Dimanche 17 novembre 2019

La Fondation Luma en panne

Arles : querelle de clocher autour du projet de Frank Gehry

L’aménagement, sur le Parc des ateliers, de la Fondation Luma a reçu un avis défavorable de la Commission nationale des monuments historiques. L’architecte américain doit revoir sa copie.

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 25 mai 2011 - 782 mots

Une tour d’aluminium de 56 mètres de haut érigée sur les vestiges d’un cimetière antique, à Arles… Il n’en fallait pas plus pour que le permis de construire du projet de l’architecte américain Frank O’Gerhy pour la Fondation Luma soit retoqué. Un coup dur pour cette future institution dédiée à la photographie et financée par la mécène Maja Hoffmann.

ARLES - Comme il est difficile de construire en France, doit se dire Frank Gehry. Ses mésaventures avec le chantier de la Fondation Louis-Vuitton au bois de Boulogne à peine terminées, ce sont, à Arles, un clocher historique et une nécropole antique qui se dressent en travers du chemin de l’architecte américain. La Fondation Luma, créée par Maja Hoffmann, héritière des Laboratoires Roche, sera dédiée à la photographie. Son projet architectural, confié à l’agence Gehry Partners, fait depuis mars l’objet d’un refus de permis de construire. La Commission nationale des monuments historiques, réunie à la demande des architectes des Bâtiments de France des Bouches-du-Rhône, a émis un avis défavorable. Le calendrier officiel, qui prévoyait la pose de la première pierre à la mi-2011, n’est plus d’actualité.

« Nous travaillons maintenant, avec la Mairie d’Arles, le préfet et le ministère de la Culture et de la Communication, au meilleur moyen de poursuivre ce projet […]. Nous sommes convaincus que des projets culturels d’envergure, impliquant un partenariat privé et public, sont possibles en France et nous souhaitons trouver le moyen de les rendre réalisables », a déclaré Maja Hoffmann dans un communiqué au ton peu triomphant. 

Cimetière romain
Quelles sont les raisons à l’origine de ce refus de permis de construire ? Le dossier est complexe. Cinq demandes de permis avaient été déposées pour l’aménagement du site, le « Parc des ateliers »  ; toutes sont soumises à la législation sur la proximité des sites historiques en raison du voisinage avec la nécropole antique des Alyscamps. Trois demandes concernant la reconversion de bâtiments industriels ont obtenu un feu vert. Mais l’aménagement du parking s’est heurté à un problème de règlement d’urbanisme. Quant à la tour recouverte d’aluminium alvéolé, geste architectural de 56 mètres de haut emblématique du projet, la Commission nationale des monuments historiques a estimé qu’elle portait atteinte à la qualité des abords du site des Alyscamps. Du fait de la contiguïté de son implantation, ainsi que de sa hauteur : son inscription dans le paysage obturant la vue vers le clocher de l’église Saint-Honorat. De son côté, le ministère de la Culture a jugé que les fondations de la tour étaient incompatibles avec la présence en sous-sol d’un empilement de sarcophages. « Ces deux motifs ont mené à une réflexion visant à modifier l’emplacement de la tour, résume François Goven, inspecteur général des Monuments historiques, chargé d’une mission de médiation. Aujourd’hui, ce principe semble acquis par la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre. »  

La Mairie fait profil bas, partagée entre la perspective stimulante de la métamorphose du Parc des ateliers en pôle multiculturel, et la crainte de perdre une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Reste que le cimetière romain des Alyscamps est loin de dégager le même charme qui séduisait hier Gauguin et Van Gogh, sauf à être sensible à la poésie des lieux en friche, pans de murs effondrés et ruines calcinées. On peut également s’étonner que les services archéologiques se soient manifestés si tard, alors que le projet est lancé depuis plus de trois ans, et sachant qu’à Arles, il suffit de donner un coup de pioche pour tomber sur un vestige romain. « Personne n’ignorait la présence des sépultures »  , reconnaît François Goven. La Ville d’Arles, ne sachant que faire de ses milliers de sarcophages déjà exhumés, aurait décidé un peu vite qu’un nouveau lieu de sépultures ne présentait aucun intérêt scientifique. Le ministère en a jugé autrement.

La tour n’étant pas montée sur roulettes, son déplacement n’est pas simple. Du côté de la Fondation, tandis que l’agence Gehry Partners planche à contrecœur sur cette hypothèse de travail, on affirme que l’Unesco reste un interlocuteur. Le dialogue est tendu entre Paris, la préfecture de Marseille dont dépendent les services administratifs, et les bureaux de Frank Gehry à Los Angeles.

Même intangible, la dimension psychologique est un paramètre ; d’un côté les ego grincent, de l’autre, certains Arlésiens se félicitent des obstacles qui empêchent pour l’heure la construction du bâtiment aluminisé qualifié de « canette de bière ». « Pour le moment, la greffe ne prend pas complètement »  , commente Pierre Hivernat, qui a ouvert depuis peu la galerie de photographie « Le magasin de jouets »  et constate que, dans cette commune pauvre, un projet privé d’une ampleur aussi monumentale suscite logiquement des réactions… proportionnelles à son échelle.

Légende photo

Projet pour la fondation LUMA, Arles, architecte : Frank Gehry. © Gehry Partners

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°348 du 27 mai 2011, avec le titre suivant : Arles : querelle de clocher autour du projet de Frank Gehry

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