Foire

ANALYSE

Les grands marchands boudent Paris

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 6 septembre 2017 - 856 mots

Loin derrière ses heures de gloire des années 1980, la Biennale s’est laissée distancer par d’autres foires qui rassemblent davantage d’exposants, de grands marchands et de visiteurs.

Paris. Le faste et le prestige de la Biennale ont longtemps été enviés. Aujourd’hui, la manifestation parisienne s’essouffle et a laissé d’autres foires gagner du terrain. Au rang de celles-ci, la Brafa belge qui a rassemblé cette année 130 exposants et plus de 60 000 visiteurs, mais plus encore Tefaf de Maastricht qui réunit près de 270 exposants et 75 000 personnes. Sans compter l’implantation de cette dernière à New York depuis un an, réunissant la crème de la crème.

Si l’on considère, à juste titre, que Tefaf de Maastricht est la foire de référence dans le monde de l’art et des antiquités, on remarque que sur les 270 marchands y exposant, environ 120 (44 %) sont des pointures incontestées dans leur domaine (et la plupart exposent aussi à Tefaf New York). Or, seule une poignée d’entre eux – moins d’une vingtaine, soit moins de 10 % – est également présente à la Biennale cette année comme Richard Green, Perrin, Brame et Lorenceau, Meyer Oceanic art, Sarti, Röbbig Munchen, Laffanour, Kevorkian, Sycomore, Mullany… Manquent ainsi à l’appel des galeries d’envergure comme Brimo de Laroussilhe, Koopman Rare art, Moretti, Ben Janssens, The Mayor Gallery, Jorge Welsh, Altomani & Sons, Aronson Antiquairs, Colnaghi, Johnny van Haeften, Dickinson, Stair Sainty, Hopkins, The Merrin Gallery, Rossi & Rossi… La liste est encore longue. À cela s’ajoutent les marchands qui étaient encore présents à la Biennale de 2008, mais n’y viennent plus tels que Agnews, l’Arc en Seine, Ratton-Ladrière, Sam Fogg, Patrick Seguin ou Vanderven.

Du côté de l’art moderne et contemporain, aujourdhui un segment important du marché, presque aucune des galeries internationales qui participent aux salons qui comptent comme à Maastricht, Londres, New York ou Bâle ne sont présentes, à l’instar d’Aquavella ou Dominique Lévy. En cause, le trop grand nombre de foires. « L’année dernière, j’ai essayé de mobiliser quelques marchands, mais ils m’ont tous tenu le même discours, rapporte Franck Prazan : dès lors que la Biennale devient annuelle, ce n’est plus pour nous. Nous ne ferons pas l’effort de monopoliser quinze jours de notre temps, très tôt dans la saison pour un salon qui est interchangeable. Confrontés à la raréfaction de l’offre, ils sont obligés de faire un choix, d’autant plus que le prix de la Biennale est le plus élevé au monde. » Concernant les marchands étrangers, beaucoup n’y viennent pas « car ils se sentent mal traités en France, sans compter la barrière que constitue la langue », explique David Ghezelbash.
 

Un rendez-vous de moins en moins international

D’autres raisons expliquent cette désertion, comme le manque d’émulation. « Les grands marchands ne viennent plus à la Biennale parce qu’il n’y a plus assez de grands marchands tout simplement ! Les gens se suivent et se disent : si untel ne la fait pas, je ne la fais pas non plus », commente Benjamin Steinitz. À cela s’ajoutent des raisons d’ordre pécuniaire. « Si certains marchands ne la font pas, c’est parce qu’ils n’ont plus de clients à Paris, car les riches Parisiens sont partis », estime Charly Bailly, marchand à Genève. Ce que confirme un autre marchand étranger : « Je ne fais plus d’affaires à Paris. Avant, il y avait les grands bijoutiers qui invitaient 400 grands clients, mais maintenant, c’est fini. » Beaucoup d’ex-participants préfèrent désormais aller à Tefaf de New York en octobre. « Nous avons besoin d’ouvrir notre galerie à l’international. À Paris, les étrangers viennent de moins en moins », souligne Gladys Chenel, présente à New York et qui a renoncé à la Biennale.

Autre explication : nombre de marchands ne sont pas connus pour cette 29e édition. Ce qui peut poser problème à certains. « Les grands noms viennent quand ils ne vont pas être mis à côté de gens qui leur déplaisent », affirme un marchand sous couvert d’anonymat. « Mais la stratégie du Syndicat national des antiquaires (SNA) est aussi de faire venir de nouveaux marchands, qui vont redoubler d’efforts », rétorque Mathias Ary Jan, président du SNA. « Après tout, pourquoi pas. Il peut très bien y avoir de nouveaux talents à côté de marchands consacrés. N’oublions pas que pour beaucoup d’entre nous, la Biennale a été un tremplin. Si ces marchands ne viennent plus, c’est qu’ils n’ont plus besoin de venir ! », lance Georges De Jonckheere.

« Si les grands marchands ne viennent plus, les clients non plus ! », constate Oscar Graf qui souhaiterait voir les choses changer, dans un esprit d’apaisement. « La Biennale est vouée à mourir, puis à ressusciter. Chaque année, l’arbre s’assèche, mais on continue à faire l’équilibriste. On essaye de tenir, alors que sans une union des marchands, ça ne peut pas marcher. Tous ces désistements – il a fallu ensuite boucher les trous – devraient mettre la puce à l’oreille des organisateurs. Il faudrait se mettre autour d’une table et décider de faire une pause : on assainit le budget, les membres (certains ont beaucoup de casseroles) et on se calme entre nous, le temps de prendre du recul et se repositionner », poursuit-il. Pas sûr que tout le monde soit d’accord.

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°484 du 8 septembre 2017, avec le titre suivant : Les grands marchands boudent Paris

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