Samedi 14 décembre 2019

Recueil - Le croquis selon Hokusai

Hokusai manga - carnets de croquis de Katsushika Hokusai

La publication de sa Manga révèle les secrets de ce dessinateur invétéré

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 19 septembre 2011 - 455 mots

Au nom de Katsushika Hokusai (1760-1849), le public européen associe sans hésitation la Grande Vague, extraite de la série des Trente-six vues du mont Fuji (1831).

Ce même public ne sait sans doute pas qu’au Japon le peintre avait obtenu le succès dès 1814, grâce à la publication du premier volume de la Manga. Cette suite de recueils de croquis totalisera quinze volumes sur soixante-quatre ans de carrière, dont le dernier fut publié trente après la mort de l’artiste. La Manga n’est autre que l’antichambre de l’art d’Hokusai. Conçue à l’origine comme un manuel pédagogique destiné à ses apprentis, la Manga compile des dessins pris sur le vif, aux sujets aussi divers que variés : études de la faune et la flore, paysans et artisans au travail, portraits, outils et objets du quotidien, schémas explicatifs de construction, études de masques, éléments architecturaux, créatures fantasmagoriques, rituels religieux ou artistiques… Fort de son étude de la peinture occidentale – ce qui lui a valu le surnom de « Hokusai aux yeux bleus » –, l’artiste y met en pratique son approche mathématique de la composition. Car derrière l’équilibre et le dynamisme de ses représentations, résident des préceptes géométriques grâce auxquels une image parfaitement plane prend soudain du volume. Ce tour de force en inspira plus d’un : la légende veut que le graveur français Félix Bracquemond soit tombé sur un exemplaire de la Manga ayant servi à emballer des objets en porcelaine importés du Japon, et qu’il s’empressa de le partager avec ses amis impressionnistes. La suite est connue…

Mise en page soignée
À défaut de présenter l’intégralité de la Manga (3 900 dessins et 970 pages !), l’ouvrage que publient aujourd’hui les Éditions de La Martinière fait figure d’introduction générale au monde dessiné d’Hokusai – notamment au travers du texte de Mitsuru Uragami, antiquaire tokyoïte et plus grand collectionneur de la Manga au monde (1 400 exemplaires). Les 300 planches sélectionnées sont sublimées par la mise en page très travaillée du graphiste Takaoka Kazuya. Celles-ci n’étant pas répertoriées, il est cependant impossible de connaître les dates (même approximatives) d’exécution ou de publication des dessins, ou si un esprit particulier se dégage de chacun des volumes. L’aspect historique est lui aussi survolé ; de « l’immense succès » obtenu par la Manga, on apprend finalement peu de chose sur le nombre d’exemplaires vendus, le rythme des parutions, ou le type de lecteurs. Enfin, certaines scènes demeurent inaccessibles à un lectorat non familier des traditions nippones – une description, même concise, aurait été la bienvenue.

Hokusai manga - carnets de croquis de Katsushika Hokusai

Textes de Hideki Nakamura et Misturu Uragami, traduits de l’anglais par Flor Méchain, édition bilingue japonais-français, Éditions de La Martinière, 696 p., 40 euros, ISBN 978-2-73244823-7.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°353 du 23 septembre 2011, avec le titre suivant : Hokusai manga - carnets de croquis de Katsushika Hokusai

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