Dimanche 26 janvier 2020

Justice

Camouflet pour le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev à Monaco

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 13 décembre 2019 - 643 mots

MONACO

La justice monégasque a annulé jeudi la procédure pour escroquerie intentée en 2015 par Dmitri Rybolovlev contre le marchand d'art suisse Yves Bouvier, un énième rebondissement dans cette affaire qui fait flotter des soupçons d'emprise du milliardaire russe sur le Rocher.

Dimitri Rybolovlev. © Franck Nataf, 2012, CC BY-SA 3.0.
Dmitri Rybolovlev.

En janvier 2015, le propriétaire du club de football de l'AS Monaco avait accusé Yves Bouvier de l'avoir escroqué en lui revendant avec des marges exorbitantes une collection de tableaux digne d'un musée dont le Salvator Mundi de Léonard de Vinci, depuis cédé pour 450 millions de dollars, mais aussi des Picasso, Matisse, Van Gogh... 

Jeudi, fait rarissime, la procédure a été annulée de A à Z par la Chambre du conseil de la Cour d'appel de Monaco au motif qu'elle était inéquitable.

"On a gagné sur tout, et c'est quand même une libération. Après Singapour, Hong Kong et New York où j'avais été attaqué, c'est une victoire supplémentaire", a commenté auprès de l'AFP M. Bouvier.

"C'est un coup de tonnerre parce que la Cour n'a pas annulé pour un simple problème de vice de forme mais parce qu'elle a constaté que « l'ensemble des investigations ont été conduites de manière partiale et déloyale »", a réagi auprès de l'AFP Me Denis Fayolle, citant la décision de la cour.

Me Fayolle défend une ancienne amie commune de MM. Rybolovlev et Bouvier, Tania Rappo, elle aussi poursuivie avec M. Bouvier. Aujourd'hui, ni l'un ni l'autre ne sont plus inculpés.
  
Entregent 
  
"M. Bouvier aurait bien tort de se réjouir car cela n'affecte en rien le fond de l'escroquerie gigantesque qui lui est reprochée", a contesté Me Hervé Temine, l'un des avocats de M. Rybolovlev, qui a annoncé un pourvoi devant la Cour de révision de la Principauté : "M. Bouvier reste poursuivi en Suisse et susceptible de l'être à Monaco, en fonction de la décision de la Cour de révision". Elle devrait trancher d'ici l'automne 2020.
   
Pour le milliardaire russe, cette décision est un nouveau camouflet, dans une affaire qui ébranle le Rocher depuis 2015.
   
En cours d'instruction, la justice monégasque s'est mise à soupçonner l'intouchable M. Rybolovlev d'avoir usé de son entregent auprès de dirigeants de la police et de ministres à Monaco pour piéger M. Bouvier.

Ces soupçons ont notamment été étayés par des SMS retrouvés dans le téléphone de l'avocate du milliardaire, Me Tetiana Bersheda, et dont la révélation a fait scandale à l'été 2017. Selon les avocats de M. Bouvier, M. Rybolovlev entretenait ses bonnes relations avec les officiels monégasques avec des cadeaux, des embauches à l'AS Monaco, un vol en hélicoptère privé, ou de l'argent.

"La Cour a constaté qu'il y avait la procédure officielle, et en sous-marin (...) des contacts entre le procureur, les enquêteurs et le plaignant, du moins son avocate, qui ne figuraient pas en procédure", a souligné Me Fayolle.

Et en 2018, l'impensable s'est produit : du statut de plaignant, M. Rybolovlev est passé à celui de mis en cause, inculpé pour "corruption active" et "trafic d'influence".

Soupçonnés d'avoir aidé le milliardaire russe, qui a fait fortune dans la potasse lors des privatisations de l'économie russe à la fin de l'URSS, trois hauts dirigeants policiers, l'ex-garde des Sceaux Philippe Narmino et l'ex-ministre de l'Intérieur monégasques Paul Masseron ont aussi été successivement mis en cause.

Selon Me Franck Michel, un des avocats d'Yves Bouvier, l'arrêt de la cour d'appel va peser lourd sur la procédure ouverte pour corruption : "L'ensemble des responsables n'ont peut-être pas encore été inculpés" dans ce volet. Selon lui, M. Rybolovlev s'est rendu coupable "d'une fausse accusation" pour mettre à mal l'activité de M. Bouvier dans les ports francs, un secteur prospère dans lequel des proches du pouvoir russe avaient des projets concurrents.

"M. Rybolovlev voulait le procès ici (à Monaco, ndlr) parce qu'il pensait gagner", selon Me Michel.

Par Claudine Renaud

Cet article a été publié par l'AFP le 12 décembre 2019.

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