Territoire

L’effet Louvre-Lens

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 25 novembre 2014 - 802 mots

Deux ans après l’ouverture du Louvre-Lens les premières retombées économiques
commenceraient à se faire sentir selon une étude de l’agence de promotion Euralens.

LENS - Après « l’effet Bilbao » y aura-t-il un effet Louvre-Lens ? L’implantation en 1997 du Musée Guggenheim au Pays basque espagnol, au cœur d’une région en pleine crise économique, s’était traduite, quelques années plus tard, par un petit miracle économique. Dopée par les très bons chiffres de fréquentation (un million de visiteurs annuels) du bâtiment dessiné par Franck Gehry et par une stratégie ambitieuse de revitalisation du territoire, Bilbao renaissait de ses cendres. Hausse du PIB, baisse du chômage, transformation de l’image de la ville auréolée désormais d’une notoriété mondiale.

Lens peut-elle fonder les mêmes espoirs ? Joue-t-elle dans la même cour que Bilbao ? Le Louvre du Nord se trouve au cœur d’un bassin minier de quelque 800 000 habitants – contre 900 000 pour la ville espagnole. Au centre d’un bassin désindustrialisé, en déclin démographique, et marqué par un taux de chômage élevé (16,4 % pour la zone d’emploi Lens-Hénin) et de faibles revenus moyens par foyer fiscal (16 900 euros). Un tableau pas très éloigné de celui de Bilbao qui a choisi de renverser la vapeur en investissant quelque 3,6 milliards d’euros d’argent public entre 1990 et 2000. À Lens, en deux ans, sept cents millions d’euros d’investissements publics et privés ont été réalisés dont ceux du Louvre (150 millions). Dans les cinq à dix prochaines années, près de 1,3 milliard d’euros supplémentaires devraient être déboursés pour réaliser quelques grandes opérations, dont le RER Lille-bassin minier et la rénovation des cités minières inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco. Ces chiffres ont été publiés fin novembre par Euralens qui a rendu publique une étude intitulée « Louvre-Lens, chiffres clés et impacts 2014 ». Euralens n’est pas un observateur neutre. Cette association a été créée en 2009 par les collectivités et acteurs économiques concernés par l’implantation du Louvre à Lens. Son objectif ? Accroître l’attractivité du territoire en créant un dispositif de conduite collective du changement. Cette étude montre que le Louvre-Lens a connu depuis deux ans une fréquentation plus forte que prévue : 1,4 million de visiteurs depuis l’ouverture, dont 900 000 la première année. 30 % des visiteurs viennent d’autres régions françaises, 20 % de l’étranger (Belges en majorité) et 86 % de ceux-ci ne seraient pas venus sans le Louvre-Lens.
Ces bons résultats ont créé un climat de confiance qui a encouragé les investissements tant publics que privés.

Quatre cents emplois créés

Quelques hôtels et restaurants ont déjà ouvert leurs portes. De nouveaux établissements de bon niveau (des trois et quatre-étoiles, rares dans le bassin minier) sont annoncés pour les années 2015 à 2017. Ils seront rejoints par plusieurs « grandes » enseignes de prêt à porter (H & M, Célio) et par de nouveaux équipements culturels (implantation des réserves du Louvre, création d’une résidence d’artistes par la Fondation Pinault, agrandissement de la librairie Furet du Nord).

Quid des retombées économiques liées à cette afflux touristique ? Pour la première année de fonctionnement du musée, elles sont estimées à 42 millions d’euros. Quelque 400 emplois auraient été créés dans le sillage de l’ouverture du Louvre-Lens. Dont 69 emplois directs (les salariés du musée) et 106 indirects créés par les fournisseurs de l’établissement. Les autres étant des « jobs » induits liés à l’ouverture d’hôtels et restaurants et d’offices de tourisme notamment. À plus long terme, près de 2 000 emplois pourraient voir le jour si le bassin minier parvenait à se hisser au même niveau de dynamisme touristique que la Région Nord Pas de Calais extrapole Euralens. Celle-ci fonde également de grands espoirs sur ses pôles de développement (pôle numérique culturel Louvre-Lens Vallée et Institut des métiers d’art et du patrimoine) et autres clusters (plasturgie, logistique, etc.) qui témoignent déjà de la dynamique enclenchée par le Louvre-Lens. Le regard sur le territoire lensois a-t-il déjà changé ? 67 % des visiteurs repartiraient avec « une image améliorée » de la ville et 80 % des habitants du territoire affirmeraient éprouver un « sentiment de fierté ». Cette dynamique liée à l’effet de nouveauté se poursuivra-t-elle dans les prochaines années ? Le Louvre-Lens saura-t-il renouveler l’intérêt du public, fidéliser les visiteurs et élargir son aire de rayonnement ? Les chiffres de fréquentation des expositions temporaires du Louvre-Lens n’ont cessé de chuter depuis deux ans passant de 150 000 visiteurs pour « Renaissance », l’exposition inaugurale, à 86 000 entrées pour « Les désastres de la guerre » qui a fermé ses portes au mois d’octobre dernier. À Bilbao, ce n’est qu’à l’issue d’une décennie d’efforts de reconversion que les retombées économiques se sont réellement fait sentir en termes d’emploi.

Note

Lire aussi, Livret Euralens n° 2, « Louvre-Lens. Chiffres clés et impacts 2014. », www.euralens.org.

Légende photo

Le Louvre-Lens, architecte : agence SANAA. © Eiffage.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°424 du 28 novembre 2014, avec le titre suivant : L’effet Louvre-Lens

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