Le miracle Giotto

La splendeur retrouvée de la chapelle Scrovegni

Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2007

Récemment restauré, le cycle peint par Giotto dans la chapelle Scrovegni, à Padoue, a retrouvé sa force narrative et sa virtuosité chromatique. Réalisé sous la direction du responsable des travaux de restauration, Giuseppe Basile, un ouvrage restitue dans les moindres détails le raffinement et la beauté originelles de ces fresques.

Lorsque Enrico Scrovegni, l’un des plus riches et des plus puissants citoyens de Padoue, commande au début du XIVe siècle à Giotto la décoration de la chapelle qui jouxte son palais familial, l’artiste toscan est au sommet de sa maturité artistique. Il a déjà peint le cycle des Histoires de la vie de saint François à Assise, exécuté les fresques de Saint-Jean-de-Latran à Rome à la demande du pape Boniface VIII, et réalisé des décorations et peintures à Rimini et à Florence. Son langage s’est enrichi et a mûri, comme en témoignent les nombreuses nouveautés introduites dans le cycle padouan. Illustrant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, ces fresques se distinguent en effet de l’entreprise d’Assise par la subtilité du jeu entre les fausses architectures et la structure réelle de l’édifice, le caractère monumental des personnages, la référence continuelle à l’art classique, et surtout la luminosité et la clarté des couleurs, rendues aujourd’hui plus évidentes grâce à la restauration de la chapelle. C’est cette splendeur retrouvée que nous invitent à découvrir les historiens de l’art italiens Giuseppe Basile et Francesca Flores d’Arcais dans l’ouvrage récemment publié chez Skira. Réalisé par l’Institut de restauration de Rome (ICR), il apporte de précieuses informations non seulement sur l’histoire de ce cycle pictural, mais aussi sur son état avant et après restauration.

Directeur du service des interventions sur les biens artistiques et historiques à l’ICR, Giuseppe Basile revient sur les principales causes de dégradation de l’édifice, laissé à l’abandon dès la fin du XVIIIe siècle, restauré de manière désastreuse dans les années 1960 puis victime d’un tremblement de terre en 1976. Ce coup de grâce porté au monument fut paradoxalement décisif pour son sauvetage, le ministère des Biens Culturels italien se décidant enfin à confier sa restauration à l’ICR. “L’Institut donna au problème de la conservation des peintures une direction novatrice, en inversant la pratique traditionnelle qui prévoyait d’intervenir sur l’œuvre indépendamment de son étude et des éventuels travaux pour adapter le lieu et conserver l’édifice”, écrit Giuseppe Basile. Une série de recherches scientifiques fut ainsi engagée. Elle révéla que la principale cause de dégradation était la pollution. En interaction avec la condensation de l’humidité, celle-ci avait entraîné le dangereux phénomène de la sulfatation – c’est-à-dire la transformation de l’enduit peint en plâtre – et, par voie de conséquence, la pulvérisation de la couleur. Pour y remédier, il convenait d’une part de limiter l’accès à la chapelle des éléments polluants – à savoir les visiteurs –, d’autre part de mettre en œuvre des travaux d’assainissement sur l’édifice (réfection du toit, isolation des murs extérieurs...) et le milieu ambiant (pose d’un filtre entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment). Des interventions d’urgence furent par ailleurs entreprises au niveau de la couche picturale pour empêcher la perte des zones où la pellicule de peinture était gravement détériorée.

Achevée en 2002, cette vaste campagne de restauration a permis de restituer la lisibilité et la beauté du cycle originel de Giotto. Elle a également été l’occasion de “saisir de nombreux détails de la peinture du maître, comme sa capacité de peindre à coups de pinceau très fins les visages, mais aussi de mettre en évidence d’un seul trait sûr un détail significatif”, souligne Francesca Flores d’Arcais. Une virtuosité illustrée au fil des nombreuses photographies prises par Angelo Rubino. Faisant la part belle aux plans rapprochés, elles mettent en lumière le raffinement et la précision de certaines scènes, la variété des ornements enrichissant architectures et vêtements ainsi que la qualité chromatique de la peinture, qui demeure généralement sous-estimée.

Giuseppe Basile, Francesca F. d’Arcais, Giotto. Les fresques de la chapelle Scrovegni de Padoue. Milan, éd. Skira/Seuil, 455 p., 400 ill., 85 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°168 du 4 avril 2003, avec le titre suivant : Le miracle Giotto

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