Dimanche 5 décembre 2021

Foire

Baisse des visiteurs mais commerce actif à Art Basel

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2021 - 902 mots

Reportée de juin à septembre, Art Basel a accusé une baisse d’un tiers de sa fréquentation par rapport à 2019, mais les galeries y ont quand même trouvé leur compte.

Bâle (Suisse). Mesures sanitaires ou pas, la foire bâloise, modèle du genre, reste l’un des meilleurs endroits où vendre, rencontrer de nouveaux clients, donner de la visibilité à un projet ou à un artiste. Les marchands avaient tous activé leurs réseaux en amont de ce rendez-vous très médiatisé, ce qui leur a permis d’assurer des préventes, comme Blum & Poe (Los Angeles, New York, Tokyo) qui avait vendu deux tableaux de Yoshitomo Nara avant l’ouverture.

Malgré un calme inhabituel, lié surtout à la défection des Américains et des Asiatiques, les ventes sur place sont allées bon train. Les plus grosses galeries ont égrené la liste des plus onéreuses acquisitions effectuées sur leur stand. Hauser & Wirth (Zurich, Londres…) a aligné ainsi quelques records avec un tableau de Philip Guston (The Poet, 1975, 6,5 millions de dollars), une sculpture de David Smith (Vertical Structure, 1939, 5,5 millions de dollars). Un musée européen s’est porté acquéreur pour 4,5 millions de dollars du Rollings (Salvage), 1984, de Robert Rauschenberg présenté, sur le secteur « Unlimited » par Thaddaeus Ropac (Paris, Londres…) qui a par ailleurs vendu sur son espace deux Baselitz, ainsi qu’un Sean Scully, Wall Teal (2021), à plus d’un million d’euros. Sur « Unlimited » également, David Zwirner (Paris, New York) a trouvé preneur dès le premier jour pour la très grande sculpture en néons de Dan Flavin, Untitled, 1974, (3 millions de dollars), ainsi que pour le Josh Smith, Untitled, 2020 (1,25 million de dollars). Sur son stand, la galerie signalait la vente d’un Kerry James Marshall, Black and Part Black Birds in America (European Starlings), 2021, pour 2,8 millions de dollars, et d’un Bridget Riley, Intervals 14, 2020 pour 1,25 million de livres sterling. En revanche, le Robert Ryman de 1963 qui figurait parmi les lots exceptionnels était toujours à vendre à la fin de la foire pour 28 millions de dollars.

Il semble donc que les affaires ont été globalement bonnes : la galerie Max Hetzler (Paris, Berlin) affirme avoir trouvé preneur pour une peinture d’Albert Oehlen dont le prix affiché était de 3,5 millions d’euros. Lévy Gorvy (Paris) a cédé un tableau d’Ellsworth Kelly mis en vente à 3,5 millions de dollars ainsi qu’une œuvre de Günther Uecke spécialement réalisée pour l’occasion (1,6 million d’euros). Applicat-Prazan (Paris) avait pour sa part vendu quatre œuvres qui n’étaient pas sur son stand à des clients européens pour des prix allant de 225 000 euros à 1,2 million d’euros, des discussions étant en cours pour deux autres œuvres à des prix plus élevés. Les marchands américains qui avaient hésité à venir n’ont pas regretté leur voyage, comme Fraenkel Gallery (San Francisco) qui, dès le premier jour, a vendu North Pacific Ocean, Ohkurosaki, de Hiroshi Sugimoto (500 000 dollars) ainsi que de nombreuses autres œuvres.

« Des collectionneurs prescripteurs »

Art Basel est aussi le lieu idéal pour présenter des pièces hors norme. Un peu en retrait dans une allée moins passante, la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois (Paris) pouvait cependant se réjouir d’avoir vendu dès le premier jour, sur « Unlimited », « American Alphabet II » de Robert Cottingham, une série exceptionnelle de 26 tableaux. Quant à la galerie Balice Hertling (Paris), tout en participant à « Liste », elle présentait sur « Unlimited » un angelot de marbre d’Enzo Cucchi (Untitled, 2019) qui a séduit à distance un collectionneur chinois.

La foire de Bâle s’avère plus que jamais un des meilleurs endroits où nouer des contacts. « Je n’ai jamais rencontré autant de collectionneurs importants et prescripteurs, et autant d’institutions internationales », relate Jérôme Poggi, qui faisait son entrée sur la foire dans la section « Feature » avec une installation spécifique de Kapwani Kiwanga, Potomitans (2021) dont l’acquisition, par une institution internationale, pour un montant de 150 000 euros, serait en cours de négociation. « Nous avons aussi beaucoup travaillé sur les autres artistes de la galerie que nous ne montrions pourtant pas. Notamment Anna-Eva Bergman, dont j’ai vendu plusieurs tableaux autour de 100 000 euros. »

« Un public varié et très qualifié »

Art Basel demeure enfin une des meilleures places où obtenir une validation du marché. Pour sa première participation – sur le secteur « Feature » –, Hervé Loevenbruck (Paris) faisait un focus sur l’œuvre historique de Jean Dupuy (1925-2021) en espérant le valoriser à titre posthume. La galerie assurait avoir par ailleurs été félicitée pour sa présentation, sur « Unlimited », d’une œuvre radicale de Michel Parmentier (14 février 1990), une série de calques courant sur plus de seize mètres de long. Toujours sur « Unlimited », Emanuel Layr (Vienne) avait pris le pari de faire connaître le travail de Philipp Timischl avec une installation XXL mélangeant vidéo et peinture qui accueillait les visiteurs (The Embedded Mentality of Self-Sufficiency, 2021). « Cela lui a offert une visibilité incroyable, beaucoup de monde a parlé de cette œuvre, se réjouissait le galeriste autrichien. Des institutions ont manifesté leur intérêt, même si cela va prendre un peu de temps, car le budget des musées est réduit pour les artistes émergents sur des œuvres de cette échelle, mais je suis confiant. C’est ce qui est appréciable à Bâle : on peut miser sur l’attention d’un public varié et très qualifié. Nous n’avons pas tout vendu sur le stand, même si plusieurs œuvres sont parties, dont quelques petites sculptures de Timischl, mais c’était déjà inespéré pour cette année ».

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°574 du 1 octobre 2021, avec le titre suivant : Baisse des visiteurs mais commerce actif à Art Basel

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