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Le salon des antiquaires de Moscou a le blues

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 30 octobre 2018 - 621 mots

MOSCOU / RUSSIE

Alors que les transactions ont été faibles, le salon qui attire surtout des marchands russes doit quitter son lieu historique.

44e salon des antiquaires de Moscou
44e salon des antiquaires de Moscou
© photo Emmanuel Grynszpan

Le 44e salon des antiquaires de Moscou s’est achevé dimanche dans l’immense bâtiment « TséDéKha » (Maison Centrale des Artistes). Ce sera sa dernière édition dans les lieux. Après une longue bataille, la Galerie d’État Tretiakov récupère l’immense parallélépipède et en éjecte à partir de mars prochain plusieurs dizaines de galeries privées qui l’occupaient depuis 25 ans, ainsi que les salons qui s’y tenaient. 

La dernière édition du salon semestriel s’est déroulée dans un climat d’incertitude. Le marché ne reprend toujours pas après quatre années d’érosion de la demande consécutive à l’annexion de la Crimée en 2014 et à la détérioration de la situation économique. 

44e salon des antiquaires de Moscou
44e salon des antiquaires de Moscou
© photo Emmanuel Grynszpan

Le salon qui a réuni 267 exposants du 20 au 28 octobre manque de cohérence. La disparité est frappante entre les grandes galeries moscovites établies comme Vellum, Trois collections, Saisons russes et des dizaines de stands de brocanteurs, des marchands de tapis iraniens ou de mystérieuses « collections privées » anonymes s’offrant de beaux et larges espaces sur le salon, mais offrant peu ou pas du tout de garantie sur l’authenticité des oeuvres mises en vente. 

La cohérence géographique, est, elle, quasi-totale, car les exposants occidentaux se comptent sur les doigts d’une main. Leur nombre a fortement diminué ces trois dernières années. Ils racontent volontiers au Journal des Arts « les goûts changeants » des Russes et la demande en déclin, mais personne ne veut donner de chiffres, par crainte des douaniers russes. 

Chez Vellum, qui vend des tableaux des grands noms de l’art non-officiel (Vladimir Yankilevsky, Vladimir Nemukhin, Oskar Rabin, Ûlo Sooster dans une fourchette de 20 à 40 000 dollars) la dernière édition du salon laisse un goût amer. « C’est l’avant-dernier jour et nous n’avons rien vendu », grince Lioubov Agafonova, directrice artistique de la galerie. « J’attribue cet échec au non-professionnalisme des organisateurs : il n’y a eu aucune promotion du salon dans les médias et le public qui vient n’est pas un public d’acheteurs. C’est tout à fait anormal, car on trouve ici de nombreuses oeuvres de niveau musée, pas seulement chez nous, mais aussi chez d’autres galeries », se plaint-elle, soulignant que le marché n’est pas en cause : « À la galerie, nous n’avons pas de problème, nos clients nous sont fidèles ».

La porte-parole des organisateurs, Marina Koutieva rétorque que de nombreux partenariats ont été passés avec des médias et en donne pour preuve la forte affluence. « Certes, il y a du monde, mais ce ne sont pas des acheteurs », confie Tatiana, représentante de la galerie Forme & Bronze. « Le comportement des acheteurs en dit long sur l’état du marché. Ils viennent au vernissage presse, mais ne se décident qu’au tout dernier moment pour obtenir un rabais maximum. Nous n’avons vendu qu’une seule sculpture d’Albert Avetisyan [1949, vit en France] pour 1,5 millions de roubles [19 500 euros] ». À la galerie Connaisseur, qui affiche des lithographies de Chagall et des petites toiles de Picasso, Burton, Matisse, Poliakoff et Arman, on affirme que « les riches continuent de s’enrichir » et que le marché est stable, même si pour l’instant le stand ne peut s’enorgueillir que de la vente d’une sculpture de Botero pour 10 000 dollars. 

Le salon reste l’occasion pour les amateurs d’avant-garde russe de dénicher des artistes méconnus comme Ada Magidson (1906-1980), dont la galerie Palitra proposait pour 10 000 dollars Héros, une toile constructiviste de 1934 restée invendue. Prochain rendez-vous avec le salon du 16 au 21 avril 2019 à Gostini Dvor, un lieu plus prestigieux bordant la Place rouge. Mais les exposants redoutent aussi une forte augmentation des tarifs. Décidément.

information

Site du salon : www.antiquesalon.ru

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