Vendredi 21 février 2020

Restitutions

Des membres du Congrès américain sermonnent les musées bavarois

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 2 décembre 2015 - 524 mots

WASHINGTON / ETATS-UNIS

MUNICH (ALLEMAGNE) [02.12.15] – Vingt-neuf membres du Congrès des États-Unis ont récemment écrit une lettre au gouvernement bavarois, exigeant que les fonctionnaires des musées arrêtent de faire traîner les demandes de restitution des héritiers des collectionneurs juifs spoliés par le régime nazi.

Vingt-neuf membres de la Chambre des représentants américaine ont apporté leur soutien aux héritiers des collectionneurs juifs spoliés par le régime nazi, notamment les héritiers du collectionneur Albert Flechtheim, en envoyant une lettre au gouvernement bavarois, rapporte Der Spiegel. Le document exige que le gouverneur Horst Seehofer facilite le dialogue entre les musées de son Etat et les familles juives qui soupçonnent encore les institutions d'héberger des œuvres spoliées par les nazis.

La lettre mentionne que ces familles sont pour certaines toujours dans l’attente d’une restitution. En 1998 l'Allemagne a approuvé les principes de la Conférence de Washington applicables aux œuvres d’art confisquées par les nazis, recherchant un consensus international sur ces demandes de restitution. Les Etats-Unis, ayant également ratifié ces principes, attendent ainsi de la Bavière « plus de dialogue et de coopération ». « L'importance de ces questions pour les survivants de l'Holocauste et leurs familles à travers le monde ne peut pas être surestimée », indique la lettre.

Aux États-Unis beaucoup ne croient plus à la sincérité de l'Allemagne, que ce soit concernant la collection Gurlitt ou de nombreux autres cas qui demeurent non résolus aujourd’hui. Parmi les centaines d'œuvres d'art potentiellement pillées appartenant à la collection Gurlitt, deux seulement ont été restituées à leurs propriétaires légitimes. D’après Der Spiegel, les américains ont l’impression que l’Allemagne cherche à banaliser les premières années du national-socialisme, pour minimiser le phénomène de persécution des juifs et par conséquent les ventes forcées d’œuvres d’art.

L’histoire de Michael Hulton, 69 ans, héritier du collectionneur et marchand d’art Alfred Flechtheim est considérée par beaucoup comme symptomatique et a motivé les membres du Congrès d’envoyer cette lettre au gouverneur bavarois. Aujourd'hui, la Pinakothek der Moderne de Munich possède neuf tableaux que Michael Hulton a identifiés comme ayant été donnés par son grand-oncle au moment des persécutions. Six de ces tableaux sont de l'avant-gardiste allemand Max Beckmann, un est de Paul Klee et deux sont signés Juan Gris. Michael Hulton a déclaré se sentir trompé par le musée, qui « relativise dangereusement » les persécutions et refuse désormais de communiquer avec lui. Le musée quant à lui affirme qu’il ne s’agit pas de spoliations, puisque Flechtheim a vendu les peintures en 1932 au galeriste new-yorkais J.B. Neumann, lesquelles sont passées entre les mains du courtier munichois Günther Franke, qui les a léguées en 1974 à la Bayerische Staatsgemäldesammlungen, les collections de peinture de l'Etat. L’Etat bavarois a d’ailleurs confirmé en 2014 que le musée était arrivé « aux bonnes conclusions ».

Ces « congressmen » américains ne semblent pas avoir pris connaissance du récent rapport de l’Organisation juive mondiale de restitution (WJRO), présenté en juin dernier. Cette dernière a en effet épinglé plusieurs grands musées américains, comme le MoMA de New York et le MFA de Boston, accusés d’être trop procéduriers et de se servir des délais de prescription pour éviter les demandes de restitutions d’œuvres spoliées.

Légende photo

Vue du Congrès américain pendant un discours de G.W. Bush en 2003 © Photo Andy85719 - 2003 - Photo sous Licence Domaine public via Wikimedia Commons

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