Dimanche 17 novembre 2019

Collectionneurs - Photographie

Comment commencer sa collection de photographies ?

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 29 octobre 2019 - 949 mots

PARIS

Alors que s’ouvrent Paris Photo, l’une des plus importantes foires consacrées à la photographie au monde, et ses off, voici quelques conseils et pièges à éviter pour bien acheter ses premiers clichés.

Commencer une collection en s’intéressant à la photo est tentant. Ce médium populaire parle à tout un chacun et ses prix sont le plus souvent abordables. Pour autant, des précautions s’imposent. « Comme pour la peinture, la sculpture ou le dessin, collectionner la photographie nécessite de prendre le temps de se faire un œil et de se renseigner sur l’artiste », prévient Bernard Utudjian, fondateur de la galerie spécialisée Polaris. Car certains photographes s’inspirent trop de leurs prédécesseurs, ce qui peut affaiblir leur intérêt. Alors comment se faire un œil ? En visitant des musées dédiés, comme le Jeu de paume à Paris, des centres d’art comme Le Bal, des festivals comme Les Rencontres d’Arles ou Circulation(s) ou encore des foires comme Paris Photo et Fotofever.

Définir ce que l’on cherche

« Paris Photo étant la première foire du genre, elle offre un choix très riche, des origines du médium à nos jours, des tirages historiques (tels ceux de Hans P. Kraus, Robert Hershkowitz, Howard Greenberg) aux œuvres d’artistes émergents. Ses 150 galeries ont une forte expertise et sont là pour guider amateurs et collectionneurs. La participation d’une trentaine d’éditeurs de livres permet de s’enrichir sur l’histoire de la photo et les artistes actuels », soulignent Florence Bourgeois et Christoph Wiesner, respectivement directrice et directeur artistique de Paris Photo. Ces exposants venant de 31 pays, cela rend compte de différentes sensibilités et approches. « Les foires de galeries, par opposition aux foires d’artistes en direct, garantissent une sélection et un accompagnement », confirme Cécile Schall, fondatrice et directrice de la foire Fotofever qui, parallèlement à Paris Photo, rassemble une centaine de galeries, notamment dans la section La Ruche dédiée à 40 jeunes marchands.

Avant tout achat, il est primordial aussi de s’informer sur l’artiste, son travail, sa cote, sa galerie. Une foire comme Paris Photo est une bonne plate-forme de découvertes et d’échanges pour rencontrer, apprendre, écouter les conversations avec les curateurs, discuter avec les artistes. Encore faut-il savoir ce que l’on cherche : un cliché abstrait ou figuratif, noir et blanc ou couleur, argentique ou numérique, avec une thématique particulière ou non… Et pour Bernard Utudjian, la qualité des tirages est également essentielle. « Un beau tirage se voit tout de suite, pas besoin d’être un expert. Mais cela implique aussi de se renseigner sur le pourquoi et le comment de la série, d’où provient la photo qui nous intéresse. » Idem pour l’encadrement : « Si le verre touche le tirage, passez votre chemin ; le tirage doit respirer comme tout support papier, à l’exception des Diasec. Il ne faut pas hésiter à demander si l’encadrement proposé est réalisé par un encadreur professionnel qui utilisera des papiers non acides et des verres anti UV », met en garde le galeriste.

« Comme la photo permet aux artistes d’exprimer leur créativité de multiples façons, de la prise de vue avec des appareils argentiques du début du XXe siècle au tirage argentique (le cyanotype, le daguerréotype, le collodion humide) en passant par l’utilisation de logiciels type Photoshop pour faire un photomontage numérique ou recréer une mise en scène, ce jargon technique peut intimider. C’est pourquoi nous remettons sur la foire un lexique disponible également sur Internet », note encore Cécile Schall.

Le juste prix

Une fois la photo choisie, comment savoir si le prix demandé est correct, de quelques centaines à quelques milliers d’euros ? Bernard Utudjian conseille de regarder le curriculum vitae de l’artiste. « Si celui-ci se résume à deux lignes pour un jeune artiste, alors le prix de vente doit aussi être jeune et raisonnable. Le CV indique le nombre d’expositions de groupe et personnelles réalisées par l’artiste, les institutions qui l’ont exposé ou acquis, les catalogues publiés, les articles de presse, en bref tout ce qui va justifier le prix », note-t-il. Le nombre de formats et de tirages détermine également le prix, car la photo est reproductible. « Un photographe est un artiste, à lui de trouver “le” juste format. Personnellement, je tolère qu’il puisse y avoir deux formats si cela est justifié, mais mes artistes, tels Louis Heilbronn, Éric Aupol, Yto Barrada ou Matthias Bruggmann, n’en font généralement qu’un. Depuis longtemps, ces artistes cités tirent à trois exemplaires, de temps en temps à cinq. Au-delà, je trouve cela inutile », note le patron de Polaris.

Plus le nombre d’exemplaires est élevé, plus le prix du tirage doit baisser. Mais seuls les trente premiers exemplaires sont considérés comme des originaux et ont donc valeur d’œuvres d’art. Il est plus facile de se repérer lorsque les exemplaires sont numérotés et signés. « Lorsqu’on veut se lancer, c’est bien de se donner les moyens, mais surtout de se fixer un budget. Nos prix affichés commencent à 200 euros et nous proposons une sélection d’œuvres à moins de 1 000 euros à l’entrée de la foire dans l’Appartement du collectionneur », précise Cécile Schall. À Paris Photo, les tarifs s’échelonnent de 1 000 à plusieurs centaines de milliers d’euros, et la foire est à l’initiative de plusieurs distinctions sur l’émergence qui fournissent de bons indicateurs sur les jeunes artistes.

Dans tous les cas, « il faut surtout choisir l’œuvre qui vous fait vibrer », insistent les dirigeants de Paris Photo. « On ne trouve pas forcément son coup de cœur à la première visite. Soyez patient et ne demandez pas à votre entourage son avis, c’est vous qui allez vivre avec », conseille la directrice de Fotofever. Ce qui signifie aussi de réfléchir à l’endroit où sera exposée la photo : fragile, cette dernière ne supporte ni les variations de température et d’humidité, ni la lumière directe…

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°728 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : Comment commencer sa collection de photographies ?

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