Mercredi 25 novembre 2020

Art contemporain

Tania Bruguera obtient finalement son passeport

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 16 juillet 2015 - 553 mots

LA HAVANE (CUBA) [16.07.15] – L’artiste Tania Bruguera retrouve enfin son passeport après six mois de confiscation par Cuba, et a été nommée première artiste en résidence pour le bureau des affaires de l’immigration auprès du maire de New York. Le MoMA a annoncé également avoir acheté une de ses œuvres réalisées pour la 7e biennale de La Havane.

Tania Bruguera
Tania Bruguera, artiste

L’artiste cubaine Tania Bruguera voit enfin le bout du tunnel. Vendredi 10 juillet, les autorités cubaines lui ont rendu son passeport, confisqué lors d’une première arrestation en décembre destinée à l’empêcher de réaliser une performance subversive.

La ville de New York a également annoncé lundi qu’elle avait choisi Tania Bruguera pour être la première artiste en résidence pour le bureau des d'affaires de l’immigration (MOIA), mis en place pour sensibiliser et favoriser l'engagement avec les communautés immigrées, rapporte le New York Times. Pendant une année elle aidera l’agence à recruter des immigrants sans papier pour la nouvelle carte d’identité, IDNYC, qui donne accès à tous les services municipaux.

« Tania est évidemment à la pointe de ce type d'art », a déclaré Tom Finkelpearl, délégué au département des affaires culturelles de la ville et ancien directeur exécutif du Queens Museum of Art, qui avait aidé Tania Bruguera à mettre en place le projet Immigrant Mouvement international (IMI), à Corona en 2011. « Le ministère de l'Assainissement a vraiment été le leader dans la réflexion sur ce que les artistes et l'art pouvaient faire », explique Tom Finkelpearl, ajoutant que d’autres résidences d'artistes vont être créées au sein des programmes municipaux dans l'année à venir.

Dans le même temps, le MoMA a révélé qu’il avait acheté Untitled (La Havane, 2000), une performance filmée à forte visée politique, que l’artiste cubaine avait créée pour la 7e Biennale de La Havane en 2000. Le lieu choisi, la forteresse La Cabaña, avait également une portée symbolique, puisqu’il était utilisé comme prison et lieu d’exécution au cours de la Révolution cubaine.

Tania Bruguera a loué les efforts déployés par le maire Bill de Blasio pour aider les immigrants sans papiers, y compris la carte d'identité, qui offre des avantages comme l'entrée gratuite dans de nombreuses institutions culturelles, l’accès à la bibliothèque et des réductions sur les médicaments soumis à prescription. « Pour de nombreux immigrants, la première chose qui leur est enlevée est leur droit d’être politisé, mais ce qui leur est également enlevé est leur capacité à rêver, à imaginer leur identité de façon créative ».

Toutefois, Tania Bruguera a déclaré qu’elle ne quitterait pas le pays tant qu’elle n’aurait pas reçu l’assurance juridique écrite qu’elle serait autorisée à revenir à Cuba, assurance que l’Etat s’est engagé à lui fournir dans les deux prochaines semaines. Selon le MOIA, si les autorités cubaines ne lui fournissent pas les documents, Tania Bruguera restera donc à Cuba, mais la ville de New York maintiendra le projet de résidence et sera épaulée par l’IMI qui suivra les instructions détaillées de l’artiste.

Tania Bruguera avait été arrêtée quatre fois cette année, notamment lors d’une tentative pour renouveler sa performance Tatlin’s whisper #6, créée en 2009, à La Havane. Sa détention et la confiscation de son passeport avaient suscité l'indignation au sein de la communauté artistique internationale. En avril, Creative Time avait organisé une manifestation à Times Square pour exprimer sa solidarité avec l'artiste.

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