Vendredi 19 octobre 2018

FOIRE D’ANTIQUITÉS

La Biennale Paris, en progrès mais peut mieux faire

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 20 septembre 2018 - 1199 mots

Malgré ses amélioration – un décor plaisant, une fréquentation en hausse, des transactions en nombre… –, la Biennale Paris n’a pas atteint lors de cette édition le niveau que le marché est en droit d’attendre d’elle compte tenu de son histoire.

Paris. La 30e édition de la Biennale Paris a refermé ses portes le 16 septembre au soir. À l’heure des bilans, tandis que beaucoup craignaient que cette édition ne sonne le glas de la manifestation autrefois ultra-courue, tout n’est peut-être pas perdu. D’abord, le décor sobre et élégant (mis à part le kiosque un peu criard imaginé par Jean-Charles de Castelbajac, voir ill.) et la circulation rendue plus aisée par les deux grandes allées ont su séduire. Autres points forts de l’édition, le dîner de gala et le vernissage. Le dîner a réuni 765 convives dont environ 300 étrangers grâce notamment à la présence des Américains Christopher Forbes, président de la commission Biennale, et Tom Kaplan, qui ont effectué un important travail de promotion outre-Atlantique. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, était présente alors que les membres du gouvernement s’étaient abstenus les années précédentes. Le vernissage a quant à lui attiré 8 000 personnes contre 3 900 l’an dernier. « La jauge du Grand Palais est à 5 000, donc nous avons dû refouler des visiteurs ! », a annoncé fièrement Mathias Ary Jan, le président du Syndicat national des antiquaires (SNA), organisateur de l’événement. Il faut dire que le syndicat n’avait pas lésiné sur l’envoi d’invitations – alors que les exposants auraient bien aimé en disposer en plus grand nombre pour leurs clients.

En dehors du vernissage, les allées étaient bien moins clairsemées que l’an passé. « J’espère revenir l’année prochaine car il y a beaucoup de monde et à toutes les heures. Il y a un flux continu, ce qui n’est pas le cas de toutes les foires », a rapporté Marianne Rosenberg (Rosenberg & Co.), qui venait de New York pour la première fois. La première dame, Brigitte Macron, avait fait elle-même le déplacement et elle a déambulé plus de deux heures dans les allées au lieu de la demi-heure prévue dans son agenda. Quant aux exposants, ils affirment avoir vu des Américains, des Européens, des Russes, des Chinois, des Autrichiens, des Mexicains…, soit toutes les nationalités ou presque. Au final, ce sont 53 244 visiteurs en neuf jours contre 32 000 sur sept jours en 2017 qui ont foulé le sol du Grand Palais. Une petite victoire pour les organisateurs.

Quelques stands soignés

Une poignée de marchands avaient particulièrement soigné leurs stands, à l’instar des galeries Steinitz, Jacques Lacoste ou de la libraire Camille Sourget qui proposait un espace en forme d’abside avec rayonnages et extraits de livres de l’aventurier Sylvain Tesson reproduits sur les murs. Un autre stand a beaucoup plu, celui de Marc Maison, qui n’était pas revenu à la Biennale depuis dix ans. Il s’est vu décerner le prix du meilleur décor grâce à ses boiseries ornées de chinoiseries (1905) provenant de la villa Les Cèdres de Saint-Jean-Cap-Ferrat – jadis propriété du roi des Belges Léopold II. « J’ai voulu participer à cette Biennale pour soutenir le syndicat qui est en mauvaise posture et remercier mes clients en les invitant au dîner de gala, a confié le marchand. Mais je ne suis pas satisfait car ce qui faisait l’exception de la Biennale a été perdu. Il y a désormais une mondialisation des salons. Ils se ressemblent tous. Il n’y a qu’en levant la tête que l’on sait que l’on est au Grand Palais.» Ajoutant : « Quand un animal est en voie de disparition on le préserve, non ? »

