Fait-on encore des découvertes à la Fiac ?

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 24 septembre 2015 - 595 mots

S’il fut un temps où l’on pouvait y découvrir de jeunes artistes, la Fiac s’est peu à peu positionnée sur les artistes consacrés, déléguant à la jeune Officielle le rôle de défricheur.

La question revient souvent sur les lèvres : « Qu’est-ce que vous avez découvert à la Fiac ? » Il n’y a pas de réponse absolue. Tout dépend de la fréquentation que vous avez des choses de l’art. Versant jeune création, rien n’est moins sûr que la Fiac soit le lieu le plus approprié à la découverte de la jeune création. Les centres d’art, les Frac, la Biennale de Lyon et autres lieux institutionnels ou associatifs remplissent bien mieux cette fonction. Il est de leur nature de défricher le terrain, les galeristes par suite y puisant leurs nouvelles recrues. La Fiac concerne davantage des artistes qui sont déjà dans le marché, du moins dont le travail a été repéré ici et là. S’il fut un temps – déjà bien lointain – où la Fiac était un véritable terreau de jeunes pousses, c’est aussi parce que le paysage artistique français était beaucoup moins fourni en lieux possibles d’expositions.

Officielle
De plus, avec le phénomène de la mondialisation qu’accompagne celui de la multiplication non seulement des foires mais aussi des biennales et autres manifestations périodiques, la Fiac s’est petit à petit positionnée en lieu de consécration et non de découverte. Elle préfère s’atteler aux valeurs sûres, celles qui sont ancrées tant dans une certaine histoire que dans une fraîche actualité. La loi d’un marché de l’art de plus en plus autoritaire guide en réalité les choix stratégiques en matière de contenu des organisateurs de foires du « top ten » parce qu’ils se doivent de tenir la dragée haute à la scène artistique internationale.

C’est dire si la Fiac n’est attentive qu’à une toute petite population de jeunes artistes, assurés d’être « bankable », quitte à céder aux sirènes des effets de mode ponctuels. L’invention de cette sorte de « Fiac bis », dite Officielle, est en partie une façon d’accueillir sous le même label, en bonne conscience, un certain nombre de galeries plus aventureuses où les jeunes artistes sont statistiquement plus nombreux. Cela ne confère pas à Officielle une dominante esthétique particulière. Bien au contraire, il y va d’un grand brassage de pratiques, de protocoles et de formes qui témoigne de l’effervescence de la jeune création. On y relèvera peut-être une production qui s’offre à voir volontiers en couleur.

À découvrir absolument Heidi Hahn
Déliquescente et volontiers floue, la peinture d’Heidi Hahn, née en 1982 à Los Angeles, offre à voir des saynètes déréalisées de la vie quotidienne dont les lignes serpentines ravivent le souvenir de Munch mais avec une étrange naïveté [Galerie Jack Hanley].

À découvrir absolument Hicham Berrada
Enchantant aussi bien l’œil que les sens, Berrada, né en 1986 à Casablanca (Maroc), développe une œuvre qui conjugue science et nature, alchimie et poésie, au sein de compositions artificielles qui balancent entre le botanique, l’aquatique et l’aérien [Galerie Kamel Mennour].

À découvrir absolument Gregory Forstner
Attachée à décrire le monde de l’humain dont il constate les dérives, l’œuvre de Gregory Forstner est chargée d’une dimension critique et ironique qui ne se prive d’aucun humour grinçant et qui procède d’une rare puissance d’expression factuelle [Galerie Kromus Zink].

À découvrir absolument Thomas Tronel-Gauthier
Quelque chose d’une archéologie de la mémoire est à l’œuvre dans le travail de Thomas Tronel-Gauthier qui confère à ses sculptures cet aspect énigmatique d’objets trouvés, voire fossilisés, que les ans auraient façonnés pour nous en livrer un secret [Galerie 22,48 m2].

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°683 du 1 octobre 2015, avec le titre suivant : Fait-on encore des découvertes à la Fiac ?

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