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L’inquiétude des galeries du centre de Paris face à la future zone à trafic limité

Par Charles Roumégou · lejournaldesarts.fr

Le 8 juin 2021 - 757 mots

PARIS

La Ville veut interdire l’an prochain le trafic de transit dans plusieurs arrondissements du centre de la capitale.

Le Boulevard Saint-Germain à Paris. © Guillaume Speurt, 2017, CC BY-SA 2.0
Le Boulevard Saint-Germain à Paris.
Photo Guillaume Speurt, 2017

La mise en place par la Ville de Paris, au cours du premier semestre 2022, d’une zone à trafic limité (ZTL) visant à restreindre la circulation dans le cœur historique de la capitale à certaines catégories de véhicules suscite le mécontentement d’une partie des professionnels du marché de l’art, au premier rang desquels les galeries dont l’activité a déjà été particulièrement impactée par la crise sanitaire.

Promesse de campagne de la maire de Paris, Anne Hidalgo, lors des élections municipales de 2020, la ZTL a pour objectif d’interdire le trafic de transit, c’est-à-dire le trafic de voitures ou deux-roues traversant une zone déterminée sans s’y arrêter. Cette réglementation doit permettre de réserver l’accès à la voirie aux piétons, vélos, transports en commun et à certaines catégories d’usagers - riverains, livreurs, artisans, taxis, etc. - dans le secteur de Paris centre (1er, 2e, 3e et 4e arr.) et la partie de la rive gauche située au nord du boulevard Saint-Germain (5e, 6e, et 7e arr.). Ces arrondissements concentrent la majorité des galeries.

A l’instar de la piétonisation des voies sur berge de la Seine, de la rue de Rivoli ou de la pérennisation des « coronapistes » - ces pistes cyclables provisoires aménagées lors des déconfinements pour favoriser la pratique du vélo - la ZTL s’inscrit dans un mouvement de reconquête de l’espace urbain initié par la Ville de Paris depuis 2016 afin d’offrir à ses habitants un meilleur cadre de vie au quotidien. Très répandu en Italie et en Espagne - Rome, Florence, Milan, Pise, Madrid - ce dispositif n’a pour l’heure été adopté en France que par Nantes.

Si le périmètre exact de la ZTL comme les catégories de véhicules autorisées à y entrer restent encore à définir lors de la phase de concertation à laquelle tous les Parisiens sont invités à participer, la perspective de son entrée en vigueur d’ici quelques mois a été accueillie froidement par les antiquaires et les galeristes de la rue des Beaux-Arts, située en plein cœur de Saint-Germain-des-Prés, comme Anthony Meyer, fondateur et directeur de la galerie Meyer - Oceanic Art, qui craint à terme que le quartier ne se transforme en « un désert culturel »« les commerces traditionnels laissent place à des magasins franchisés, des chaînes de fastfood ou des boutiques souvenirs ».

L’antiquaire explique en effet que « beaucoup de galeries pensent maintenant à s’installer dans des arrondissements comme le VIIIe (avenue de Matignon, rue du Faubourg Saint-Honoré, etc.) qui ne sont pas soumis à l’interdiction de véhicules », et dans lesquels « la liberté de mouvement des commerçants et de leurs clients n’est pas aussi entravée ». « Ce mouvement, engagé déjà depuis deux, trois ans, va s’accélérer avec l’annonce de la mairie de Paris », ajoute-t-il.

Si Anthony Meyer précise n’être pas opposé à l’idée d’un projet qui viendrait améliorer la qualité de vie à Paris, il s’insurge contre la méthode employée par la mairie de Paris précisant, par exemple, avoir appris l’existence et la mise en place de la ZTL par « par ouï-dire il y a deux semaines, sans aucune annonce officielle et sans aucune concertation avec les principaux concernés », c’est-à-dire les riverains et les commerçants.

L’antiquaire pointe également du doigt « le manque d’anticipation » des autorités locales et l’absence de « mesures compensatoires » visant à pallier les effets collatéraux de la future ZTL tels que « le report du trafic à l’extérieure de la zone », le non-remplacement des places de stationnement supprimées à l’intérieure la ZTL alors que « la mairie de Paris ne prévoit pas la création de parkings supplémentaires en périphérie », ou encore « la réorganisation des transports en commun ». « Tout est fait à l’impromptu, de manière irréfléchie », renchérit-il.

Lancée il y a quelques jours par l’association Société d’études de protection et d’aménagement de la rive gauche - en cours de constitution - la pétition « Sauver le Paris qu’on aime » se fait le relais des « habitants, libraires, écrivains, galeristes, artistes, cinéma et maisons d’édition de la Rive gauche » inquiets « face au projet de refonte brutal et irréversible du centre de Paris qui menace la survie des métiers historiques de proximité, des arts et des lettres qui y résident ». A l’heure actuelle, la pétition a recueilli 600 signatures.

Débutée le 12 mai dernier, la phase de concertation doit s’achever fin juin. Une fois la ZTL définie, la Ville de Paris informera le public sur la base d’un projet d’arrêté municipal détaillant la mise en place de la mesure, avant son entrée en vigueur effective au cours du premier semestre 2022 (dates non communiquées à l’heure actuelle).

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