Mercredi 19 décembre 2018

Analyse

Au secours, le pop revient !

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 28 octobre 2009 - 559 mots

On croyait les excès révolus, les paillettes remisées, Damien Hirst disparu avec pertes et fracas, Piotr Uklanski dégonflé telle une baudruche.

Eh bien non, tous les noms qui ont fait les beaux jours du marché ces trois dernières années reviennent à la charge dans l’exposition « Pop Life », présentée actuellement à la Tate Modern, à Londres. Un événement portant une curieuse épitaphe : « Pop Life est un chef-d’œuvre sous forme d’une vente aux enchères record (sic). » Que cette exposition prétendument rock’n roll, en réalité d’une vanité bruyante, se tienne parallèlement à la rétrospective de John Baldessari ne manque pas d’ironie. Face au gourou de l’art conceptuel, la clique des Young British Artists, à laquelle s’adjoint Murakami et consorts, fait figure d’adolescents gesticulant dans une boîte de nuit. Le visiteur en sort avec une gueule de bois et une furieuse envie de retourner aux fondamentaux, voire à l’art ancien.

Manque de chance, s’il pense se réfugier à la Wallace Collection, où les tableaux de Murillo ou de Fragonard tutoient les meubles Boulle, il bute à nouveau sur… Damien Hirst. Celui-ci a pris possession jusqu’au 24 janvier 2010 de deux salles où il a accroché vingt-cinq Blue Paintings, que, une fois n’est pas coutume, il a peintes lui-même. Mais le « fait main » ne donne pas de poids à ces sombres croûtes. Celles-ci singent Francis Bacon tout en ressemblant davantage à du mauvais Buffet. Hirst est connu pour ses coups suicidaires. L’an dernier, il a dispersé plus de deux cents tableaux chez Sotheby’s et récolté 111,5 millions de livres sterling (141,7 millions d’euros). Après l’épreuve des enchères, il tente l’ordalie de l’histoire de l’art. Sauf qu’à la Wallace Collection, il fait chou blanc. Aucune de ces pochades ne résiste face aux maîtres anciens. Bien que Hirst prétende avoir franchi un nouveau cap, il s’est contenté de recycler son vocabulaire de crânes, gueules de requin et points. Bref, en prenant les pinceaux, il en est à la énième digestion de son répertoire. Le « peintre » reste d’ailleurs un businessman. Après sa vente chez Sotheby’s, il a ouvert une boutique « Other Criteria », juste à côté de la maison de ventes. Histoire de harponner ceux qui ne peuvent se payer le Veau d’or. Il a récidivé en inaugurant en février une autre boutique Other Criteria située à deux pas de la Wallace. Le chaland peut y trouver pour 9 775 livres sterling (10 800 euros) une gueule de requin semblable à ses Blue Paintings.

Si Hirst est le digne héritier de Warhol, un autre artiste marche sur ses pas, Subodh Gupta. L’exposition organisée jusqu’au 31 octobre chez Hauser & Wirth à Londres en est la preuve criante. L’Indien y accumule les boîtes d’emballage des « Puppies » de Koons, amoncellement rappelant les Brillo Box de Warhol. Ailleurs, il pose un bronze reprenant en trois dimensions le fameux LHOOQ (1919) de Marcel Duchamp. Celui-ci existe en petit format pour un montant de 120 000 euros, et en grand, pour celui de 900 000 euros. Dans un autre espace, il gonfle un plateau jonché de pièces de monnaie, une œuvre connue jusque-là en petit format. Surnommé le « Duchamp du Sous-Continent », Gupta est plutôt en passe de devenir le Hirst indien...

Légende photo

Damien Hirst à la Wallace Collection
Voir la vidéo de Damien Hirst à la Wallace Collection.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°312 du 30 octobre 2009, avec le titre suivant : Au secours, le pop revient !

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