Lundi 10 décembre 2018

Restauration

Le site Richelieu retrouve une cohérence

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 3 janvier 2017 - 990 mots

La moitié du quadrilatère Richelieu rouvre en 2017, après sa restauration et sa mise aux normes. D’ici à 2020 et l’achèvement des travaux, la BnF souhaite ouvrir le lieu à un plus large public.

La salle Labrouste.
La salle Labrouste de la Bibliothèque nationale
Photo J.C. Ballot
© BnF / Oppic /Inha / Enc

PARIS - Le 15 décembre dernier, visiteurs et lecteurs ont pu découvrir une première moitié du quadrilatère Richelieu rénové. Avant la dernière phase des travaux, prévue pour 2020, la Bibliothèque nationale de France (BnF) a d’ores et déjà la volonté d’ouvrir le site au plus grand nombre, dans une nouvelle dimension urbanistique et patrimoniale.

Le « projet Richelieu » remonte en réalité au début des années 1990, date à laquelle la BnF est créée, fusionnant le site Richelieu et le futur site François-Mitterrand qui ouvrira en 1998. Le transfert de 10 millions de volumes à Tolbiac vide Richelieu, et l’idée d’une grande bibliothèque consacrée spécifiquement aux arts fait son chemin. Après l’effort financier considérable consenti pour construire le site François-Mitterrand, il faudra attendre quelques années pour la voir se concrétiser. En 2001, l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) est créé, et la salle Labrouste lui est dévolue. En 2016, la bibliothèque de l’École nationale des chartes (ENC) entre également à Richelieu. « Finalement, 2016 est l’aboutissement d’une promesse faite en 1992 [par Jack Lang, alors ministre de l’Éducation et de la Culture] », note en souriant le nouveau directeur de l’INHA, Éric de Chassey.

Entre-temps, le quadrilatère s’est dégradé, n’ayant bénéficié d’aucune intervention d’envergure depuis les années 1960. Il n’est plus aux normes, les installations techniques et de sécurité sont obsolètes, les conditions de travail sont rendues difficiles dans un bâtiment conçu par agrégation de pièces et niveaux depuis le XVIIe siècle.

La ville, la recherche et le grand public
Quatre années d’études, neuf ans de chantier (dont cinq pour la première phase), un budget de 232 millions d’euros, 22 millions de documents répartis sur une surface de 58 000 m2 : dire que le projet Richelieu est pharaonique n’est pas exagéré. Pour permettre la continuité de service aux lecteurs et chercheurs, le site est resté ouvert pendant les travaux, découpant le chantier en deux phases. La première, rue Richelieu, s’achève par la mise à disposition de cinq salles de lecture et près de 15 000 mètres carrés de magasins comprenant la bibliothèque de l’INHA et celle de l’ENC. « Nous voulions proposer une nouvelle offre, riche de trois dimensions. Une dimension urbanistique avec un passage dans un bâtiment qui se visite comme un monument historique, une dimension de recherche avec l’idée d’un campus scientifique en collaboration avec l’INHA et l’ENC, et enfin une dimension grand public en ouvrant la salle ovale à tous et en créant un musée global de BnF en 2020 », explique Laurence Engel, présidente de la BnF depuis avril 2016, succédant à Bruno Racine.

Pour répondre à ce cahier des charges, les architectes ont finement recensé galeries, magasins, escaliers, rotondes et divers autres espaces. « Si le quadrilatère semble clair à l’extérieur, c’est un véritable capharnaüm à l’intérieur, une géographie de pièces qui ne se disent rien les unes aux autres », commente Virginie Bregal, chargée depuis 2007 de la requalification du site au sein de l’agence Bruno Gaudin Architectes. Pour faire cohabiter les trois institutions scientifiques dans les lieux, les architectes doivent donc revoir l’intégralité des distributions, verticales comme horizontales, dans les parties classées, inscrites ou non. « Nous ne voulions pas une restauration ostentatoire, mais une réinterprétation au profit des architectures originales [des architectes successifs] », explique Virginie Bregal.

Un aménagement fidèle mais complexe
Dans la salle Labrouste, réalisée entre 1861 et 1868, classée en 1983, l’architecte en chef des Monuments historiques, Jean-François Lagneau, a procédé à une restauration exemplaire qui restitue la vivacité et la clarté des couleurs du décor. La simplicité de l’opération n’est qu’apparente : la mise aux normes techniques en accord avec la préservation des volumes et espaces a rendu très complexe l’aménagement des câbles et ventilations.

Cette complexité technique se retrouve dans le magasin central de la salle Labrouste. Dorénavant ouvert aux lecteurs, cet espace non classé a retrouvé la transparence voulue par son architecte, Henri Labrouste. Construit entre 1857 et 1866, il est un « témoin des strates historiques du site », selon Virginie Bregal. Grâce à un curage très important (faux plafonds, habillages, rayonnages supplémentaires), le magasin central s’est vu restituer ces structures en fonte d’origine, et l’apport de l’architecte Michel Roux-Spitz dans les années 1930 à 1950. Celui-ci, pour construire des niveaux supplémentaires supérieurs, a tissé autour de la fonte de Labrouste d’autres structures métalliques autoportantes. Mis en lumière, l’endroit révèle un charme très contemporain. Chaque magasin, chaque rotonde ou galerie ont reçu un traitement particulier, concernant la distribution, la restauration, l’éclairage et l’ameublement. Seul ajout contemporain de cette phase : une galerie de verre surplombe désormais la cour d’honneur et la façade de la salle Labrouste.

Un accès facilité et simplifié
Pour les lecteurs, le principe du libre accès a été privilégié. « Les horaires d’ouverture ont été amplifiés », souligne Éric de Chassey. Une carte de lecture commune à la BnF, l’INHA et l’ENC permet l’accès aux salles de lecture et bibliothèques du quadrilatère. « Dans la dimension de recherche de Richelieu, la transmission et la production de savoir sont primordiales. Entre les trois institutions, les relations s’élaborent et la recherche change, il faut coordonner la politique scientifique pour un grand pôle de recherche », ajoute Laurence Engel.

Cette phase intermédiaire montre les prémices de « Richelieu 2020 » : une rotonde « des Arts du spectacle », exposant quelques pièces du département homonyme, annonce un grand musée de la BnF, englobant l’ancien Cabinet des médailles tout en étendant son espace et ses collections. Un café et une grande librairie viendront s’installer côté rue Vivienne, tandis qu’un hall d’accueil d’une dimension enfin en rapport avec le lieu mènera à la salle Ovale, que la BnF souhaite ouvrir à tous, sans carte de lecture. Dans quatre ans, Richelieu s’ouvrira pleinement.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°470 du 6 janvier 2017, avec le titre suivant : Le site Richelieu retrouve une cohérence

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