Ventes publiques

Unicredit brade sa politique culturelle et vend sa collection chez Christie’s

Par Olivier Tosseri, correspondant à Rome · lejournaldesarts.fr

Le 1 octobre 2019 - 589 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

La banque italienne se sépare d’une partie de sa collection d’œuvres d’art, l’une des plus belles d’Europe. 

Gerhard Richter, Abstraktes Bild, 1984, huile sur toile, 200 x 300 cm. Collection Unicredit © Christie’s
Gerhard Richter, Abstraktes Bild, n°559-1, 1984, huile sur toile, 200 x 300 cm. Collection Unicredit

La collection d’art d’Unicredit est ravalée au rang de bien comme un autre. Elle était pourtant considérée comme l’un des « actifs constitutifs de l’identité de la banque ». C’était avant que n’arrive à sa tête en 2016 le Français Jean-Pierre Mustier dont la priorité n’est pas le soutien à la Culture mais un vaste plan d’assainissement et de rationalisation du portefeuille de la banque. 

« Nous allons développer notre activité de prêts sociaux et la financer en vendant une partie de la collection d’art de la banque » avait-il annoncé en début d’année. Ce sera chose faite le 4 octobre à Londres où Christie’s dispersera un premier lot réparties sur 2 ventes. D’autres lots seront ensuite mis en vente à Amsterdam les 25 et 26 novembre prochain puis à Milan en 2020.
 
Unicredit n’a que l’embarras du choix parmi les quelque 60 000 pièces qui composent sa collection, dont les plus anciennes remontent à l’époque mésopotamienne. Cela en fait l’une des plus riches pour un établissement bancaire. Son origine est identique à celle de sa grande rivale Intesa Sanpaolo : elle est issue des collections de plusieurs banques fusionnées pour constituer le groupe né en 2007. Des établissements italiens mais aussi étrangers comme l’Allemande HVB ou l’Autrichienne Bank Austria, qui détient l’une des plus belles collections européennes de photographie. 

Les œuvres sont dans leur majorité dispersées entre les bureaux du groupe et de ses filiales, dans des musées sous forme de prêts, et enfin, pour une petite partie, dans des dépôts. Un tiers environ est considéré comme de véritables chefs-d’œuvre ce qui a permis d’estimer prudemment la collection à 50 millions d’euros. Un chiffre qui pourrait être sensiblement revu à la hausse si La Marquise de Caballero et Doña María Teresa de Vallabriga de Goya ou encore Les Nymphes. Poissons d’argent de Klimt étaient mis aux enchères. 

Pour l’instant, Christie’s proposera à Londres Sculpture-éponge Bleue sans titre (1959) d’Yves Klein, une Superficie Bianca (1976) d’Enrico Castellani ou encore Erotique Arabesque (1987) de Sam Francis. Des toiles de Ernst Wilhelm Nay, Andreas Gursky ou encore Nam June Paik feront partie de la vente. Ce premier lot d’après les estimations pourrait rapporter environ 24 millions d’euros dont 16 millions pour les œuvres de Gerhard Richter. Tout dépendra du résultat d’Abstraktes Bild (1984), la toile la plus importante mise en vente autant par sa dimension (200 x 300 cm) que par son estimation (entre 7,3 et 10,7 millions d’euros).

Les oeuvres proviennent pour la plupart d’une sélection exposée d’octobre 2013 à février 2014 au musée d’art contemporain MAMbo de Bologne sous le nom « Grande Magia ». Pour la nouvelle direction de la banque la magie de l’Art n’opère plus. Au-delà de la simple vente d’une partie de sa collection c’est sa politique culturelle qui est bradée. Elle avait pourtant été à l’avant-garde au début des années 2000 avec le projet « UniCredit & Art ». Ce dernier avait permis l’enrichissement de la collection grâce à un budget permettant des acquisitions, le soutien à la création, des partenariats avec des musées et des universités mais aussi l’organisation d’expositions internationales à Vienne, Istanbul, ou Moscou. L’autre symbole de ce désintérêt pour l’art, ou de son intérêt purement financier, est représenté par la vente de son « Pavilion ». Ce lieu conçu en 2015 non loin du siège de la banque pour accueillir conférences, concerts et expositions a été vendu pour y installer des bureaux et commerces.

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