Exégèse

Les vitraux de Chartres décryptés

Le Journal des Arts

Le 19 décembre 2003 - 477 mots

Les éditions Zodiaque publient un ouvrage de synthèse à la fois rigoureux et accessible sur ces images médiévales.

Spécialistes des images médiévales peintes sur verre ou sur parchemin – un goût qu’ils font partager à leurs étudiants de Paris-X-Nanterre et Lille-III –, Colette et Jean-Paul Deremble vouent depuis une trentaine d’années une passion sans faille aux vitraux de Chartres. Cet ensemble unique au monde – le plus vaste du Moyen Âge conservé à ce jour – est à l’origine de leur thèse de doctorat, mais aussi de plusieurs articles et ouvrages analysant les spécificités de ce cycle conçu entre l’extrême fin du XIIe siècle et le premier tiers du XIIIe siècle. Soucieux d’« aider le visiteur à pénétrer dans cet univers foisonnant, si proche par sa capacité à nous éblouir, et si lointain par l’immense savoir qu’il véhicule », les époux Deremble ont condensé ces années de travail dans un volume de synthèse dont l’érudition n’est jamais rédhibitoire. Afin de rendre intelligible les milliers d’images que renferme la cathédrale, ils proposent une lecture thématique des vitraux. Les verrières sont donc regroupées en fonction des grands sujets qui ont présidé à l’élaboration du programme global : « Marie, l’Église et les aristocrates », « Romans d’aventure », « Pèlerins et voyageurs », « Les reliques des martyrs »… Ce découpage, qui a l’avantage de la clarté, permet en outre de combiner « le gros plan et le point de vue panoramique » : chaque fenêtre est reproduite et décryptée dans sa totalité, puis envisagée à travers un détail permettant d’aborder les aspects novateurs du vitrail chartrain. La vue d’ensemble de la baie figurant L’Arbre de Jessé s’accompagne par exemple d’une vue rapprochée du prophète Balaam, prétexte à souligner « la puissance graphique de ces peintres romans susceptibles d’exalter l’expression en dilatant les pupilles, en forçant les contours, en simplifiant les traits pour rehausser la force intérieure des visages ». Inédites et de bonne définition, ces images – fruit d’une campagne photographique du Centre international du vitrail – constituent l’un des principaux attraits du livre, car elles reproduisent des scènes difficilement lisibles, voire invisibles, in situ. En outre, elles mettent en évidence « le génie narratif de ces histoires sans paroles » et la clarté retrouvée des vitraux des fenêtres basses, dont la restauration vient de s’achever. Didactique, l’introduction (« Les vitraux en leur temps ») retrace la chronologie, le contexte historique et la technique de ce programme, tandis que la conclusion émet des hypothèses sur l’identité de ses commanditaires, la genèse de son iconographie ou la fonction de cet art sacré, dont l’érudition le dispute à la complexité. Ne manque à cette somme publiée chez Zodiaque qu’un texte préliminaire mettant en relief la cohérence et les grandes lignes de cet ensemble.

Colette et Jean-Paul Deremble, Vitraux de Chartres, éd. Zodiaque, 2003, 256 p., 186 ill., 48 euros. ISBN-2-7369-0293-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°183 du 19 décembre 2003, avec le titre suivant : Les vitraux de Chartres décryptés

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