Mardi 10 décembre 2019

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HISTOIRE DE L’ART

Redécouverte d’une Joconde romaine

Par Olivier Tosseri, correspondant à Rome · Le Journal des Arts

Le 12 novembre 2019 - 710 mots

ROME / ITALIE

La copie issue de l’atelier de Léonard de Vinci lorsqu’il a séjourné à Rome était oubliée dans un bureau de la Chambre des députés depuis 1925.

Atelier de Léonard de Vinci, La Joconde, XVIe siècle, huile sur bois (transposée sur toile), Rome, Gallerie Nazionali di Arte Antica, Palazzo Barberini. © Arcanes/R. Bellucci
Atelier de Léonard de Vinci, La Joconde, XVIe siècle, huile sur bois (transposée sur toile), Rome, Gallerie Nazionali di Arte Antica, Palazzo Barberini.
© Arcanes/R. Bellucci

Rome. Si le sourire de Mona Lisa est inimitable, le plus célèbre tableau de Léonard de Vinci a été de très nombreuses fois copié du vivant même de l’artiste. La plus connue des œuvres sorties de l’atelier du maître était jusqu’à présent La Joconde du Prado, conservée dans ce musée madrilène. Or, une « sœur » romaine vient d’être découverte, ou plutôt redécouverte, et elle ressemble bien plus à l’originale parisienne que sa copie madrilène. La toile dormait depuis 1925 dans un obscur bureau de la Chambre des députés, où elle avait été laissée en dépôt par la Galerie nationale d’art ancien, à Rome.

À l’époque, le tableau jauni était considéré comme une énième reproduction datant du XIXe siècle. Ce n’est pas le sentiment du restaurateur et historien de l’art Antonio Forcellino, qui en feuilletant une revue française s’arrête sur un cliché de 1926 où l’on voit très bien la toile : « J’ai été immédiatement attiré par sa qualité et j’ai voulu en savoir plus, sachant que Léonard de Vinci a séjourné à Rome. »

La Ville Éternelle est en effet l’une des étapes des pérégrinations du génie florentin : il y séjourne de 1513 à 1517, avant de prendre le chemin de la France, en compagnie de ses plus fidèles et dévoués élèves, Francesco Melzi (vers 1491-vers 1570) et Salaì (1480-1524), et de La Joconde, qu’il retouche sans cesse et que les artistes qui l’entourent reproduisent et remanient au fil de ces modifications. « Celle de Rome, aux dimensions presque identiques à celle de Paris, provient de son atelier, explique sa restauratrice Cinzia Pasquali, connue pour ses talents exercés au Louvre, notamment pour la Sainte-Anne de Léonard de Vinci. L’œuvre ne date pas du XIXe siècle mais bien du XVIe siècle, avec le même arrière-plan et la même disposition des mains suite à un repentir. » Le débat reste ouvert pour savoir si celles de Léonard ont été posées sur la toile. Selon Antonio Forcellino, la patte du maître se retrouve dans le sfumato utilisé pour des parties du visage et du paysage ainsi que dans la qualité du trait pour les manches de la femme.

Un parcours assez bien connu jusqu’en 1925

Cette peinture n’a pas suivi Léonard en France. En 1524, elle est citée dans l’inventaire de l’atelier milanais de Salaì. Dans une édition italienne de 1851 des Vies de Giorgio Vasari (1511-1574), on peut lire qu’elle est l’une des meilleures copies de La Joconde. En 1721, le peintre et théoricien de l’art anglais Jonathan Richardson l’attribue à Léonard de Vinci lorsqu’il l’observe au Palazzo dal Pozzo, à Rome. Enfin, elle devient La Joconde« Torlonia », du nom de la riche et influente famille romaine qui l’acquiert vers le milieu du XIXe siècle avant de l’offrir en 1884 à la Galerie nationale d’art ancien.

« Cela prouve également l’importance de l’œuvre, vu le rang social de ses propriétaires et le musée choisi pour l’accueillir, estime Antonio Forcellino, qui insiste sur son intérêt scientifique. Le modèle de La Joconde Torlonia est plus jeune que celui du Louvre, ce qui confirme les transformations successives effectuées par son auteur. Mais ce tableau nous donne bien d’autres renseignements car il a pu être restauré, à l’inverse de celui de Paris, qui est intouchable. Outre les teintes d’origines, des détails du paysage sont désormais visibles. Ainsi, ce qui paraît être un sentier poussiéreux au Louvre se révèle être un fleuve irriguant un terrain aride. Cela confirme l’hypothèse que La Joconde est une métaphore ou une allégorie de la fertilité, un symbole de la nature. »

Les curieux comme les spécialistes pourront admirer cette « nouvelle » Mona Lisa jusqu’au 12 janvier prochain à l’Accademia dei Lincei à Rome, où se tient l’exposition « Léonard à Rome. Influences et héritages ». Un colloque international sera organisé les 29 et 30 novembre prochain pour faire le point sur le séjour romain de l’artiste. Des années méconnues mais importantes, avec les influences réciproques de Michel-Ange et Raphaël, qui travaillaient à l’époque au Vatican. Selon l’historien de l’art allemand Frank Zöllner, c’est à Rome que Léonard de Vinci aurait élaboré le Saint Jean-Baptiste et le Bacchus du Louvre, ainsi que le Salvator Mundi.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°532 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : Redécouverte d’une Joconde romaine

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