Dimanche 17 novembre 2019

Foire

PHOTOGRAPHIE

Paris Photo cisèle sa programmation

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 6 novembre 2019 - 882 mots

PARIS

Dans un contexte de concurrence accrue, la foire et ses exposants affinent leurs offres.

Joel-Peter Witkin, Reality is an Invention: The Constellation of Balthus, New Mexico, 2008, tirage argentique, 52,1 x 81,3 cm. © Joel-Peter Witkin / Baudoin Lebon @ Etherton.
Joel-Peter Witkin, Reality is an Invention: The Constellation of Balthus, New Mexico, 2008, tirage argentique, 52,1 x 81,3 cm.
© Joel-Peter Witkin / Baudoin Lebon / Etherton

Paris. Paris Photo est un événement très attendu, le public est toujours au rendez-vous. En 2018, la fréquentation de la foire a battu un nouveau record avec 68 000 visiteurs, selon son organisateur Reed Expositions France. En nombre de visiteurs par jour (13 400), la manifestation attire neuf fois plus de monde que Les Rencontres d’Arles (1 747), qui durent quatre-vingt-trois jours. Certes, les deux rendez-vous phares de la photo en France et à l’international n’ont pas la même vocation. Mais malgré ses impératifs commerciaux, Paris Photo expose plus d’un millier de photographies de toutes périodes, de tous genres et de toutes origines, et rassemble un public varié ainsi qu’une grande partie du milieu : 50 % des VIP sont internationaux. Son partenariat récent avec l’Association of International Photography Art Dealers pour créer Paris Photo New York renforce son leadership sur ce secteur.

25 % de renouvellement

Pour l’heure, ce sont 213 exposants tous secteurs confondus (contre 199 en 2018) qui prendront place sous la verrière du Grand Palais, dont 180 galeries et 33 éditeurs et libraires. Les grandes caractéristiques de la foire sont toujours présentes : le nombre de pays représentés (33) est légèrement supérieur à l’an dernier ; l’Amérique du Nord fournit un important contingent de galeries (35, soit 19 % des exposants) ; l’Europe demeure le continent majoritaire (87 galeries, 48 %, dont 53 françaises) ; et le taux de renouvellement (52 galeries sur 180, dont 33 viennent pour la première fois) reste à la fois constant et élevé. On note enfin trois galeries venant d’Istanbul (Dirimart, Galerist et The Pill).

Trouver de nouveaux talents

Bien que marginales, les évolutions sont cependant significatives. Le secteur Curiosa, dévolu l’an dernier pour sa première édition à la photographie érotique, devient une section consacrée à de jeunes auteurs (ou galeries) et à des photo­graphes méconnus. « Nous nous sommes rendus compte qu’il y avait une véritable attente et demande de nos visiteurs, en particulier [les visiteurs] récurrents depuis vingt ans, vis-à-vis de l’émergence [de nouveaux artistes]», explique Florence Bourgeois, directrice de Paris Photo. Le succès d’Approche, un salon consacré, tout près du Grand Palais, à 15 travaux expérimentaux de photo­graphes, conjugué à la multi­plication des sections « découverte » dans les foires de photo, n’y sont certainement pas non plus étrangers. Les vitrines données à Paris Photo aux différents prix ou cartes blanches, qui récompensent souvent la jeune création, ne peuvent plus suffire.

Partenariats et monographies

La montée en puissance des « Solo Shows » (30) ou « Duo Shows » (13) marque de son côté une évolution des galeries vers plus de lisibilité de leur offre. De Malala Andrialavidrazana (Caroline Smulders, Paris) à August Sander (Hauser & Wirth, Zürich) ou Ayana V. Jackson (Mariane Ibrahim, Chicago), les focus sont variés. « Il est important de donner des respirations et une plus grande compréhension des travaux, surtout quand on sait que les temps de visites (plus de deux heures) sont plus longs pour Paris Photo que pour une foire d’art contemporain compte tenu de la quantité de photographies à voir », souligne Christoph Wiesner, directeur artistique de Paris Photo. La multiplication des partenariats de galeries autour de ces expositions monographiques est une autre tendance de cette édition 2019. Le duo inédit formé par Gagosian et la Galerie 1900-2000 pour présenter un « Solo Show » Man Ray symbolise l’intérêt grandissant de nombre de galeries contemporaines pour les artistes historiques et pour les galeries du second marché. Depuis deux ans, la galerie Gagosian s’occupe de la succession Man Ray. « On voit des galeries d’art contemporain tel que David Zwirner à New York représenter des photographes comme Roy DeCavara », note Christoph Wiesner.

Pour les galeries plus habituelles de la foire, telles que Baudoin Lebon (Paris) et Etherthon (Tucson), qui s’associent cette année pour présenter un « Solo Show » de Joel-Peter Witkin, la raison est aussi économique. S’associer permet de diviser les coûts du stand par deux. La prolifération des foires, leurs coûts croissants et la situation morose du marché oblige à ces partenariats. La situation des galeries, du moins pour les petites et moyennes structures, est délicate, plus qu’auparavant : la concurrence s’est accrue du fait d’un nombre de galeries, d’artistes et de foires toujours plus important. Ainsi, Paris Photo se déroulant désormais au même moment que Shanghai Art Fair, créé il y a six ans, des galeries comme Templon (Paris), qui jusque-là participaient aux deux manifestations, ont décidé pour la première fois de se concentrer sur la chinoise.

Trois salons « off »  

En novembre, Paris accueille de très nombreuses expositions, manifestations et foires photo. Au Pavillon Wagram, Photo Paris Vintage Fair fait le 9 novembre la part belle à la photographie du XIXe siècle et début du XXe siècle. Au Carrousel du Louvre, la 8e édition de Fotofever (8-10 novembre) se distingue par ses propositions disparates. À deux pas, à la galerie Le Molière, Approche (7-10 novembre) met en lumière quinze travaux d’artistes expérimentant le médium et ses différents usages lors d’une 3e édition qui ne déroge pas au principe qui fait son succès : elle réserve cette année encore des créations de belle qualité, comme celles de Laure Tiberghien (Lumière des Roses, Paris), Lebohang Kganye (Afronova Gallery, Newtown), Cathryn Boch (Galerie Papillon, Paris) et Lindsay Caldicott (Christian Berst Art Brut, Paris).

 

Christine Coste

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°532 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : Paris Photo cisèle sa programmation

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