Une muséographie radicalement modernisée

Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2016 - 686 mots

Le réagencement du bâtiment historique, la construction d’une nouvelle aile et l’utilisation de la galerie souterraine permettent aux collections, notamment d’art moderne, d’être redéployées avec sobriété.

Un musée qui double sa surface, mais qui ne s’enrichit que de 300 œuvres exposées en sus des 3 000 déjà présentes : le bilan pourrait sembler maigre s’il n’était qu’arithmétique. « Nous voulions faire respirer les collections pour une meilleure lecture », explique Pantxika de Paepe la directrice du Musée Unterlinden. Même volonté de lisibilité dans le choix d’un parcours chronologique pour présenter des collections allant de l’archéologie au XXIe siècle.

Dans le bâtiment du cloître, parmi les salles ouvertes dès décembre (lire encadré p. 8), la visite commence donc par la salle consacrée à Martin Schongauer (1445-1491), dont le retable d’Orlier et le retable des Dominicains comptent parmi les chefs-d’œuvre du peintre rhénan. Pour leur exposition, les muséographes ont conçu des socles d’un rouge flamboyant, aux lignes simples, en harmonie avec les tonalités riches de ce gothique flamboyant. Le retable des Dominicains offre une véritable immersion avec ses panneaux placés de manière perpendiculaire : l’intensité de la peinture de Schongauer éclate alors. Pour mieux comprendre les liens entre le travail de gravure et de peinture de l’artiste, des cartels iconographiés font le renvoi vers ses œuvres de papier visibles par roulement dans une salle adjacente. Les salles suivantes respectent le même principe d’exposition, alliant peinture, sculpture et arts décoratifs autour de la production artistique de Bâle, Strasbourg et Colmar.

Scénographie minimaliste et aérée
Très peu de textes en salle alimentent le parcours : « c’est un choix des architectes », défend Pantxika de Paepe, signalant tout de même que le débat reste ouvert pour le futur, car aucune fiche de salle n’est pour l’instant prévue et certains cartels peuvent sembler sibyllins pour le profane en matière d’art sacré ou d’art moderne. Un dépouillement qui se retrouve aussi dans le mobilier muséographique : « nous avons pris l’option d’une austérité radicale, un geste presque “anti-design” » revendique Jean-François Chevrier, conseiller pour la muséographie. Socles blancs, à l’instar des murs, un parti pris qui se poursuit dans l’extension moderne.

La galerie souterraine consacrée au XIXe siècle est tournée vers les petits formats et l’art régional. Une succession de petits tableaux presque oubliable entre deux grands moments du parcours. Car les deux étages de la nouvelle aile sont une véritable redécouverte de la collection moderne et contemporaine du musée. Grâce à des dons et legs successifs ces dernières années, notamment le legs Person en 2008, Unterlinden possède un très riche ensemble. « Les grands formats contemporains n’étaient pas montrés et les toiles modernes étaient mises en réserves lors des expositions temporaires », souligne Frédérique Goerig-Hergott, conservatrice en charge des collections d’art moderne et contemporain.

La salle d’art moderne, au rez-de-chaussée, offre un bel échantillon d’œuvres de la Nouvelle École de Paris : Bazaine, Manessier, Bissière, Le Moal et Estève retrouvent une place justifiée sur des cimaises aux accents très années 1970. Une magistrale tapisserie de Guernica trône dorénavant en permanence, surplombant un Fernand Léger qui fait le lien avec le premier étage, où l’abstraction lyrique éclate avec Hantaï, Mathieu et Soulages. À Unterlinden, l’art du XXe siècle n’est plus anecdotique.

Un nouvel écrin pour le retable d’Issenheim

La nouvelle muséographie entourant le retable d’Issenheim est une réussite. Dans la chapelle de l’ancien couvent des Dominicaines, le chef-d’œuvre de Grünewald et de Nicolas de Haguenau prend toute son ampleur. Le nouveau plancher unifie l’espace du chœur et de la tribune, où quelques œuvres contemporaines du retable tracent un chemin vers l’œuvre que l’on devine alors résolument d’avant-garde pour son époque. Un appareil de médiation dans l’étage supérieur de la tribune permet aux visiteurs de se documenter sur l’histoire du retable. Les muséographes ont privilégié la rencontre physique avec les panneaux qui se dévoilent jusqu’au cœur sculpté. Dans le plancher, un éclairage supplémentaire au sol et la suppression d’une plaque de plexiglas au profit d’une mise à distance discrète permettent de contempler les panneaux avec confort. Enfin, les panneaux peuvent dorénavant être évacués en cas d’urgence, grâce à un système d’enchâssement métallique démontable et discret.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Une muséographie radicalement modernisée

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