Samedi 15 décembre 2018

Face à face

Vanité, tout est vanité

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2013 - 510 mots

La galerie Laurent Strouk confronte Damien Hirst et Philippe Pasqua dans une même exposition qui suscite de multiples questions.

PARIS - Combat de boxe ? Annonce d’un procès pénal entre deux bad boys ? « Damien Hirst vs. Philippe Pasqua », le titre de l’exposition laisse perplexe.

Qu’est ce qui réunit la rock star britannique, l’artiste punk hanté par la maladie, la mort et la décomposition et le peintre expressionniste français des tumultes de l’âme, des transsexuels, prostituées, aveugles et malades saisis, comme des côtelettes, dans des rouges écarlates ?

Un certain goût pour le morbide et le spectaculaire ? Un cri de protestation contre les dérives mercantiles et mégalomaniaques de nos sociétés et ses cortèges de laissés-pour-compte ? C’est sur un autre thème omniprésent dans l’œuvre de ces deux artistes que Laurent Strouk a souhaité les confronter : les vanités. Le galeriste a passé commande à Philippe Pasqua de vanités, au printemps 2012, que l’artiste a exécutées, à Saint-Paul de Vence, dans la touffeur de l’été provençal. Les œuvres de Damien Hirst ont, elles, été acquises auprès de l’artiste. Planté devant la galerie, un monumental crâne en bronze sur lequel butinent des papillons, annonce la couleur. À l’intérieur, deux impressionnantes toiles peintes par Philippe Pasqua dans un camaïeu de beiges et de terre de Sienne se font face. Les orbites des yeux sont comme des gouffres. Les dents semblent vouloir encore croquer. L’homme doit être conscient de sa finitude nous dit Bossuet dans son Sermon sur la Mort. La taille de ces crânes (250 x 220 cm) traduit davantage l’égotisme de l’artiste contemporain qu’une invitation à une réflexion d’ordre philosophique ou métaphysique. Les thuriféraires de l’art de Pasqua retrouveront ses coups de pinceaux nerveux, la noirceur de sa peinture tout en épaisseur. Ses détracteurs, son côté direct et un peu brutal.

Sur les cimaises adjacentes, place à Damien Hirst. En l’absence de For the Love of God, dispendieuse tête de mort en platine incrustée de 8 600 diamants, nous aurons droit à ses Spin skull paintings évoquant le big bang. Un crâne se fissure au centre de la toile en déclenchant des explosions de couleurs vives. « La mort peut aussi être magnifique », explique le communiqué de presse. Damien Hirst aurait-il traversé quelque expérience de mort imminente ?

Dans la deuxième salle, une série d’estampes de Damien Hirst inspirée de Warhol (crânes dorés sur fond orange, jaune ou mauve) fait fasse à des sculptures récentes de Pasqua : crânes humains tendus d’une peau gainée façon sellier parcourus de motifs végétaux, crânes tatoués en marbre de carrare, suivis d’une série de vanités aux papillons, en bronze plaqué argent, bronze chromé ou bronze platine gris. Ces pièces esthétisantes, mais vides, doivent-elles êtres perçues comme une critique de notre société de consommation ? Attend-t-on d’une œuvre qu’elle reflète le monde actuel, ou qu’elle nous offre un point d’ancrage qui nous permette de voir plus loin ?

Damien Hirst vs. Philippe Pasqua – Skull

Jusqu’au 23 janvier. Galerie Laurent Strouk, 2 avenue Matignon, 75008 Paris. Tél : 01 40 46 89 06. www.laurentstrouk.com

Légende photo

Vue de l'exposition Damien Hirst vs Philippe Pasqua – Skull, à la galerie Laurent Strouk, Paris. © Galerie Laurent Strouk.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°382 du 4 janvier 2013, avec le titre suivant : Vanité, tout est vanité

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