Mardi 11 décembre 2018

Ventes publiques

Sotheby’s à nouveau confronté à un faux présumé provenant de Ruffini

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 19 janvier 2017 - 465 mots

NEW YORK (ETATS-UNIS) [19.01.17] - La série des faux en peinture ancienne rebondit, Sotheby’s a dû rembourser une composition attribuée au peintre de Parme qui se révélerait être une contrefaçon. C’est le second faux présumé provenant de Giuliano Ruffini dont la maison américaine reconnaît la vente.

Sotheby’s a annoncé avoir remboursé un client de l’intégralité des 840 000 $ qu’il a déboursés pour acquérir en janvier 2012 aux enchères à New York un Saint Jérôme catalogué comme oeuvre du « cercle du Parmigianino », le peintre que les historiens de l’art français appellent parfois le Parmesan. La compagnie affirme que cette peinture « est sans conteste une contrefaçon » récente. Le laboratoire Orion Analytical du Massachussetts a trouvé un pigment vert moderne en 21 endroits, sans que sa présence puisse être attribuée à une restauration.

La compagnie intente désormais une action devant le tribunal de New York pour obtenir d’un courtier luxembourgeois, Lionel de Saint-Donnat Pourrières, le remboursement des 625 000 $ qu’il a reçus de cette vente.

Giuliano Ruffini, qui se présente comme un collectionneur à l’origine de plusieurs oeuvres soupçonnées par la Justice d’être des faux, nous a confirmé en avoir été le précédent propriétaire. Il nous a fait part de ses doutes concernant l’expertise d’Orion Analytical dans la mesure où ce laboratoire vient d’être racheté par Sotheby’s. « Cette oeuvre a été reconnue comme étant du Parmigianino ou à tout le moins de son entourage par des historiens de l’art, des experts et des conservateurs. Elle a été exposée comme oeuvre du maître en 2003 aux musées de Parme et de Vienne, et même au Metropolitan de New York il y a encore deux ans », réagit-il en soulignant n’avoir pas eu accès au détail des expertises conduites par Sotheby’s ou par la Justice française sur des oeuvres dont il a été le propriétaire.

La même mésaventure est déjà arrivée à Sotheby’s, mais pour un montant bien plus élevé, d’une dizaine de millions de dollars, avec un portrait vendu comme étant de Frans Hals - et à l’époque reconnu comme tel par le Louvre. Dans les deux cas, elle n’a pris contact avec ses clients qu’après avoir été interrogée, en avril dernier, par le Journal des Arts sur ces ventes. Après s’être efforcée en vain, pendant des mois, d’étouffer l’affaire, elle semble désormais résignée à jouer la transparence. Dans le cas du « Hals », la compagnie n’a pas non plus obtenu remboursement du vendeur, un marchand londonien du nom de Mark Weiss. Celui-ci a aussi exprimé ses doutes sur le sérieux de l’étude d’Orion Analytical. Le conservateur de la collection du prince de Liechtenstein, Johann Kräftner, a adopté le même scepticisme envers l’expertise judiciaire déclarant fausse la Vénus attribuée à Cranach, dont la saisie en mars dernier a révélé le scandale.

Légende photo

Cercle de Girolamo Francesco Maria Mazzola, dit Parmigianino, Saint Jérôme, huile sur panneau, 73 x 56,2 cm, vente du 26 janvier 2012, Sotheby's, New York. Cette toile est suspectée d’être un faux © Sotheby's

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