Bienvenue au club

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 février 2006 - 536 mots

De tradition ancienne, les associations de collectionneurs permettent aux néophytes de se regrouper pour acquérir des œuvres d’art.

Activité par nature solitaire, la collection se pratique au mieux en couple. Les néophytes cherchent pourtant volontiers un compagnonnage dans les clubs de collectionneurs. Comme le souligne la galeriste parisienne Fabienne Leclerc, ordonnatrice de 2002 à 2005 du club « Collect’ in situ », ces cénacles permettent de se forger le regard tout en se lançant à pieds joints dans l’acte d’achat. La théorie mariée à la pratique en quelque sorte.
Les groupes comptent souvent des personnalités éloignées du monde de l’art. Jean-Pierre Quoi, maître d’œuvre de « Collection 2009 », initié l’an dernier, a ainsi réuni une dizaine d’amateurs issus des arcanes de la finance. De son propre aveu, certains auraient pu passer leur vie sans rencontrer de créateurs. Facétieusement baptisé « La Peau des fesses », un club informel créé en 2000 rallie des professeurs de médecine et un footballeur célèbre. Ces cercles orchestrent des dîners de sensibilisation en invitant un artiste ou une personnalité du monde de l’art. Une manière d’assouvir un besoin de sociabilité dans un esprit proche de celui des sociétés d’amis de musées. Si les clubs fonctionnent par cooptation, sur le principe du cercle élargi d’amis, nul besoin d’être fortuné pour y figurer. Les mensualités sont relativement modestes, de l’ordre de 300 euros pour la Peau des fesses. Les œuvres achetées en commun franchissent rarement la barre des 10 000 euros.

Choix éclectiques
Contrairement aux associations d’investisseurs, destinées à décrypter les mécanismes boursiers et à dégager à terme des plus-values à travers la gestion d’un portefeuille de valeurs, les clubs excluent toute finalité lucrative. Telle était pourtant la vocation de la « Peau de l’Ours », premier club lancé en 1904. Durant dix ans, de jeunes amateurs réunis en confrérie versaient chacun annuellement 250 francs. Soucieux de n’acheter que des contemporains, ils portèrent leurs regards sur des artistes alors méconnus comme Van Gogh ou Matisse. Les œuvres ainsi acquises furent dispersées en mars 1914 à Drouot. Le produit de 106 350 francs pour 145 lots fut alors redistribué entre les partenaires. Les clubs actuels bannissent toute revente au terme de leur dissolution. Les œuvres sont systématiquement réparties selon des procédures de partage qui laissent parfois les membres sur leur faim.
Malgré une constante picturale, les choix artistiques se révèlent éclectiques, voire zigzagants. Née en 1958 à l’initiative de Carlota et Philippe Charmet et reconduite jusqu’en 2000, « La Peau du Chat » était orientée sur la figuration en général et la Figuration narrative en particulier. Une tranche de cette collection, conservée par les Charmet, sera mise en vente le 23 février par Artcurial, à Paris. On y retrouve des pièces d’Hervé Télémaque, de Peter Klasen mais aussi d’Hervé di Rosa. Collection 2009 a jeté son dévolu sur des artistes comme Shirley Jaffe et Fiona Rae tandis que La Peau des fesses a panaché des œuvres de Claude Viallat, Tom Wesselmann et Stéphane Pencréac’h.
Devient-on pour autant collectionneur indépendant après une expérience collégiale ? Les exemples sont rares, mais tout amateur converti est un acheteur en puissance. Le tout est de retrouver les mêmes stimuli qu’en groupe, le sens du partage ou de la compétition.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°231 du 17 février 2006, avec le titre suivant : Bienvenue au club

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