Vendredi 6 décembre 2019

Collectionneurs

Les clubs à l’école des collectionneurs

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 30 septembre 2011 - 673 mots

Moyennant une cotisation mensuelle, les clubs de collectionneurs permettent aux novices de faire leurs premiers pas dans l’art.

L'origine des clubs de collectionneurs remonte loin, puisque le plus célèbre, baptisé La Peau de l’Ours, datait de 1904. Pendant dix ans, de jeunes amateurs versèrent chacun 250 francs par an dans un pot commun pour acquérir de l’art. Soucieux de n’acheter que leurs contemporains, ils portèrent leur dévolu sur des artistes alors méconnus comme Van Gogh ou Matisse. La collection fut dispersée en mars 1914 à Drouot. Le produit de 106 350 francs pour 145 lots fut alors redistribué entre les partenaires. 

Une opportunité pour les galeristes aussi
L’initiative a depuis fait des émules. L’actuel responsable de communication de la banque UniCrédit, Jean-Claude Mosconi, a ainsi monté en 1990 un premier club d’une durée de dix ans. Le dernier en date, dénommé La pittura è cosa mentale, s’est achevé en décembre 2010, au terme d’achats d’œuvres notamment d’Ernest-Pignon Ernest, de Kiki Smith, de Gérard Traquandi et de Marc Desgrandchamps (un diptyque). En septembre dernier, le collectionneur a récidivé avec un nouveau club.

La galeriste Fabienne Leclerc a lancé son premier club à la Galerie des Archives de 1995 à 1998. « Il y avait plein de gens qui ne connaissaient rien à l’art contemporain. On essayait de transmettre nos convictions et de replacer l’artiste au cœur. Très souvent les collectionneurs prennent les artistes pour des bohèmes rêveurs, et c’était bien de créer une relation plus intime », explique-t-elle. Clôturé en avril 2011, son dernier cénacle, Collect In Situ, a notamment acquis des pièces de Tatiana Trouvé, d’Adel Abdessemed et de Miri Segal. De son côté, la collectionneuse Nadia Candet a créé en 2009 Cherries on the Boat, un club exclusivement féminin. Ce cercle se compose de seize membres, certains qualifiés de « juniors », initiés par des « marraines » plus expérimentées, par le biais de visites d’ateliers, de collections, de foires et de biennales. « Le développement de telles initiatives est une opportunité extraordinaire pour de jeunes collectionneurs, mais aussi pour les galeristes, estime Nadia Candet. Ces personnes initiées à moindre coût au sein de collectifs permettent aux galeries de rencontrer de nouveaux et futurs collectionneurs et de les fidéliser avec le temps. » Cherries on the Boat montrera à la Fondation Hippocrène pendant la Fiac la collection constituée par le groupe, notamment des œuvres de Yang Yongliang, Ivan Argote ou Karla Black.

L’avantage de ces clubs est de permettre d’acheter des œuvres moyennant une cotisation mensuelle variable de 350 à 620 euros. Les modalités d’achat diffèrent selon les confréries. Certains s’en remettent à un acheteur unique, comme c’est le cas des clubs dirigés par Jean-Claude Mosconi, seul maître des opérations. Quant à Fabienne Leclerc, elle avait mis en place un groupe de trois personnes décideuses achetant une moyenne de dix œuvres par trimestre. Pour ce qui est de Cherries on the Boat, les acquisitions s’effectuent chaque trimestre en sous-groupes de trois ou quatre personnes guidées par une marraine, le choix d’une œuvre nécessitant l’accord minimum de deux membres.

Au terme de l’association, les pièces sont réparties entre les membres. Cette distribution finale peut laisser les amateurs sur leur faim. « Nous avons un système qui implique que, dans le tirage au sort, tous les membres auront trois tableaux qu’ils désirent, ensuite, ils peuvent faire des échanges », précise Jean-Claude Mosconi. On ne peut pas non plus éviter qu’une œuvre prenne de la valeur en cours de route. « Un artiste acheté en 2000 a pu prendre de la valeur. Celui qui a choisi l’œuvre a la priorité pour la récupérer, mais, par exemple, une personne qui avait acheté un tableau de Philippe Perrot a préféré l’abandonner pour prendre un Jorinde Voigt », rappelle Fabienne Leclerc. Surtout, le mérite de ces clubs est de susciter de vraies vocations. « Après être partis du club, certains continuent de m’appeler pour me demander si je ne veux pas les accompagner dans une galerie. Cela arrive dans presque 50 % des cas », souligne Jean-Claude Mosconi.

Légende photo

Adel Abdessemed, Saturday (2008). Acheté par le groupe de collectionneurs Collect In Situ.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°639 du 1 octobre 2011, avec le titre suivant : Les clubs à l’école des collectionneurs

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