Monographie

Shigeru Ban : une architecture singulière

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 2 avril 2004

Connu pour ses expérimentations technologiques, l’architecte japonais est aussi remarqué pour l’originalité de ses formes. Phaidon lui consacre un ouvrage.

Récent vainqueur, avec Jean de Gastines et Philip Gumuchdjian, du concours pour l’antenne du Centre Pompidou à Metz – ouverture programmée en 2007 –, l’architecte japonais Shigeru Ban traîne, depuis une dizaine d’années et bien malgré lui, une étiquette quelque peu réductrice : il est « l’architecte du papier » ou, plus exactement, celui du tube de carton. Or, même s’il sait manier ce surprenant matériau avec une évidente virtuosité, ce qui lui a rapidement assuré une notoriété internationale, cette étiquette est loin d’être juste. C’est ce que démontre le livre de Matilda McQuaid, conservatrice au Cooper-Hewitt, National Design Museum de New York, qui dresse un panorama concis, en une trentaine de projets, de l’œuvre de Shigeru Ban, laquelle dépasse évidemment, et de loin, l’usage monomaniaque du tube de carton.
L’ouvrage est découpé en cinq chapitres, qui correspondent aux thèmes majeurs développés par Ban dans son travail : « Papier », « Bois », « Bambou », « Préfabriqué » et « Peau ». En clair : trois matériaux, un mode de production industriel et une méthode de projet. Dans les sections « Papier », « Bois » et « Bambou » sont montrées, sous forme de plans, de dessins et de photos, diverses réalisations, pérennes mais aussi temporaires, tels ces abris d’urgence conçus pour les réfugiés rwandais (1995) ou les fameuses « Paper Log Houses », maisons provisoires, en tube de carton, édifiées pour les victimes des tremblements de terre (au Japon en 1995, en Turquie en 1999, en Inde en 2001). Ces trois chapitres décrivent surtout le travail d’un maître d’œuvre novateur qui, à partir de matériaux réputés banals – carton, contreplaqué, bambou… — invente une architecture originale. Matilda McQuaid résume d’ailleurs avec justesse le style Ban : « construire avec des matériaux ordinaires de manière extra-ordinaire ». Comme pour convaincre les éventuels sceptiques, une batterie de tests techniques vient à chaque fois confirmer, en queue de chapitre, sur quelques pages de couleur grise (plus sérieux ?), que ces matières de prime abord « étonnantes » sont effectivement devenues, dans les mains de l’architecte japonais, de véritables matériaux de construction.

Technique et poésie
Dans la quatrième partie, intitulée « Préfabriqué », on observe avec quelle aisance Ban s’approprie la technologie et les produits que lui offre la grande industrie, notamment le béton. Enfin, au chapitre « Peau », est décortiqué l’un des points forts de son architecture, en l’occurrence le traitement subtil qu’il fait de « l’enveloppe », à l’instar de ces trois projets emblématiques construits à Tokyo : la « Maison nue » et ses panneaux ondulés en plastique translucide, la « Maison pour un dentiste » et son rideau de lierre sur trois étages, enfin, la « Maison-rideau » et son vrai voilage qui recouvre les deux niveaux de l’habitation.
Cette monographie est une sérieuse mise en bouche de l’œuvre de Shigeru Ban, qui, à 46 ans, se révèle être un expérimentateur inspiré, doublé d’un technicien rigoureux non dénué de poésie.

Shigeru Ban, par Matilda McQuaid, éditions Phaidon, 240 pages, 200 illustrations en couleur, en anglais, 75 euros. ISBN 0-7148-4194-3.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°190 du 2 avril 2004, avec le titre suivant : Shigeru Ban : une architecture singulière

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