Restitutions

La France va collaborer avec l’Australie pour la restitution de restes humains aborigènes

Par Cléo Garcia · lejournaldesarts.fr

Le 20 novembre 2014 - 612 mots

CANBERRA / AUSTRALIE

CANBERRA (AUSTRALIE) [20.11.14] – Les gouvernements français et australiens souhaitent travailler ensemble en vue d’un rapatriement des restes humains d’aborigènes et d’indigènes du détroit de Torrès conservés dans les musées français.

Collection de têtes maories (1908)
Collection de têtes maories (1908)

Lors de la visite officielle de François Hollande en Australie, le président français et le premier ministre australien Tony Abbott ont annoncé le 19 novembre 2014 le début d’un travail commun visant à restituer les restes humains aborigènes présents dans les collections des musées français à leurs populations d’origine. Le programme comprend également le rapatriement de vestiges d’indigènes du détroit de Torrès, la population autochtone des îles situées entre l’état australien du Queenland et la Nouvelle-Guinée.

Les deux pays constitueront pour cela un comité d’experts chargés d’identifier d'éventuels restes humains aborigènes dans les collections françaises et d’en déterminer l’origine avant d’« examiner les solutions possibles pour assurer la restitution des restes humains à leurs communautés d’origine ».

Une coopération « en respect avec la juridiction française »
En s’engageant à « travailler dans un esprit de coopération et de compréhension mutuelle », François Hollande et Tony Abott ont exprimé, dans un communiqué, leur souci de « respecter les sensibilités et les valeurs des deux pays » et de « prendre aussi bien en considération les demandes des communautés aborigènes et du détroit de Torrès que le cadre spécifique de la juridiction française ». Ce type de restitution peut en effet parfois donner lieu à des contradictions avec le droit patrimonial des pays concernés : en 2007 par exemple, la ville de Rouen avait accepté le retour d’une tête maori réclamée par la Nouvelle-Zélande mais le ministère de la Culture s’y était opposé ; craignant de briser le tabou de l’inaliénabilité des œuvres conservées dans les collections publiques. En 2008, un premier jugement avait annulé la décision du conseil municipal. Sa restitution avait nécessité un vote à l’Assemblée nationale et son retour n’a pu se faire qu’en 2011. Pour le dossier australien, c’est pourtant le ministère de la Culture qui sera en charge du projet, conjointement avec le Muséum national d'Histoire naturelle.

Campagnes de rapatriements en Australie
Depuis les années 1990, l’Australie milite pour rendre aux populations indigènes les vestiges de leurs ancêtres. Dès les débuts de la colonisation de l'Océanie au XVIIIe siècle, des milliers de restes humains furent pillés par les colons, puis par des explorateurs, ethnologues ou anthropologues. En Europe, ils furent collectionnées comme objets de curiosité. Interdites en 1831 par le gouvernement britannique, ces vols se sont poursuivis illégalement jusqu’au milieu du XXe siècle. Ces restes intègrent maintenant des collections de musées nationaux. La plupart des restes détenus hors d’Australie sont conservées dans des institutions du Royaume-Uni, de France, d’Allemagne, de Pologne, des Etats-Unis ou encore d’Autriche.

De nombreuses restitutions ont été réalisées : en 2011, le Musée d'histoire naturelle londonien (Natural History Museum) avait accepté de rendre les restes de 138 indigènes du détroit de Torrès, conservés en Grande-Bretagne depuis le XIXe siècle. En 2011 et 2012, des musées autrichiens, américains et tchèques ont également restitué des vestiges à l’Australie. En 2013, le musée de Gernesey avait rendu une tête momifiée d’un important guerrier Maori et l'hôpital berlinois de la Charité a retourné 33 crânes et ossements à des représentants d'aborigènes australiens.

Le nombre de restes humains aborigènes conservés dans des collections étrangères est estimé à un millier et à 10 000 dans les collections publiques australiennes. Depuis les années 1990, environ 1 150 restes humains ont pu être restitués à des descendants, leur permettant ainsi leur inhumation ou incinération.

En 2009, la France avait par ailleurs cédé à la Nouvelle-Zélande une quinzaine de têtes maori momifiées, saisies au cours du XIXe siècle par des explorateurs européens.

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