Dimanche 8 décembre 2019

Ventes publiques

La collection Rockefeller la vente du siècle ?

Par Marie Potard · L'ŒIL

Le 30 avril 2018 - 691 mots

NEW YORK / ETATS-UNIS

L’histoire de la collection et le dispositif promotionnel hors norme mis en place par Christie’s sont autant d’atouts qui pèseront dans la vente, la semaine du 7 mai à New York, de la collection Rockefeller pour laquelle Christie’s espère bien établir un nouveau record.

Collectionner -  En novembre, le monde de l’art apprenait que Christie’s allait disperser en mai, à New York, la collection Peggy et David Rockefeller. À grand renfort de marketing, même si elle distille les informations au compte-gouttes, la maison de ventes n’a pas lésiné sur les moyens, organisant une tournée mondiale sans précédent des œuvres phares : Hong Kong, Londres, Paris, Pékin, Shanghai et Los Angeles avant un retour à New York. « La collection n’a pas été largement exposée, c’est donc une chance pour le grand public et nos collectionneurs de la voir », précise Jonathan Rendell, vice-président de Christie’s Amériques.

Plus jeune fils du philanthrope John D. Rockefeller et d’Abby Aldrich Rockefeller, mais aussi dernier de la dynastie, David Rockefeller (qui s’est éteint en 2017 à 101 ans) était à la tête d’une immense collection d’art, héritée et constamment enrichie. Avec son épouse Peggy, disparue en 1996, ils ont amassé pendant quarante ans essentiellement de l’art impressionniste et moderne, de la porcelaine, des meubles et des objets d’art de différentes périodes. Incollable sur les avant-gardes, David Rockefeller a été président du MoMA et a fait don de plusieurs œuvres aux musées américains.

Conformément à leur souhait de poursuivre leur œuvre philanthropique, leurs héritiers n’ont pas eu d’autre choix que de soumettre aux enchères cet ensemble dont le produit d’adjudication sera entièrement reversé à douze organismes caritatifs. « Toute la collection va être vendue, notamment le contenu de quatre maisons », indique Jonathan Rendell. Au programme, plus de 1 600 lots réunis en trois jours de vente pour une estimation avoisinant les 500 millions de dollars. Si le produit d’adjudication est dépassé, la collection pourrait bien venir détrôner celle d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé qui avait permis à Christie’s d’engranger 342,5 millions d’euros en 2009 et même celle d’Alfred Taubman qui a rapporté 382,4 millions d’euros à Sotheby’s en 2016.

90 à 120 M$
 
4_Picasso Pièce phare de la collection, ce tableau est une œuvre précoce du maître espagnol. Il a appartenu à Gertrude Stein avant d’être acquis en 1968 par David Rockefeller. Depuis ce jour, le tableau n’a jamais été montré au public. « Cette œuvre est la plus étonnante que j’ai vue depuis longtemps. Elle a été peinte quand Picasso s’intéressait aux représentations égyptiennes. D’ailleurs, le corps de la fillette et la position de ses pieds en sont totalement inspirés », commente Jonathan Rendell.
70 à 90 M$
 
1_Matisse Il s’agit de l’œuvre la plus importante de l’artiste jamais passée sur le marché, toujours en mains privées. D’ailleurs, aucune de ses réalisations n’a bénéficié d’une telle estimation. Le tableau était accroché dans le salon des Rockefeller à Hudson Pines, la mythique propriété de Pocantico Hills vendue 22 millions de dollars fin 2017. Il pourrait décrocher un nouveau record pour l’artiste français, supplantant Nu de dos, un bronze adjugé 48,8 millions de dollars chez Christie’s New York en novembre 2010.
Autour de 12 M$
 
2_Gauguin Ici, il est indéniable que Gauguin s’est inspiré des fameuses estampes japonaises et notamment de leur vue plongeante typique. Le titre même de la peinture, La Vague, un nom emprunté directement au célèbre artiste japonais Hokusai, est par ailleurs symbolique. La vue est aussi une représentation topographiquement fidèle du paysage puisque ces rochers se trouvent au large de la plage de Porguerrec, près du Pouldu, en Bretagne.
50 à 70 M$
 
3_Monet Le jardin de Claude Monet à Giverny a été pour lui une source d’inspiration intarissable. L’œuvre appartient à une série emblématique du peintre (environ 250 pièces) réalisée durant les trente dernières années de sa vie. C’est sur recommandation d’Alfred Barr, premier directeur du MoMA, que Peggy et David Rockefeller se sont rendus à la galerie parisienne de Katia Granoff et ont acheté ce tableau en 1956. En juin 2008, Christie’s Londres a vendu l’un des tableaux issus de cette série, Le Bassin aux nymphéas, pour 80,3 millions de dollars.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°712 du 1 mai 2018, avec le titre suivant : La collection Rockefeller la vente du siècle ?

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