Mercredi 19 décembre 2018

L’étude Marc-Arthur Kohn se lance dans les ventes de gré à gré et le fait savoir

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 28 janvier 2013 - 815 mots

PARIS [28.01.13] – Autorisées à vendre de gré à gré depuis septembre 2011, les maisons de ventes étaient depuis lors restées discrètes sur cette pratique. Mais Marc-Arthur Kohn, commissaire-priseur situé avenue Matignon à Paris, sort de l’ombre.

Depuis le 1er septembre 2011, les maisons de ventes sont autorisées à proposer à leurs clients des ventes privées, donc sans enchères. Cette habilitation leur permet ainsi d’élargir leur champ d’intervention et de se créer de nouvelles opportunités. En témoigne la maison de vente Kohn : un collectionneur privé qui s’était porté acquéreur en 2010 d’une partie de la collection du musée du Gouvernement Espagnol, Vrijthof, Maastrich, a gardé certains tableaux pour lui et a décidé de se séparer des autres. Ne souhaitant pas vendre aux enchères, il a été mis en relation avec Maître Kohn, qui a saisi l’opportunité et lui a proposé une vente privée.

« Ces ventes de gré à gré nous permettent d’avoir accès à des oeuvres qu’on ne nous confierait pas en ventes aux enchères » souligne Maître Kohn. Mais cet évènement procède aussi de la volonté du commissaire-priseur de développer ce type de ventes « puisque l’espace que nous avons à disposition nous le permet », précisant toutefois que « c’est un complément, notre activité principale reste la vente aux enchères ». Ce n’est pourtant pas la première vente de gré à gré qu’organise Kohn mais la deuxième. En septembre 2012, il avait proposé en ventes privées des œuvres d’art contemporain. « Ce n’était qu’un coup d’essai qui a été très peu médiatisé », souligne Nathalie Henriette, commissaire-priseur habilité de la maison de vente.

Les œuvres offertes à la vente sont actuellement exposées à l’Espace Marc-Arthur Kohn au 24 avenue Matignon, pour une durée non définie. En tout, ce sont 21 tableaux représentatifs de l’âge d’or de la peinture flamande et hollandaise du XVIe au XVIIIe siècle, provenant principalement du musée du Gouvernement Espagnol. Un catalogue relié a été édité pour l’occasion, avec d’importantes notices rédigées par Jan De Maere (spécialiste de la peinture flamande). A travers ces œuvres, c’est une partie de l’histoire de cet âge d’or qui est évoquée ainsi que certaines de ses influences. Les Joueurs de tric-trac (vers 1622) de Dirk van Baburen, seule œuvre millionnaire du catalogue, est profondément ancrée dans la tradition flamande, très baroque, avec un emploi du clair-obscur. Comme beaucoup d’artistes flamands, Baburen a voyagé en Italie et a fortement été influencé par Le Caravage. Au XVIIe siècle, le paysage va devenir un genre majeur. Goffredo Wals est un des précurseurs du paysage luministe réaliste (Paysage italien), tandis que Jacob van Moscher développe aux côtés de van Goyen une nouvelle conception avec des lignes d’horizon basses permettant de mettre l’accent sur les formations nuageuses (Paysage de ferme sur une dune dans un entourage d’arbres, vers 1640). L’autre signe le plus distinctif de la période est l’immense popularité de la peinture de genre. Le catalogue en propose plusieurs exemples, dont La lessive à la ferme, d'Egdebert van der Poel (vers 1645).

La maison de ventes Kohn rejoint donc le mouvement déjà développé par Christie’s et Sotheby’s. Si pour la première, les ventes privées représentent 20 % de son chiffre d’affaires en France, pour la seconde, elles constituent environ 10 % du chiffre d’affaires dans le monde. Chez Artcurial, 3e maison de vente française, elles « représentent environ 5 % des sommes vendues aux enchères », affirme François Briest.

Il existe en fait plusieurs types de ventes de gré à gré. Celles totalement privées, à la discrétion du vendeur et de l’acheteur. Il y a ensuite les ventes semi-privées lorsque par exemple une institution publique acquiert directement auprès de l’acheteur par l’intermédiaire de la maison de vente et médiatise cette acquisition (en décembre 2011, le Louvre a acquis par l’intermédiaire de Sotheby’s, une paire de terrines couvertes en argent par Robert-Joseph Auguste, destinée au service de Georges III, roi d’Angleterre). Enfin, il y a les expositions publiques suivies de ventes privées, comme celle qu’organise la maison de vente Kohn. Christie’s a organisé deux expositions thématiques en 2012, « Michel Tapié, un Art autre ? » et « La Galerie de Girardon, évocation par Hubert de Givenchy ». Approche différente chez Sotheby’s France. « C’est un modèle qui fonctionne à New York depuis plusieurs années. Sans l’exclure pour l’avenir, nous ne l’avons pas encore mis en place à Paris. Nous avons pour l’instant préféré nous concentrer sur le travail de rencontre individuelle entre un vendeur, une oeuvre et un acheteur, qui est selon nous l’essence même du type de vente privée qu’une maison de vente publique peut offrir à ces clients en France », indique Guillaume Cerutti, PDG de Sotheby’s France.

Le dernier schéma de vente, avec exposition publique au préalable, est tout de même très proche de celui des antiquaires. On comprend alors mieux leur inquiétude. D’autant plus qu’eux, n’ont pas le droit de tenir le marteau…

Légende photo

Marc-Arthur Kohn - © Photo courtesy www.kohn.fr, D.R.

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