Patrimoine

Venise enfin sauvée des eaux ?

À Venise, le projet Moïse de protection de la ville est relancé

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 11 janvier 2002 - 550 mots

VENISE / ITALIE

Réuni le 6 décembre au palais Chigi sous la présidence du chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, le Comité d’orientation, de coordination et de contrôle institué par la loi de 1984 pour Venise, a relancé les études pour le projet Moïse, destiné à protéger la ville des inondations chroniques. Malgré un budget colossal, ces digues mobiles ne sauveront pas la lagune avant une dizaine d’années.

VENISE (de notre correspondant) - Assaillie depuis fort longtemps par les acque alte (marées hautes), Venise n’en finit pas de se débattre contre ce fléau dévastateur, mais surtout contre une administration qui empêche la mise en place d’un projet durable et efficace (lire le JdA n° 79, 19 mars 1999). Or, le gouvernement Berlusconi a donné son feu vert pour des études de morphologie sur les trois “bouches” de San Nicolò, du Lido et de Chioggia, répondant ainsi à une demande exprimée en mars par le Conseil des ministres.

Expérimenté entre 1988 et 1992, le prototype du projet Moïse (modèle expérimental électrodynamique) consiste en un échafaudage d’éléments métalliques abritant un système de vannes. Comportant des digues mobiles de très grande ampleur situées à l’entrée de chacune des trois embouchures mais totalement immergées, ces grands caissons peuvent atteindre une hauteur de 25 mètres et pèsent entre 250 à 350 tonnes. Alertés par le système de surveillance lorsqu’une marée risque d’être supérieure à 110 cm, les caissons se vident en l’espace d’une demi-heure et émergent en partie de l’eau en s’inclinant de 45° à 50° vers la lagune, formant ainsi un barrage contre la mer. Les bouches restent alors fermées pendant environ quatre heures et demie, n’occasionnant qu’une faible gêne pour les activités portuaires vénitiennes et une interférence minimum sur les échanges mer-lagune.

Fiable, ce système a déjà fait ses preuves dans les bouches de l’Escaut, en Hollande, ainsi que sur la Tamise. Devant la nécessité d’amortir la force de la marée pour diminuer le volume d’eau échangé, il faut notamment réduire la profondeur des canaux concernés en surélevant leurs fonds. En outre, une longue barrière rocheuse recourbée, émergeant à deux mètres au-dessus du niveau de la mer, pourrait être placée devant chaque “bouche” afin de former un obstacle contre le vent du sud-est qui gonfle les vagues en les poussant avec force vers la lagune. Ces modifications représentent un surcoût de 900 milliards de lires aux 4 000 milliards (plus de 2 milliards d’euros) initialement prévus.

Ce projet permettra d’éviter à Venise des marées supérieures à 110 cm. Quant aux marées de moindre importance, elles seront canalisées par la surélévation des sols les plus bas de la ville, parfois jusqu’à 110 cm ! Ces travaux d’élévation, entrepris dans cinq zones – les Tolentini, les Giardini, les Zattere, les quais de la Giudecca, et les Ormesini – totalisent déjà cinq kilomètres. Après trente-cinq ans de recherches et de polémiques, le président de la Région de Vénétie, Giancarlo Galan, a pu lancer : “Cette fois, c’est vraiment parti.” Or, deux années d’études sont encore nécessaires avant que toutes les autorisations soient octroyées pour la construction des digues. Dans dix ans, le projet Moïse verra alors peut-être le jour, malgré les objections soulevées par les défenseurs de l’environnement, qui considèrent ce programme comme inutile et néfaste pour la lagune, mais opportun pour le monde de l’industrie et des affaires.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°140 du 11 janvier 2002, avec le titre suivant : Enfin sauvée des eaux ?

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