Côté transactions, les exposants ont vendu en moyenne de 5 à 20objets. Des pièces rares ont été emportées très vite, à l’exemple, à la galerie Kevorkian, d’une figure en bronze du IIIe millénaire du Libanese Mountain Group (entre 500 000 et 800 000 €) ou, à la galerie portugaise São Roque, d’un plateau portugais de la fin du XVIe siècle (autour de 500 000 €) qui a d’ailleurs reçu le prix de l’objet d’exception par la commission Biennale. Des discussions sont en cours pour une suite de six chaises estampillées Cresson provenant du grand salon du château d’Abondant (Eure-et-Loir), aujourd’hui conservé au Louvre (galerie Steinitz). « Le Louvre aimerait les acheter. Le processus logique d’acquisition suit son cours. Si cela n’aboutit pas, j’ai deux collectionneurs privés qui sont intéressés », a commenté Benjamin Steinitz. Un coffre japonais, période Edo, sur son piétement d’origine, était également réservé (580 000 €), tandis que Charles Hooreman, outre plusieurs ventes réalisées, avait des touches pour une chaise estampillée Boulard livrée pour le cabinet des bains du roi Louis XVI dans ses petits appartements à Compiègne. « J’aimerais qu’elle aille à Compiègne. Je suis prêt à dire non à un client pour qu’elle y retourne. » La Jardinière en bronze d’Édouard Lièvre et Ferdinand Barbedienne, vers 1870, au bestiaire japonisant – un bijou – restait toutefois disponible, certainement pas pour longtemps (750 000 €, Marc Maison). Mais au-delà de ces œuvres d’exception, certains stands manquaient cruellement de pièces phares.

Des marges de progression

Aussi, si ces points positifs sont à mettre au crédit du SNA, sont-ils suffisants pour recréer une dynamique ascensionnelle ? Le Salon, en l’état actuel, est insatisfaisant ; compte tenu de son histoire et du prestige du lieu, c’est l’excellence qui est attendue à la Biennale. La taille du Grand Palais et les surfaces nécessaires aux exposants ne permettent pas à la manifestation d’accueillir plus de 80 à 90 exposants. Aussi, face à Tefaf à Maastricht, sorte d’hypermarché de l’art et des antiquités, la Biennale se doit de réserver ses stands à la crème de la crème. Or, seulement 60 exposants étaient présents cette année. Les organisateurs ont dû combler les vides en installant trois vastes restaurants, un point presse en lieu et place d’un stand, et en accueillant des galeries qui n’étaient pas au niveau. Une foire de cette renommée réunissant à peine une soixantaine de participants n’est économiquement pas viable pour les organisateurs, même si plusieurs visiteurs ont trouvé la visite plus confortable. Par ailleurs, il est impératif qu’un salon d’envergure internationale accueille 20 à 30 % d’étrangers. L’intérêt n’est-il pas de rencontrer des marchands que le public ne connaît pas ? Sans parler de l’absence des grandes enseignes… « Je suis pour soutenir les jeunes marchands qui deviendront peut-être les grands antiquaires de demain », ne cessait de marteler Mathias Ary Jan. Mais « jeune » ne rime pas toujours avec « talent ».

L’avenir de la Biennale est entre les mains des marchands français.« J’ai fait un vrai profit et il y a un très bon public ici, éduqué et curieux. C’est LA foire française mais elle est fragile car des marchands français refusent d’y participer. Je suis très irrité par les histoires internes qui n’intéressent pas le public », a confié Jean-David Cahn (Bâle). « Le salon va retrouver son lustre. C’est juste un problème de confiance à rétablir. Les étrangers pensent qu’il faut d’abord que nous réglions nos problèmes, ensuite ils reviendront », argumente Alexis Bordes. « Ceux qui ne viennent pas font des “off” dans leurs galeries, mais si la Biennale meurt, ils ne pourront plus faire de “off” et tout le monde sera perdant », relevait un exposant.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°507 du 21 septembre 2018, avec le titre suivant : La Biennale Paris, en progrès mais peut mieux faire

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