Centre d'art

Hongkong. Un paysage institutionnel en mutation

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 7 avril 2015 - 795 mots

HONGKONG / CHINE

Face au développement de la scène marchande, les structures artistiques semi-publiques hongkongaises s’organisent et multiplient les actions de soutien à la création.

HONG KONG - Cosmin Costinas, directeur du centre d’art Para Site, qui, depuis sa fondation en 1996, soutient une action parmi les plus précises et innovantes en matière d’art contemporain à Hongkong, le reconnaît : « Le développement des structures à but non lucratif n’a pas correspondu, au cours des dernières années, à la vélocité du développement du secteur marchand. » Mais c’est pour ajouter que, « depuis peu, plus d’initiatives affichent une volonté de se montrer actif sur le terrain : par exemple, Spring Workshop s’est professionnalisé en faisant appel notamment à la curatrice Christina Li, et le projet de “M ” va dans le sens du public et pas seulement dans celui du marché. Cela va indéniablement contribuer à un éclairage durable de la scène hongkongaise. »

De fait, Hongkong semble vivre actuellement une période de transition dans le paysage de ses lieux dévolus aux expositions d’art contemporain. Certes le terrain n’était pas vierge. Mais à un Hong Kong Museum of Art à l’architecture peu attrayante et à la programmation classique répondaient des initiatives parfois de qualité mais généralement parsemées dans le temps et peu lisibles ; comme au Hong Kong Arts Centre, situé en plein centre à deux pas du Convention Centre, ou dans le secteur de Kowloon, de l’autre côté de la baie, où de magnifiques anciens abattoirs ont  été reconvertis en espaces dévolus à la création pour former le Cattle Depot Artist Village.

« Chants de la résistance »
Auparavant logé dans un mouchoir de poche niché dans le secteur de Central, Para Site a pris début mars ses quartiers au cœur du secteur de North Point. Un plateau de 500 mètres carrés, a été aménagé, une surface qui peut paraître réduite en Europe pour un centre d’art mais qui est à rapporter à la folie de l’immobilier à Hongkong. Financée via un mélange de fonds gouvernementaux, de contributions privées et de ventes de charité, la structure rouvre avec une exposition intitulée « A Hundred Years of Shame. Songs of Resistance and Scenarios for Chinese Nations ». Celle-ci aborde tout en finesse un contenu ouvertement politique, qui fait écho  aux événements ayant récemment secoué le territoire.

Si la plupart des initiatives liées à l’art contemporain demeurent financées par le privé, les pouvoirs publics ne sont pas absents ; au-delà de Para Site, ils abondent à cent pour cent le projet du futur musée « M », à hauteur de 5 milliards de dollars hongkongais (HKD) [600 M€] pour l’édification du bâtiment et de 1,8 milliard [215 M€] pour la constitution de la collection (1) et ses coûts associés. Un budget auquel se sont ajoutés de considérables dons en œuvres et en numéraire, de l’ordre déjà de 1,36 milliard de dollars hongkongais [163 M€].

Le M , dont la construction du bâtiment devrait s’achever en 2018 pour une ouverture prévue en 2019, dévoile actuellement une partie de sa collection dans une double manifestation intitulée « Moving Images », essentiellement composée d’installations vidéo. Celle-ci est présentée au Cattle Depot et surtout à Midtown Pop, un espace privé occupant deux étages d’une tour dans le quartier de Causeway Bay. Dans un accrochage intelligent y sont visibles quelques très belles œuvres d’Apichatpong Weerasethakul, de Dominique Gonzalez-Foerster, de Li Ran ou de Charles Lim, tournant toutes autour de l’idée de territoire.

Parmi les initiatives notables, le centre d’art Spring Workshop, autre organisation à but non lucratif installée dans le quartier de Wong Chuk Hang, au sud de l’île de Hongkong, a ouvert ses portes à l’été 2012 dans un bel espace industriel, et met en place toute l’année un dynamique programme d’expositions internationales et de résidences.

Le collectionneur Adrian Cheng, à la tête de la K11 Art Foundation, continue de pousser ses pions. Si elle ne dispose pas encore d’un véritable lieu, la fondation propose quelques expositions dans le centre commercial K11, et a récemment lancé, elle aussi, son programme de résidences. Comme l’an dernier, elle a profité de la tenue de la foire Art Basel Hong Kong pour organiser une manifestation dans une tour du centre-ville. En outre, la collaboration engagée avec le Palais de Tokyo se poursuit cette année avec le second volet de l’exposition franco-chinoise « Inside ».

Autant d’initiatives qui rencontrent un public toujours croissant. Cosmin Costinas relève ainsi : « Nous assistons à un plus grand intérêt du public, qui se montre de plus en plus intéressé par la culture en général. Il ne se traduit pas encore vraiment dans la création locale, mais un impact majeur, profond et à long terme dans la société s’est définitivement amorcé. »

Note

(1) environ un milliard pour les seules acquisitions.

Légende photo

Vue du Cattle Depot, à Hong Kong © Photo A. Wing

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°433 du 10 avril 2015, avec le titre suivant : Hongkong. Un paysage institutionnel en mutation

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