Mardi 18 décembre 2018

Visite du Quadrilatère Richelieu

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 14 décembre 2016 - 839 mots

La requalification de la BnF a consisté à repenser la distribution d’un site qui résulte d’une addition de bâtiments construits à différentes périodes.

Dans le jargon administratif, on appelle cela une « requalification ». Or ce projet signé par l’agence Bruno Gaudin est bien davantage : il consiste en une restructuration complète du « Quadrilatère Richelieu », à Paris, « maison mère » de la Bibliothèque nationale de France (BnF), qui abritait la totalité des collections avant le déménagement de la moitié du fonds, en 1998, sur le site de Tolbiac. Derrière une apparente unité de façades, se dissimule en réalité une série de bâtiments érigés à partir du XVIIe siècle, puis transformés, agrandis, voire démolis et reconstruits. Au début des années 2000, le diagnostic était peu flatteur : « Obsolescence du site, de ses installations électriques et de sécurité, des conditions d’accueil du public, des conditions de travail et de conservation des collections. » Bref, le Quadrilatère était devenu « impropre à sa destination » et une rénovation globale s’imposait, mission confiée donc aux architectes Bruno Gaudin et Virginie Brégal.

Un patrimoine nettoyé des « scories » du passé
Ouverte le 15 décembre, la première des deux phases de travaux – soit 35 000 m2 sur un total de 68 000 m2 – a duré cinq ans et coûté 70,8 millions d’euros. Trois institutions logent désormais sous le même toit : outre la BnF, la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art et celle de l’École des chartes. « Le Quadrilatère Richelieu n’est pas seulement un bâtiment public, mais un espace public, observe Bruno Gaudin. Une dizaine de salles de lecture, ainsi que des espaces d’exposition ou de conférence fondent cet espace public. »

Premier, sinon fondamental, enjeu défini par l’architecte : « Repenser la distribution d’un site qui résulte d’une addition de pièces construites les unes après les autres. » Un principe appliqué d’emblée, au rez-de-chaussée, avec un hall d’entrée qui devient transversal et relie désormais les deux rives, jadis disjointes, du Quadrilatère : d’un côté, rue de Richelieu, la cour d’honneur et la salle Labrouste, de l’autre, rue Vivienne, le jardin éponyme et la salle Ovale. Pour restaurer la continuité, ont été reconstitués à l’identique des lambris de pierre découpés dans les années 1980. Le cheminement n’en est que plus clair. Idem à l’étage, d’ailleurs, où une nouvelle galerie de verre permet de joindre la salle des colonnes à la rotonde Van Praet, qui offre l’accès à la galerie Viennot consacrée aux collections des Arts du spectacle.

Classée Monument historique, la splendide salle de lecture conçue par Henri Labrouste en 1868 et sa coupole de terre cuite émaillée ont, elles, subi un « décrassage » en règle supervisé par l’architecte en chef des monuments historiques. Quelque trois cents lecteurs peuvent désormais y admirer les trésors de l’INHA. À l’extrémité de la salle de lecture se déploie sur onze niveaux, dont trois accessibles au public, le Magasin central, majestueux espace de stockage des livres. « Le Magasin central est l’enjeu principal de cette phase 1, assure Bruno Gaudin. Il est comme un immense meuble constitué d’une ossature de béton et d’une superposition de structures en fonte. » Celui-ci a été entièrement « nettoyé » des « scories » du passé – monte-livre, faux plafonds, etc. –, révélant illico la poésie de cette architecture industrielle. L’histoire se marie, ici, à un vocabulaire contemporain, tel un éclairage de diodes électroluminescentes. Les caillebotis en aluminium posés sur les passerelles apportent une nouvelle transparence à l’ensemble. Certains rayonnages ont même disparu pour faire place à une soixantaine de postes de lecture. En tout, 265 000 ouvrages sont en libre accès. « Le livre continue à être mis en scène comme élément majeur », dit Gaudin. D’ailleurs, ledit Magasin est amplement visible, depuis la salle Labrouste, grâce à une immense baie vitrée.

Chaque espace fait l’objet d’un même souci de sophistication quant à l’éclairage : tant les lieux de stockage, tels les magasins Roux-Spitz, que les salles de lecture, comme celle flambant neuf des Arts du spectacle ou celle, dans son jus, des Manuscrits, dotée d’une « poutre lumineuse » de 40 m de long qui éclaire les trumeaux pour atténuer le contre-jour.

Dernière grande mutation de cette phase 1 : la bibliothèque de l’École des chartes (BEC) s’installe dans le bâtiment côté rue des Petits-Champs. La galerie éponyme héberge, elle, deux salles de lecture superposées avec, à l’instar du Magasin central, des places de lecture qui se glissent dans les rayonnages. À l’angle, une belle rotonde, « rafraîchie », sert, au rez-de-chaussée, d’entrée pour la BEC et, à l’étage haut, sous la coupole, de salle de présentation pour les estampes.
Pour les lots chauffage/ventilation/électricité, la remise aux normes s’élève à 26 millions d’euros, « soit près d’un tiers du budget pour quelque chose qui ne se voit pas », fait remarquer Bruno Gaudin. La phase 2 de la « requalification » du Quadrilatère Richelieu, qui concerne la partie donnant sur la rue Vivienne, est, elle, programmée pour durer trois ans : 2017-2020.  

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°697 du 1 janvier 2017, avec le titre suivant : Visite du Quadrilatère Richelieu

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