Dimanche 21 juillet 2019

Pour épater la galerie

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 5 septembre 2012 - 959 mots

Les galeristes ne se contentent plus d’avoir pignon sur rue au cœur des quartiers d’art, ils offrent aux artistes les grands espaces d’anciens entrepôts en périphérie de Paris à la mesure de leurs œuvres.

PARIS - Assisterions-nous à une nouvelle tendance ? Quoi qu’il en soit, le constat s’impose : deux galeries parisiennes, et non des moindres puisqu’elles figurent parmi les plus importantes sur la scène nationale comme internationale, vont prochainement ouvrir un nouvel espace en proche banlieue, en plus de leur adresse intra-muros. À Pantin pour Thaddaeus Ropac et au Bourget pour Larry Gagosian. Si l’on ajoute, la galerie RX qui, en complément de ses deux espaces de l’avenue Delcassé dans le 8e arrondissement parisien, a déjà lancé son Générateur RX il y a tout juste deux ans à Ivry-sur-Seine, on peut se demander si ce mouvement, déjà apparu à New York ou à Londres avec Hauser & Wirth, la Pace Gallery, n’est pas en train de gagner Paris.

La galerie RX est effectivement la première à avoir inauguré un espace de 1 500 m2 (avec une plateforme de 600 m2 et 14 m de hauteur sous plafond), dans l’ancien laboratoire Joliot-Curie à deux pas de la Bibliothèque nationale de France. « Ce n’est pas une galerie, c’est un lieu hybride, avec création d’événements, réserve d’œuvres présentées sur des rails, résidence d’artistes et accrochages monographiques », précise Éric Dereumaux, le directeur associé et cofondateur de la galerie (avec Éric Rodrigue). Il est possible d’ailleurs d’y voir en ce moment une trentaine d’œuvres de Lee Bae et d’y rencontrer trois artistes en résidence. Autrement dit, décliner son nom ouvre les activités de la galerie à un lieu générateur de projets, d’échanges, de ventes, mais uniquement sur rendez-vous.

Le projet de Thaddaeus Ropac, qui sera lancé le 14 octobre est tout à fait différent. Lorsqu’on lui demande l’orientation de ce nouveau lieu, la réponse fuse, catégorique : « Il s’agit d’une galerie pour des projets ambitieux ». Ni un simple lieu d’exposition, ni un centre d’art. Le lieu est d’ailleurs baptisé Galerie Thaddaeus Ropac Paris Pantin pour qu’il n’y ait pas de confusion avec celui du 7, rue Debelleyme, dans le 3e arrondissement, inauguré en 1990.

Ainsi, une véritable galerie, et immense – puisqu’elle occupe les 5 000 m2 d’une ancienne usine de chaudronnerie du XIXe siècle entièrement réhabilitée – composée de quatre bâtiments, dont seulement deux sont consacrés aux expositions : le plus grand, magnifique avec ses quatre nefs et un second, inauguré avec des œuvres de Joseph Beuys, liées à sa célèbre performance « Ich (Ich selbst di Iphigenie) » réalisée en 1969 à Francfort. Il sera ensuite polyvalent pour accueillir (sur 200 m2) une programmation culturelle en correspondance avec les expositions, aussi bien des performances, justement, que des projections ou des spectacles de danse. Outre sa fonction d’accueil des visiteurs, l’ancienne maison du gardien sera l’unique et relativement modeste lieu d’exposition pour recevoir les collectionneurs. La galerie compte trouver son public et bénéficier du contexte culturel du quartier avec notamment le Centre national de la danse ou la Cité de la musique à La Villette. Alors pourquoi un tel navire à Pantin lorsqu’un beau paquebot bat déjà pavillon à Paris ? « Nous avons régulièrement des problèmes d’espace », indique Thaddaeus Ropac. « Nous avons récemment montré rue Debelleyme des sculptures d’Antony Gormley qui pesaient entre 2 et 5 tonnes, difficiles à gérer d’un point de vue logistique. Anselm Kiefer aime travailler sur de très grands formats qu’on ne peut présenter dans notre galerie du Marais ». Le galeriste en fera d’ailleurs bientôt la démonstration avec les toiles de 7,5 m de long sur 2,5 de haut réalisées pour l’occasion.

Gagosian dans le 93
C’est au Bourget (banlieue nord), dans un bâtiment industriel des années 1950 dont il a confié la restauration à l’architecte Jean Nouvel en collaboration avec HW architecture, que Larry Gagosian a décidé d’ouvrir sa seconde galerie parisienne (après celle du 4, rue de Ponthieu dans le 8e arrondissement, inaugurée en octobre 2010) et sa douzième dans le monde (trois à New York, deux à Londres, une à Rome, Athènes, Hongkong, etc). L’espace fait 1 650 m2 établis sur deux niveaux, dont une mezzanine de 340 m2, avec là encore la volonté d’exposer des œuvres de grand format. Et surprise…, c’est encore Anselm Kiefer qui fera le spectacle d’inauguration (au moment de la FIAC). Avec l’aéroport tout proche, l’emplacement est idéal pour accueillir les collectionneurs VIP en jets privés.

La périphérie peut ainsi avoir quelques avantages. À commencer par celui de fournir de très grands espaces, à des prix moindres qu’au centre de Paris, qui vont parfaitement dans le sens de la propension actuelle pour le spectaculaire. Pour Georges-Philippe Vallois, galeriste et président du Comité professionnel des Galeries d’art « l’euphorie du marché de l’art ces dernières années a favorisé cette course à l’espace. Cette surenchère s’explique par le fait que les galeries multinationales travaillent avec des artistes qui ont une grosse production, et il faut donc leur offrir l’espace le plus ambitieux dans un climat de forte concurrence ». Il ajoute que « les grands espaces induisent nécessairement un état de prospérité qui fait l’effet d’un levier psychologique auprès des nouveaux collectionneurs qui habitent eux-mêmes des espaces qui ressemblent à ces galeries ». Et effectivement, selon le vieil adage, on prête plus facilement aux riches. Ces initiatives vont-elles en engendrer d’autres ? Pour l’instant, on ne voit que venir à l’horizon de 2016 le projet « R4 », le pôle d’art contemporain de l’Île Seguin à Boulogne-Billancourt.

Galerie RX 6 avenue Delcassé, 75008 Paris, tel 01 45 63 18 78, 01 45 63 16 88, info@galerierx.com, mardi-samedi 14h-19h et sur RDV / Générateur RX, Ivry sur Seine, Bibliothèque Nationale de France, uniquement sur rendez-vous

Galerie Thaddaeus Ropac, 7, rue Debelleyme, 75003 Paris, tel 33 1 42 72 99 00, mardi-samedi. 10h-19h, galerie@ropac.net / 69 avenue du Général Leclerc 93500 Pantin

Larry Gagosian, 4 rue de Ponthieu, 75008 Paris, tel 33.1.75.00.05.92, lundi-vendredi 11h-18h, / 800 Avenue de l'Europe 93350 Le Bourget paris@gagosian.com

Légende photo

Vue du bâtiment de la galerie Thaddaeus Ropac de Pantin © Photo : Charles Duprat - courtesy galerie Thaddaeus Ropac

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°374 du 7 septembre 2012, avec le titre suivant : Pour épater la galerie

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