Vendredi 4 décembre 2020

Société

Éditorial

Défendre la laïcité

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 30 octobre 2020 - 421 mots

FRANCE

Après les assassinats de Nice et précédemment de Samuel Paty, la défense de la laïcité républicaine est une obligation. 

Dessin Michel Cambon
© Michel Cambon

Société. L’heure est à un nouveau tour de vis pour freiner la propagation du Covid-19, et malgré les provocations du président turc Recep Tayyip Erdogan, la mobilisation de la société après l’horreur de la décapitation de Samuel Paty commence à s’estomper. Cela se comprend, chacun subit personnellement les conséquences du couvre-feu ou de la maladie alors que la lutte contre le séparatisme islamique n’est, pour la plupart, qu’une information, une abstraction.

Et pourtant, si comme on l’espère, le Covid-19 sera oublié une fois le vaccin venu, il n’en est pas de même pour les « territoires perdus de la République » (rappelons que cet ouvrage collectif des éditions Mille et une nuits date de 2002) qui continuent précisément à perdre du terrain face à la frange radicale de l’islam qui veut y imposer sa loi.

Quelle peut être alors la contribution du monde des arts dans la défense des valeurs républicaines face au séparatisme islamiste ? La réponse la plus naturelle est d’ériger un lieu de mémoire en hommage aux victimes des attentats, un lieu de pédagogie aussi à destination des jeunes, écartelés au fond d’eux-mêmes entre les appels au radicalisme par des imams dévoyés et le confort d’un État républicain nourricier. C’est ce qu’avait prévu le gouvernement bien avant l’attentat contre le professeur.

Mais en attendant ce lieu symbolique, que faire ? Une solution – il y en aurait beaucoup d’autres – serait que chacun, artistes, critiques, médiateurs, conservateurs, s’interroge honnêtement sur sa pratique quotidienne et se demande s’il n’est pas en train de s’autocensurer pour éviter de faire des vagues. Tous ces petits accommodements avec sa conscience qui font régresser la liberté de création et d’expression, ces libertés que le monde de la culture porte pourtant si fièrement en bandoulière et qu’il n’exerce trop souvent qu’à l’encontre de cibles muselées par la bien-pensance – ce que l’on appelle la cancel culture outre-Atlantique.

Des exemples de petits accommodements ? S’interdire de créer ou montrer des œuvres figuratives représentant l’islam ou son prophète – et l’on ne parle même pas de caricatures. Ou ne pas profiter d’une médiation sur un tableau illustrant Judith et Holopherne pour stigmatiser la barbarie du geste, aujourd’hui comme hier. Ou encore ne pas faire respecter – hors Covid-19 ! – la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Les professeurs qui sont en première ligne ont besoin d’être soutenus dans ce combat pour la laïcité.

Caravage Judith et Holopherne
Le Caravage (1571-1610), Judith décapitant Holopherne, 145 x 195 cm, c. 1598-1599, huile sur toile, Galleria Nazionale d'Arte Antica / Palazzo Barberini à Rome
Photo Wikimedia

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°554 du 30 octobre 2020, avec le titre suivant : Défendre la laïcité

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