Mercredi 17 octobre 2018

Musées

Le grand carénage du Musée de la Marine

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2017 - 937 mots

Le musée situé au Palais de Chaillot vient de fermer ses portes. Il rouvrira, en 2021, entièrement rénové après un chantier de 50 millions d’euros. C’est le dernier grand établissement sur la colline de Chaillot à bénéficier d’une cure de rajeunissement.

PARIS - « C’est le plus ancien musée maritime du monde et nous devons le faire entrer dans le XXIe siècle » : la mission fixée par le ministère de la Défense à Vincent Campredon, directeur du Musée national de la Marine à Paris, ne semble pas effrayer le commissaire général en poste depuis septembre 2015.

Le musée a fermé ses portes le 31 mars, après une semaine de festivités intitulées « Hissez ho ! » et elles resteront closes jusqu’en 2021 ; le temps d’accomplir une mue nécessaire pour cette institution, qui n’avait pas eu droit à une rénovation profonde depuis son installation au Trocadéro, dans l’aile Passy du Palais de Chaillot en 1943. Annoncé en 2012, le projet de restauration a été retardé faute de budget. C’est finalement en juillet 2016 que le ministre Jean-Yves Le Drian débloque près de 50 millions d’euros pour le chantier qui s’annonce de grande ampleur.

« Il faut ouvrir le musée à tous les grands enjeux de la mer : stratégiques, scientifiques, environnementaux, culturels et politiques sur fond de grande histoire maritime française », résume Vincent Campredon. Le musée a plus de 250 ans d’histoire de collections, depuis la présentation des collections royales au Louvre en 1753. 30 000 œuvres, dont 7 000 peintures et dessins, 2 800 maquettes de bateaux et 5 000 photographies. Près de 120 agents travaillent dans les lieux dans quatre autres « vaisseaux » de l’institution à Brest, Port-Louis, Rochefort et Toulon.

Un centre culturel consacré à la mer
Pour le directeur, il faut élargir la base du public : augmenter le public scolaire, mais aussi parler aux publics empêchés. Le projet évoque « une muséographie spectaculaire, immersive et intégrant les nouvelles technologies », qui doit renouveler le regard des visiteurs sur la mer. « Il y a de beaux exemples dans les musées : au Musée archéologique de Marseille, le propos est adapté à tous les publics, aux musées maritimes de Greenwich et d’Amsterdam, de grands espaces permanents sont traités en thématiques fortes », poursuit Vincent Campredon. De ses multiples visites, le directeur a retenu le principe de trois galeries thématiques semi-permanentes de 500 à 600 m2 chacune (dont les sujets restent à définir), des espaces traités en « studios » pour exposer des objets phares, à l’image des tableaux de Joseph Vernet, des figures de proues ou des instruments de mesures. Le directeur imagine un espace immersif « proche de celui de la Cité du vin à Bordeaux ». Et un rythme d’exposition comparable à celui du Quai Branly, alternant grandes et petites manifestations. Au delà d’un musée d’art, de sciences, de techniques et de traditions populaires, le musée se veut un centre culturel de la mer.

Une grande boutique-librairie, la création d’un restaurant, des espaces modulables et un auditorium de 200 places viennent développer l’offre commerciale pour générer des ressources propres. « Le monde de la mer regorge d’énormément d’associations, de fondations, et le musée doit faire vivre la mer en proposant des séminaires, des colloques » et des manifestations multiples autour de la mer.

Le 23 mars, les architectes lauréats du projet ont été annoncés. L’équipe composée des Norvégiens Snøhetta et des Français h2o architectes a été sélectionnée. Snøhetta s’occupe actuellement de la rénovation du Musée Carnavalet et h2o du réaménagement partiel du Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Il s’agira de « s’appuyer sur une forme de recomposition et de restitution des volumes de l’Exposition universelle de 1937 pour retrouver les proportions exceptionnelles des galeries en utilisant la lumière et le bois », explique Antoine Santiard d’h2o architectes. Entre 1937, date de la construction du Palais de Chaillot et aujourd’hui, le bâtiment de l’aile Passy n’a cessé d’être envahi par des aménagements successifs et des coques pour compartimenter les espaces, expliquent les architectes. Les défis techniques ne manquent pas, car le Musée de la Marine cohabite dans l’aile Passy avec le Musée de l’Homme. « En termes de circulation des fluides et des problèmes d’insonorisations, le dossier est très technique », confie Antoine Santiard.

Un chantier d’envergure
Après la Cité de l’Architecture, le Musée de l'Homme et le Théâtre national de Chaillot, le Musée national de la Marine est la dernière institution à faire sa mue sur la colline de Chaillot. Une situation qui pourrait se révéler bénéfique. L’OPPIC (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture), maître d’ouvrage délégué, connaît bien les lieux, ayant réalisé la rénovation du Musée de l’Homme, celle du parvis du Palais et celle, en cours de réalisation du Théâtre de Chaillot. Certaines des difficultés rencontrées dans les précédents chantiers pourront donc être évitées.

Il reste maintenant à choisir un muséographe et à entamer le chantier de déménagement des collections. Le Musée de la Marine a fait le choix de dissocier architecture et muséographie dans ses appels d’offres, afin de gagner du temps pour entamer les travaux de gros œuvre. Pour le déménagement des collections, l’institution dispose depuis 2016 d’un centre de conservation et de ressources à Dugny-le-Bourget à côté de l’aéroport. Le bâtiment de 9 700 m2 accueille déjà les réserves du musée stockées auparavant au Fort de Romainville, actuellement en vente. À Dugny, des ateliers de restauration et de photographie sont prêts à accueillir les œuvres de Chaillot avant l’été 2018, date du début du chantier parisien.

Le musée pourrait également se lancer pendant les travaux dans un nouveau défi : la construction d’une réplique de La Boussole, navire de La Pérouse, célèbre exploreur de Louis XVI. Le succès de L’Hermione, réplique du navire de La Fayette, pourrait convaincre les mécènes de participer au projet, évoqué à demi-mot lors de l’annonce des architectes. Et pourquoi pas le retrouver amarré sur la Seine en face du musée en 2021 ?

Légende photo

Façade du Musée national de la Marine, Paris - © Musée national de la Marine - Photo: P. Dantec

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°477 du 14 avril 2017, avec le titre suivant : Le grand carénage du Musée de la Marine

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