Musée

Le nouvel âge d’Unterlinden, du cloître à l’Ackerhof

Le Musée Unterlinden s’ouvre au XXe siècle

Le Musée Unterlinden inaugure son extension contemporaine qui double ses espaces, dans un mariage réussi entre ancien et moderne

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2016 - 925 mots

COLMAR

C’est un Musée Unterlinden entièrement réaménagé que François Hollande devrait inaugurer le 23 janvier à Colmar. La nouvelle aile construite par Herzog & de Meuron permet de mieux exposer la belle collection d’art contemporain classique. Dans la chapelle de l’ancien couvent des Dominicaines, la scénographie épurée magnifie le retable d’Issenheim.

Le nouveau Musée Unterlinden est le fruit d’« une triple obsession : urbaine, architecturale et muséographique » résume Jean-François Chevrier, conseiller à la muséographie auprès du cabinet d’architecte Herzog & de Meuron. Fermé depuis trois ans, le musée rouvre en ayant presque doublé sa surface.

À contempler la place qui unit maintenant l’ancien cloître à la nouvelle extension du musée, formée des anciens bains publics de Colmar et de l’Ackerhof, bâtiment fort et brut sorti de l’esprit des architectes helvètes, la dimension urbaine du projet est indéniable. L’ancien arrêt de bus et le parking disgracieux ont été remplacés par une place que l’on devine aérée, derrière les multiples camions d’artisans qui encombrent encore la voirie à deux jours de l’inauguration (lire encadré). Le canal de la Sinn, autrefois recouvert, a été dégagé pour ponctuer l’espace public, sorte d’estrade de pierre rouge autour d’un amphithéâtre d’eau. Un verger qui doit mûrir apporte le vert et la respiration dans cet ensemble minéral, où l’architecture médiévale du cloître répond au bâtiment XIXe des bains et à l’Ackerhof, massif bâtiment à pans coupés revêtu de brique et de cuivre, résolument contemporain.

Une réussite d’intégration urbaine
De l’extérieur, Unterlinden a réussi son pari : désenclaver le musée et le faire surgir dans la ville. Et ce pari est de taille : avec un budget de 44 millions d’euros (hors taxes), dont 17 millions à la seule charge de Colmar, Unterlinden vise un changement d’échelle. En passant de 4 000 m2 à 7 900 m2 de surface, le musée a enfin la taille de ses collections et compte attirer 350 000 visiteurs pour un budget de fonctionnement doublé (5,2 millions d’euros). « Dès 2002, le projet scientifique et culturel demandait une extension », raconte Pantxika de Paepe, conservatrice et directrice du Musée depuis 2004. En 2003, le bâtiment des bains publics de Colmar est laissé vacant et la municipalité décide d’intégrer l’édifice construit en 1906 dans un projet muséal à définir. À l’issue d’un concours architectural en 2009, le cabinet Herzog & de Meuron est sélectionné pour construire la nouvelle aile, dans un projet unissant l’ancien couvent du XIIIe siècle, les bains du début du XXe siècle et l’extension contemporaine.

Le lien se fait grâce à une galerie souterraine, reliant les sous-sols du cloître, creusés dans les années 1970 et les sous-sols de la nouvelle aile, en passant sous le canal de la place. La partie souterraine est rendue visible de l’extérieur par « La Maison », construite sur la place à l’emplacement de l’ancien moulin du couvent, détruit à la fin du XIXe. Pour les architectes, cette « Maison » est « une signature architecturale et repère visuel pour les visiteurs à l’extérieur ».

Le cloître et la chapelle du musée, cœur historique du musée, ont été l’objet d’une campagne de restauration menée par l’architecte en chef des monuments historiques Richard Duplat : « Il s’agissait de rétablir des volumes cohérents par rapport à l’histoire du couvent, au-delà des transformations de la fin du XIXe siècle. » Dans le bâtiment conventuel, les parements intérieurs ont été réhabilités. De belles découvertes s’affichent maintenant, dont les plafonds de bois peints originels, autrefois recouverts par de faux plafonds modernes, et les fines colonnes en fonte noire, témoignage des aménagements du XIXe. Dans la chapelle, les toitures de tuiles ont toutes été reprises, la partie qui surplombe le chœur de la chapelle, où se situe le retable d’Issenheim (lire encadré p. 9), a été recouvert de tuiles vernissées, similaires à celles d’origine. À l’intérieur, un plancher réchauffe maintenant l’espace en palette de gris choisie par Herzogg & de Meuron. Ensuite, après la galerie souterraine, le visiteur parvient à l’extension moderne, ou le parti pris de white cube éclate dans les combles. Le 23 janvier, une exposition conçue par le cabinet d’architecte intitulée « Agir, contempler » y trouvera sa place. En fin de parcours, le public découvrira la piscine des bains municipaux entièrement rénovée, un plancher en parquet ayant remplacé le bassin de natation.

Seule fausse note : une fois passée la cafétéria, le visiteur devra rebrousser chemin pour retourner au cloître, le musée n’ayant pour l’instant prévu qu’un seul point d’entrée et de sortie, pour économiser son personnel.

Une inauguration en plusieurs étapes

Si le Musée Unterlinden a rouvert ses portes le week-end du 12 décembre, une ouverture en tiroirs jusqu’à la fin du printemps se profile pour le musée colmarien. L’entresol du cloître ne sera ouvert que le 23 janvier, date de l’inauguration officielle en présence du président François Hollande : il faut donc patienter encore un peu pour découvrir La Mélancolie de Lucas Cranach et les collections d’archéologie du musée. Le premier étage du cloître (qui n’a pas été touché par la nouvelle muséographie d’Herzog & de Meuron) et deux salles du rez-de-chaussée, devraient ouvrir dans le courant du printemps. En cause, « la découverte en fin de chantier d’un défaut structurel » selon l’architecte des monuments historique Richard Duplat. Un plafond retouché dans les années 1970 se défausse, il faut donc reprendre la structure pour consolider le plancher. Longtemps repoussée, la réouverture du musée a donc été maintenue en décembre de cette année. 2015 était la bonne année : le maire de Colmar fêtait alors ces 20 ans de mandat.

Légende photo

Le retable d'Issenheim dans son nouvel écrin. © Musée Unterlinden, Colmar.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Le Musée Unterlinden s’ouvre au XXe siècle

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