Foire

Les galeries d’art contemporain tiennent leur rang

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2019 - 894 mots

PARIS

Qu’elles choisissent de mettre en lumière un artiste, un médium, un mouvement ou un thème, les galeries d’art contemporain « classique » privilégient toujours la qualité.

C’est au moment de l’ouverture de cette 46e édition de la Fiac que David Zwirner, a, symboliquement, fait le choix d’inaugurer son adresse parisienne du Marais. Le marchand américain sera bien sûr également présent au Grand Palais, avec des peintures du jeune artiste brésilien Lucas Arruda – dont les éditions Cahiers d’Art ont publié la première monographie en 2018 –, un ensemble d’œuvres de Sherrie Levine, figure de « l’appropriationisme », ainsi que des photographies de Wolfgang Tillmans, dont la rétrospective est annoncée au MoMa en 2021. Paris serait devenue, selon le magnat de l’art, « l’une des villes les plus dynamiques dans le domaine des arts plastiques en Europe ».

Si la Fiac est la vitrine commerciale de cet élan, c’est aussi un concert savamment orchestré où chaque enseigne sélectionnée vient jouer sa partition. Après six ans d’absence, la Galerie Papillon fait ainsi son retour sur la foire, une date importante pour cette « galerie d’auteur » fondée en 1989. Son projet, centré sur la céramique et deux artistes de générations différentes, met en relation sur fond de terre cuite et crue une série de « Compote humaine » d’Erik Dietman réalisée entre 1992 et 1994, avec une Vénus polymathe jouissante d’Elsa Sahal tout juste produite. Le stand de la galerie Perrotin accorde aussi une place de choix à la porcelaine, sculptée, de Genesis Belanger ; il faut dire que ses objets anthropomorphiques, aussi décoratifs que dérangeants, sont susceptibles de créer la petite friction du regard propice à la curiosité. Ce focus est complété par une exposition collective des artistes de la galerie.

Aux antipodes de ces vanités pop, Paris Streetscape (2017), diorama de Mark Dion reproduisant un détail de paysage urbain, vision d’aurore saturée de détritus, tient lieu d’accroche trash à la galerie In Situ-Fabienne Leclerc qui aligne, par ailleurs, des ensembles inédits de Damien Deroubaix, Marcel van Eeden, et du duo formé par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (prix Marcel-Duchamp 2017).

Certaines enseignes mettent en avant des artistes portés par une actualité forte. On reconnaît immédiatement, chez Art Concept, les peintures de Corentin Grossman, l’un des représentants de la scène hexagonale exposée cet automne par le Palais de Tokyo ; Laure Prouvost, ambassadrice de la France à la Biennale de Venise côtoie, sur l’espace de Nathalie Obadia, des œuvres de Martin Barré, auquel le Centre Pompidou consacrera une rétrospective en 2020. Chez Lelong & Co, ce sont deux toiles de Fabienne Verdier qui font un clin d’œil à l’hommage estival que lui a rendu Aix-en-Provence. Mais c’est le Diptic nocturne (1993) d’Antoni Tàpies qui comptera sans doute parmi les records de la foire s’il se trouve un acquéreur à 2 millions d’euros pour cette pièce muséale.

Creusant son sillon, la galerie Ceysson & Bénétière, qui travaille depuis plusieurs années à la promotion des artistes du mouvement Supports/Surfaces, présente des œuvres de Louis Cane, André-Pierre Arnal, Pierre Buraglio, Claude Viallat, et une installation emblématique de Bernard Pagès, sculpture en grillage et bois associée à des photographies. De même, Bärbel Grässlin défend invariablement la scène allemande apparue dans les années 1980-1990 ; on retrouve sur son stand les tableaux de Günther Förg, Georg Herold, Meuser et Markus Oehlen. Les amateurs de minimalisme conceptuel y apprécieront également la peinture d’Imi Knoebel, ou plus sculpturales, les propositions de Secundino Hernández.

Il se trouve cette année de nombreuses galeries pour faire le choix d’un solo show, respirations bienvenues dans le tourbillon de propositions de la foire. La Galerie 303 s’illustre régulièrement dans cet exercice, cette fois-ci avec une sculpture géométrique d’Eva Rothschild. Et ce sont les grandes toiles abstraites de Jennifer Guidi qui occupent l’intégralité du stand de la Galerie David Kordansky, peintures contemplatives et obsessionnelles au pointillisme vibrant, à mi-chemin « entre Seurat et l’art aborigène », comme le notait, en 2015, un critique du Guardian. Cécile Fakhoury, l’une des nouvelles venues de cette édition, offre de rencontrer l’œuvre de l’artiste américano-ivoirien Ouattara Watts : « agrégats de matières, d’empreintes, de coulures ou de projections de couleurs qui semblent parfois avoir été crachées », lit-on à propos de ses toiles dans le catalogue de l’exposition qui s’est tenue l’an dernier au Centre d’Art d’Eymoutiers (Haute-Vienne). On (re)découvre les tableaux sériels en noir et blanc de Julije Knifer (1924-2004) chez Frank Elbaz, tandis que chez Pace, le solo de Kiki Smith tombe pile au moment de l’exposition qui commence à la Monnaie de Paris.

À deux voix

D’autres enseignes privilégient le dialogue entre deux univers artistiques. Le néo-expressionisme d’un Miquel Barcelo se confronte à l’expressionisme d’un Frank Auerbach chez Ben Brown Fine Art ; Chéri Samba et Romuald Azoumè rivalisent d’ironie chez Magnin-A, nouvel entrant sur la foire.

L’échantillonnage des artistes de la galerie, comme chez Templon, dont l’accrochage mélange les générations et les continents, reste cependant majoritaire et caractéristique des télescopages d’une époque à laquelle Gagosian, pour sa part, tourne le dos en se plongeant dans la nostalgie d’une Côte d’Azur, où les artistes aimaient séjourner, tel Jean Cocteau peignant dans les années 1950 à même les murs des villas de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Cette génération d’artistes était moins avide de questionner les enjeux de la représentation que ne le sont aujourd’hui, par exemple, Jean-Luc Moulène, Clément Rodzielski ou Seth Price, que l’on retrouve sur le stand de Chantal Crousel.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°530 du 4 octobre 2019, avec le titre suivant : Les galeries d’art contemporain tiennent leur rang

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