Chine

Censure à Hong Kong, le M+ doit plier l’échine

Par Marion Pedram · lejournaldesarts.fr

Le 26 mars 2021 - 399 mots

HONG KONG / CHINE

Face à la pression des pro-Pékin, le centre d’art contemporain fait vœu de soumission aux lois nationalistes.

Le musée M+ vu puis Victoria Harbour. © Virgile Simon Bertrand/Herzog & de Meuron
Le musée M+ vu depuis Victoria Harbour.
© Virgile Simon Bertrand / Herzog & de Meuron

La scène culturelle de Hong Kong est mise en péril par la revanche des pro-Pékin sur l’opposition démocratique : toute œuvre ou exposition en désaccord avec le patriotisme chinois risque désormais la censure. Le M+, immense musée de la culture visuelle construit par Herzog et de Meuron, dont l’ouverture très attendue est prévue cette année, est perçu par les pro-Pékin comme une menace à l’intégrité patriotique.

D’après le South China Morning Post, le président du quartier culturel de West Kowloon, dans lequel le M+ est implanté, a affirmé que les commissaires d’exposition du musée « se plieront à la loi et feront leur travail avec professionnalisme ». Cela implique notamment de ne pas montrer le travail de l’artiste dissident chinois Ai Wei Wei, bête noire du gouvernement nationaliste, et plus largement, d’œuvres à caractère politique.

Cette déclaration fait suite aux prises de positions des journaux et politiciens pro-Pékin, qui ont accusé le musée de violer la loi chinoise de sécurité nationale. Cette loi, aussi connue sous le nom révélateur de « loi de la République populaire de Chine sur la sauvegarde de la sécurité nationale dans la région administrative spéciale de Hong Kong », musèle les ambitions démocratiques du territoire. Promulguée le 30 juin 2020 par la Pékin, en lieu et place du Conseil législatif de Hong Kong, elle fait craindre un sérieux recul des libertés, « la fin de Hongkong tel que le monde la connaissait » pour reprendre les mots de Joshua Wong, figure du mouvement pro-démocratie hongkongais.

Cette loi vise à réprimer quatre types de « crimes » : subversion, séparatisme, terrorisme et collusion avec des forces extérieures. Elle oblige notamment les plates-formes Internet à répondre aux requêtes des autorités pour supprimer des contenus ou accéder aux données des utilisateurs. Les médias et journaux sont strictement contrôlés, les livres et documents pédagogiques sont scrupuleusement vérifiés, et les manifestations culturelles sont vues d’un mauvais œil. En un mot, elle met fin à l’état de droit.

Les conséquences pour le M+ et le district culturel de manière générale sont dramatiques, car la promulgation de cette loi remet en cause la liberté d’expression artistique et compromet les relations commerciales avec le reste du monde. La position de l’archipel asiatique comme hub culturel au rayonnement international pourrait ne pas survivre à l’autoritarisme chinois. 

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