Dimanche 27 septembre 2020

Foire

Dix éditions et une naissance à Londres

Frieze prend du poids

Alors que Frieze London a offert un visage plus mature, Frieze Masters, qui mêle objets d’arts primitifs, maîtres anciens et art contemporain, a réussi son coup d’envoi

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 17 octobre 2012 - 603 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

Créée il y a dix ans dans un tourbillon de paillettes, Frieze London a abordé sa seconde décennie avec sérénité. Nouvelle bouture de la foire d’art contemporain de Londres, « Frieze Masters » a presque volé la vedette à son aînée. Cette manifestation parallèle présentait la crème de l’art ancien, moderne et contemporain.

LONDRES - Elles sont désormais deux et bigrement complémentaires. Alors que Frieze London célébrait du 11 au 14 octobre sa dixième édition en affichant un profil plus mature avec des accrochages un peu moins clinquants et fouillis qu’à l’accoutumée, le lancement de « Frieze Masters » a marqué les esprits.

La maturité, c’est aussi prendre son temps. Les galeries contemporaines semblent s’être habituées à un commerce plus lent et moins impulsif, qui, le jour du vernissage, a donné des résultats contrastés. Les collectionneurs seraient-ils désormais plus regardants ? C’est fort probable tant Frieze London n’a pas fait apparaître nombre d’œuvres d’exceptionnelles.

Certes on trouvait de belles pièces ici et là (Scott Myles et Andreas Lolis chez The Breeder [Athènes], Nicholas Hlobo chez Stevenson [Johannesbourg, Le Cap], David Maljkovic chez Annet Gelink [Amsterdam], James Beckett chez T293 [Naples, Rome]). Certes quelques très beaux stands émergeaient du lot, tel celui de Thomas Dane (Londres) réunissant un bel ensemble de sculptures (Alexandre da Cunha, Lynda Benglis, José Damasceno…) face à des toiles de Jean-Luc Moulène, ou celui de Stuart Shave/Modern Art (Londres) dominé par Philip Lai. Mais de l’ensemble très peu restait finalement en mémoire une fois la visite achevée. Surtout, « Frame » et « Focus », les deux secteurs dédiés à la création la plus jeune, se sont montrés particulièrement fades, ce dernier donnant même la très désagréable impression de voir peu ou prou le même accrochage partout.

Trois magnifiques gargouilles
Autre ambiance, sobre et feutrée, à « Frieze Masters », où le coup de génie a été de parvenir à réunir qualité et quantité. Car il y en avait pour tous les goûts, et de belle manière : sculpture cycladique chez Rupert Wace Ancien Art (Londres) ; art océanien chez Meyer Oceanic Art (Paris) ; art médiéval (dont trois magnifiques gargouilles échappées de l’église alsacienne Saint-Georges de Haguenau) chez Sam Fogg (Londres) ; textiles anciens chez Moshe Tabibnia (Milan) ; peintres espagnols du Siècle d’or (dont un magnifique portrait d’Aristote par José de Ribera) chez Coll & Cortés (Madrid) ; mais aussi de l’art minimal chez David Zwirner (New York, Londres) ou une mini-rétrospective dédiée à Sergio Camargo chez Raquel Arnaud (São Paulo).

Par cette ampleur temporelle et ce mélange des genres, la manifestation a amorcé la rencontre de deux mondes qui d’ordinaire se parlent peu. Spécialisée dans l’art indien et islamique, Francesca Galloway (Londres) affirmait : « Cette foire est stimulante car nous comptons parmi nos clients les principaux collectionneurs d’art indien, mais elle nous fait aussi connaître auprès d’un autre public et nous avons déjà de nouveaux clients. » Un avis partagé de l’autre côté du spectre par sa consœur Isabel Mignoni, de la galerie Elvira González (Madrid), qui relevait que « de plus en plus de collectionneurs ont des goûts sophistiqués ; cette foire permet d’envisager l’acte de collectionner d’une manière plus élargie ». Spécialisé dans l’art indien américain, Donald Ellis (New York) présentait notamment un panneau gravé d’Alaska qu’il avait vendu à Andy Warhol à la fin des années 1970 avant de le récupérer récemment. Il notait que « la réception a[vait] été très enthousiaste car les collectionneurs ont bien perçu que ces objets constituent des racines d’une partie de l’art du XXe siècle, le surréalisme et l’abstraction américaine notamment ». Ou comment boucler la boucle...

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°377 du 19 octobre 2012, avec le titre suivant : Frieze prend du poids

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