Foire

FIAC 2019 : EN RÉSUMÉ

Les savants dosages de la Fiac

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 16 octobre 2019 - 560 mots

PARIS

Le succès de la Fiac repose sur de subtils équilibres entre local et international, grand public et élites, biennale et galerie marchande.

Entrée de la Fiac © Photo Clotilde Bednarek pour Le Journal des Arts, 16 octobre 2019
Entrée de la Fiac
© Photo Clotilde Bednarek pour Le Journal des Arts, 16 octobre 2019

Local ou international ? soutenir les galeries françaises ou montrer la création étrangère ? Rares sont les foires comme la Fiac à être dans la situation de gérer ces deux injonctions contradictoires, privilège de celles qui sont désirées par les grands marchands du monde entier. Avec un taux de 26 % de galeries françaises, en baisse par rapport aux années précédentes, la manifestation accueille une quarantaine d’enseignes de l’hexagone (sur un total de 199, quatre de plus que l’an dernier grâce à l’ouverture de la Galerie Nord-Est du Grand Palais). Et comme les places sont chères, ce sont toujours les mêmes Français ou presque. On ne compte ainsi que quatre nouveaux entrants ou revenants (Papillon, Magnin-A, Hopkins et Joseph Tang) pour une dizaine d’écartés (Éric Hussenot, Jérôme Poggi, Praz-Delavallade, Thomas Bernard). Les galeries étrangères sont donc largement majoritaires, offrant un large panel d’artistes, jeunes (Timothée Calame), moins jeunes (Kiki Smith) ou décédés (Roberto Matta).

Grand public/élites

Une foire pour collectionneurs ou pour le grand public ? L’un ne va pas sans l’autre dans un cercle en principe vertueux. Le principal objectif d’un organisateur de foire, Reed en l’espèce, est d’attirer les grands collectionneurs, en espérant qu’ils soient séduits par ce que les marchands leur proposent. En théorie, la foire se satisferait de n’avoir que 5 000 visiteurs, à la condition qu’ils soient acheteurs. Mais ces VIP ne se contentent plus de la présence des meilleures enseignes. Ils viennent pour l’ambiance et c’est ici que la Fiac fait se rencontrer VIP et grand public.

Depuis quelques années, le Petit Palais qui lui fait face accueille une trentaine de sculptures et installations mises à disposition et, en général, offertes à la vente par les galeries. Cette configuration lui permet de privatiser l’avenue entre les deux palais et d’y installer des bistros provisoires ajoutant un petit côté festif et populaire qui fait défaut sous la nef du Grand Palais. Il est à craindre cependant que les manifestations des Gilets jaunes viennent casser l’ambiance le samedi. À cela s’ajoutent d’autres installations dans les beaux quartiers. Mais la réussite la plus éclatante de Reed est d’avoir su en faire une date dans le calendrier des musées, fondations et foires périphériques qui organisent leur vernissage pendant la foire.

Biennale ou galerie marchande ? jeune création ou valeur sûres ? Les foires ne sont pas des biennales, c’est entendu. Les marchands ne viennent pas pour faire de la figuration et montrent ce qui se vend, d’où une impression de déjà-vu. À Paris, la présence grandissante de l’art moderne (sur lequel la Fiac a toujours misé, et du contemporain classique (Warhol, Soulages…), l’un et l’autre avec des prix qui peuvent dépasser le million, témoigne de cette course vers la sécurité commerciale. Même la branchée Frieze (mais branchée ne veut pas dire échevelée, il y a beaucoup de peintures à Londres) se tourne vers le passé. Pour autant, il faut renouveler l’offre, c’est ce que proposent les galeries dans la mezzanine et le Secteur Lafayette.

Reste le grand paradoxe de la Fiac et des autres foires. On ne connaît jamais le chiffre d’affaires réalisé par les marchands qui se contentent de lâcher quelques transactions. Cette omerta entretient une image irénique et hors sol, pour le coup pas très contemporaine.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°530 du 4 octobre 2019, avec le titre suivant : Les savants dosages de la Fiac

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