Politique

Une artiste cubaine interdite d’entrer dans son pays

Par Antonin Gratien · lejournaldesarts.fr

Le 12 avril 2019 - 445 mots

LA HAVANE / CUBA

Les autorités ont refusé l’entrée sur l’île à l’artiste Coco Fusco, publiquement opposée à un décret du gouvernement.

Coco Fusco, performance : A Room of One's Own: Women and Power in the New America (2006-2008) - © Photo Coco Fusco
Coco Fusco, performance A Room of One's Own: Women and Power in the New America (2006-2008)
© Photo Coco Fusco

Il ne fait pas bon d’être artiste contestataire à Cuba. Pour la seconde fois en un an, Coco Fusco a été refoulée à l’entrée de son pays. Tout juste arrivée à l’aéroport José Marti, l’artiste américano-cubaine de 58 ans explique avoir reçu « sans motif clair » l’ordre de retourner aux Etats-Unis. Elle n’assistera donc pas à la Biennale de la Havane dont les portes ouvrent aujourd’hui.

Cette décision des autorités s’inscrit dans un climat particulièrement tendu entre le gouvernement de Miguel Diaz-Canel, récent successeur de Raùl Castro, et plusieurs artistes de l’île des Caraïbes. Ces derniers s’estiment les victimes d’un récent texte de loi particulièrement controversé. Coco Fuesco attribue son interdiction d’entrée à sa critique du décret. 

Ce décret signé en avril 2018 par Miguel Diaz-Canel, peu de temps après son arrivée au pouvoir stipule que tous les artistes ont l’interdiction de se produire en public ou en privé, sans la permission du ministère de la Culture. En l’absence d’autorisation, le texte prévoit l’interruption des performances, la confiscation du matériel et la suspension du permis d’exercer son activité. 

Au prétexte de la protection du patrimoine national, le décret spécifie également qu’aucun symbole patriotique ne devra être utilisé à l’encontre de l’Etat. Ailleurs, il est indiqué que le langage « vulgaire ou obscène » (art.3d) à la télévision sera prohibé, et que la « commercialisation de livres contraire à l’éthique » (art.4d) constituera un délit.

L’entrée en vigueur de ce nouveau texte était prévue pour décembre. Coco Fusco qualifiait alors auprès du site américain Hyperallergic le décret d’« attaque contre les artistes précaires, les autodidactes, les politisés, et tous les gens qui refusent de marcher avec le gouvernement ». Une opinion notamment partagée par Amnesty International, qui évoque dans un communiqué une « voie ouverte à l’arbitraire ».

De son côté Fernando Rojas, vice-ministre de la Culture, voit dans la polémique un « prétexte pour organiser un mouvement plus agressif à l’encontre de l’ordre institutionnel du pays ». Cependant, face à la multiplication des manifestations, la mise en œuvre du décret a été repoussée à une date inconnue.

En réponse à ce qu’ils estiment être une politique d’intimidation, certains artistes ont organisé la « Bienal Sin 349 » en parallèle de la 13e biennale officielle havanaise. Ouvertement protestataire, l’évènement est un défi adressé au gouvernement.  « Il s’agit d’inviter tous les créateurs à se solidariser. Si le régime nous laisse mettre en place ce projet, c’est une victoire pour nous car cela veut dire qu’il ne peut pas nous faire taire. », affirme Alcántara, l’un des organisateurs.
 

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