Vendredi 30 octobre 2020

A l'occasion de la sortie de son autobiographie

Guy Ribes, peintre, témoigne de son passé de faussaire

« Guy est le Robin des bois de la peinture »

Par Sarah Belmont · Le Journal des Arts

Le 21 avril 2015 - 660 mots

Tout semblait le prédestiner à un avenir frauduleux. Né en 1948 dans une maison close, Guy Ribes fait ses armes dans un atelier de soierie lyonnais.

Repéré par un marchand de tableaux célèbre, il commence à peindre, sur commande, à la manière des grands maîtres. Ses travaux trompent experts et héritiers, dont la petite fille de Marc Chagall. Ivre d’argent et de gloire, le faussaire finit par vendre lui-même ses toiles. Une initiative qui lui vaut d’être arrêté. Fier de son parcours, il le raconte aujourd’hui dans une (auto)biographie que cosigne le documentariste Jean-Baptiste Péretié.

Comment est né le projet ?
Jean-Baptiste Péretié : D’une rencontre. J’ai contacté Guy Ribes lors de son procès, en 2010. Nous avons enregistré un documentaire pour France Culture, mais je me suis tout de suite dit qu’il y avait beaucoup plus qu’une émission de radio à faire.

Pourquoi un ouvrage à quatre mains et non une biographie ?
J.-B. P. : Je pense que le côté témoignage était crucial. Guy raconte toujours sa vie de manière plus poétique que chronologique. De même, quand il peint : il ne fait pas des copies bêtes et méchantes, il prolonge l’œuvre de peintres qu’il aime. Qu’une toile soit vraie ou fausse importe peu. Qu’est-ce qui nous émeut, au fond, la toile en elle-même, pour elle-même ou bien le nom qui lui est rattaché ? Faire un faux en soi n’a rien de grave. C’est le business autour, le problème.
Guy Ribes : En somme, ce qui va intéresser les gens, c’est pourquoi et comment on devient faussaire.

Pourquoi justement ?
G. R. : Pour l’argent.
J.-B. P. : Non négligeable, quand on connaît l’enfance de Guy. Je suis pour autant convaincu qu’il cherche autre chose…
G. R. : Si je ne peins pas, je crève. Je commence à 5h du matin jusque très tard dans la nuit.
J.-B. P. : Guy est un autodidacte. À un moment, il a eu une telle soif d’apprendre, de créer, qu’il n’a plus voulu perdre une seconde.

Suffit-il toutefois de parcourir un ouvrage, quel qu’il soit, pour pouvoir se glisser dans la peau d’un peintre ?
G. R. : Chaque artiste est unique en ce qu’il crée, et non en ce qui le pousse à créer.
J.-B. P. : Autrement dit, il faut parvenir à se détacher de ses lectures pour retrouver une certaine spontanéité, et « être le peintre ». D’après Picasso, on commence à imiter les maîtres et, parce qu’on n’y arrive pas, on développe sa propre peinture. L’ennui avec Guy, c’est qu’il est tellement bon dans cet exercice, qu’il en a oublié de développer son style.

Avez-vous fini par le trouver ?
G. R. : Oui, mais ma peinture ne se vend pas. C’est pourquoi je prépare une exposition « Ribes, le faussaire ».
J.-B. P. : Le monde de l’art a des codes, des règles bien précis. Guy est hors codes, hors règles. C’est le Robin des bois de la peinture.

D’ailleurs, la fin du livre n’oppose-t-elle pas l’ingratitude des marchands qui vous exploitaient et la reconnaissance du public ?
G. R. : En France, un faussaire est un escroc, rien de plus. À moins de devenir, comme moi, un personnage populaire. D’où les propositions de documentaires, de fictions…

Vous avez prêté vos talents au film Renoir, de Gilles Bourdos. Avez-vous d’autres projets en cours ?
G. R. : Un film sur Gauguin ; un autre, sur Picasso, ainsi qu’un documentaire sur les six mois précédant mon arrestation. Quant à Renoir, je purgeais encore ma peine, lors du tournage. Le procureur m’a néanmoins autorisé à faire ce pourquoi il m’avait condamné ! Non des copies, mais des toiles « à la manière de ».
J.-B. P. : C’est tout de même troublant de se dire que dans vingt, trente ans, ces œuvres seront peut-être vendues comme des Renoir.

Des regrets ?
G. R. : Si c’était à refaire, je le referais. J’ai vécu un rêve avant de tomber dans cet engrenage commercial. Cela dit, avec les nouvelles technologies, je n’aurais sûrement pas la même liberté qu’avant. C’était vraiment magique.

Guy Ribes avec Jean-Baptiste Péretié, Autoportrait d’un faussaire, Presses de la cité, 233 p, 19 €.

Légendes photos
Portrait de Guy Ribes. © Annabelle Lisbona.
Couverture du livre Autoportrait d’un faussaire

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°434 du 24 avril 2015, avec le titre suivant : Guy Ribes, peintre, témoigne de son passé de faussaire

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