fuentes

"Tania a été arrêtée", a déclaré au téléphone à l'AFP Iris Ruiz, une actrice et coordinatrice de la campagne contre ce décret, le 349, qui doit entrer en vigueur vendredi. "La Sécurité de l'Etat (la police politique cubaine, ndlr) l'avait déjà prévenue que si elle sortait de chez elle, elle serait arrêtée". Peu avant, Tania Bruguera, 49 ans, qui réside à la fois aux Etats-Unis et à Cuba, avait expliqué à l'AFP qu'elle allait se rendre à une manifestation face au ministère de la Culture, dans le cadre de cette campagne destinée à exiger une "réunion ouverte et publique" sur ce décret ou son retrait pur et simple. 

L'artiste, qui a déjà exposé à la Tate Modern de Londres et au Musée d'Art moderne de New York (Moma), a raconté avoir déjà été arrêtée lundi, au moment de sortir de sa maison à La Havane, puis le mardi, lorsqu'elle avait participé à une action de protestation face au ministère. Ces courtes détentions, de seulement quelques heures, sont une pratique courante des autorités cubaines, depuis la deuxième moitié des années 1990, pour décourager les rassemblements de dissidents.

Jeudi, le bâtiment du ministère de la Culture était gardé par deux patrouilles de police et des agents en civil, a constaté un journaliste de l'AFP. "Nous allons continuer à manifester, car nous sommes contre ce décret. Les normes et les régulations ne peuvent pas criminaliser la création artistique", a affirmé Tania Bruguera.

Le décret 349 a été signé par le président Miguel Diaz-Canel le 20 avril, un jour après avoir pris la suite de Raul Castro, et, selon les autorités, l'objectif est de lutter contre les contenus vulgaires, pornographiques, sexistes ou discriminatoires dans les œuvres artistiques à Cuba. Fortement critiqué sur les réseaux sociaux, le décret oblige les artistes à s'enregistrer auprès d'une institution culturelle de l'Etat, à laquelle ils doivent demander l'autoriser pour pouvoir jouer, exposer ou commercialiser leur œuvre. Silvio Rodriguez lui-même, le chanteur le plus célèbre de l'île, a dénoncé sur son blog le texte, estimant qu'il aurait dû être conçu de façon "plus démocratique", avec la participation des artistes.

Cet article a été publié par l'AFP le 5 décembre 2018.

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