Le coup de force de la scène latino-américaine à la Fiac

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 24 septembre 2015 - 750 mots

Le continent latino-américain voit ses plasticiens de plus en plus présents sur l’échiquier mondial.

À l’image de la Maison rouge qui a présenté cet été un vaste panorama de la scène artistique à Buenos Aires (Argentine), la Fiac entend rappeler l’importance de cette partie du monde dans le champ de l’art contemporain international, aussi compte-t-elle dans ses rangs de nombreux artistes et exposants latino-américains : le Brésil est en force avec cinq galeries venues de Rio et de São Paulo (A Gentil Carioca, Raquel Arnaud, Luciana Brito, Mendes Wood DM, Luisa Strina), suivi de près par le Mexique et ses quatre exposants qui font le déplacement de México (House of Gaga, Kurimanzutto, Labor, Proyectos Monclova), puis la Colombie qui affirme sa présence avec la prospective Galerie Casas Riegner, de Bogotá. Comme le fait remarquer le galeriste Hervé Bize, qui a des liens avec d’importants collectionneurs sud-américains : « C’est une évidence que l’art latino-américain est très présent et pas seulement sur les foires. Il suffit de regarder les orientations des grands musées tels que la Tate ou le MoMA qui ont des boards dédiés et y sont très attentifs dans leur politique d’acquisition ou d’exposition ; le MoMa a ouvert d’ailleurs récemment une exposition “Transmissions: Art in Eastern Europe and Latin America, 1960-1980”. »

Histoire et découvertes
Face à leur histoire mouvementée souvent liée à des dictatures, et aux décennies de crise, les plasticiens d’Amérique du Sud, adeptes du système D, se montrent particulièrement inventifs pour créer des œuvres percutantes où s’entremêlent l’éthique et l’esthétique, le politique et l’intime. Sur les stands des galeries sud-américaines, mais pas seulement, on trouve aussi bien de jeunes pousses que des artistes établis, voire des historiques. Connue pour sa participation active dans l’aventure de l’art géométrique, optique et cinétique, l’Amérique latine est présente à travers quelques grands acteurs, comme le Brésilien Sérgio de Camargo (1930-1990) dont la Galerie Raquel Arnaud expose une sculpture en bois de 1960-1970 qui joue subtilement, entre plein et vide, avec la structuration de surfaces monochromes blanches. Poursuivant cette radicalité, Thomas Bernard fait un focus sur l’Uruguayen Luis Camnitzer, né en 1937. Cet artiste historique, qui a été à l’avant-garde du conceptualisme des années 1960, propose chez Cortex Athletico (Paris) une installation multimédia qui, par-delà son aspect minimal, est à décrypter telle une pièce réflexive donnant la part belle à la critique institutionnelle et autre.

À côté de créateurs contemporains très reconnus, à l’instar du Brésilien Ernesto Neto dont les fameuses structures sensuelles ornent différents stands (Tanya Bonakdar, New York, Max Hetzler, Berlin) et du Mexicain Gabriel Orozco présent chez Kurimanzutto via une mystérieuse sculpture, on prendra également plaisir à découvrir de nouveaux talents comme Laura Lima, chez A Gentil Carioca (galerie brésilienne dont elle est la cofondatrice), qui montre ici un ensemble de productions troublantes (compositions hybrides, chaises roulantes… de design) renvoyant à des actions performatives où le corps humain est le médium principal et l’élément moteur

À voir absolument Héctor Zamora
Après avoir montré l’été dernier son travail poético-politique au Frac des Pays de la Loire, à Carquefou (il avait installé dix-sept caravanes aux vitres obstruées dans la grande salle), le talentueux Héctor Zamora poursuit son travail de perturbation d’un lieu pour attirer notre regard sur la marge et les exclus, traités telle de la mauvaise herbe. Chez Labor, ce Mexicain, né en 1974 et vivant à São Paulo, dévoile une pièce, mixant photographie et installation, qui montre une enceinte architecturale soudain parasitée par une pléthore de plantes tropicales, semblant jaillir de pots cassés. Jouant sur des contrastes marqués (plein et vide, méthodique et sauvage, réel et imaginaire), ce plasticien engagé en appelle à la participation active du spectateur afin qu’il s’interroge sur l’usage quotidien qu’il fait des lieux communs [Galerie Labor].

À voir absolument Leyla Cardenas
Leyla Cardenas, Colombienne née en 1975, présente chez Casas Riegner une poignée d’œuvres (installation, sculpture) qui, en variant les matériaux (dont notamment l’utilisation de décombres provenant du BTP), visent à explorer paysages urbains et strates mémorielles. S’inspirant de lieux précis, elle donne à voir des ruines qui, en brassant passé, présent et futur, sont à décoder tels des témoignages de la transformation sociale et de la perte. Cette artiste, lauréate du prix 2012 de la Biennale de Bogotá, note : « J’explore la réalité à travers un regard sculptural. Pour moi, il est inévitable de voir les objets du monde comme les ruines qu’ils étaient. Ma méthode de travail peut se comparer à celle d’un archéologue amateur. » [Galerie Casas Riegner].

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°683 du 1 octobre 2015, avec le titre suivant : Le coup de force de la scène latino-américaine à la Fiac

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