L’électricien de Picasso avoue avoir menti

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 31 octobre 2016 - 518 mots

AIX-EN-PROVENCE (PACA) [31.10.16] - Retournement à l’ouverture du procès en appel de l’électricien ayant travaillé chez les Picasso dans les années 1970 : il a changé sa version des faits, affirmant que les oeuvres lui ont été données non par l’artiste mais par sa veuve.

« J’ai menti ». Pierre Le Guennec, l’électricien ayant travaillé chez les Picasso dans les années soixante-dix, a ouvert lundi 31 octobre son procès devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence par un nouveau retournement. S’il s’est défendu d’avoir dérobé les 271 oeuvres qu’il a conservées plus de quarante ans, il a reconnu qu’elles ne provenaient pas de l’artiste, affirmant qu’elles lui avaient été données dans un sac poubelle par sa veuve en 1973, « quelques mois après le décès de Monsieur ».

D’une voix hésitante, se contredisant parfois sur les périodes, l'accusé a raconté que Jacqueline Picasso lui avait demandé de « remiser dans son garage 16 ou 17 sacs poubelle », qu’elle avait empaquetées elle-même à un moment où « elle avait des problèmes avec Claude Picasso », le fils du peintre. « Une année plus tard », elle lui aurait demandé de « les remonter ». Elle lui aurait alors offert « le dernier sac, au hasard », qu’il a laissé dans son garage en pensant que son contenu « n’avait pas de valeur ». Il contenait outre des collages cubistes rarissimes, quelques toiles, une peinture sur bois, des aquarelles et dessins, dont 91 dans deux carnets de croquis. Le tout est estimé 70 millions d’euros.

Pensant que Jacqueline Picasso avait pu les dissimuler « pour pas qu’elles soient dans la succession, dans l’inventaire », il dit avoir menti « par peur d’être accusé de vol ou de complicité ».

Son défenseur, Me Éric Dupont-Moretti, a immédiatement demandé un complément d’information à la cour. Les avocats de la famille Picasso, qui réclame la restitution du bien, ont cependant contesté cette nouvelle version qu’ils assimilent à une manoeuvre de dernière minute.

Pendant six ans, le couple de septuagénaires a prétendu que ces oeuvres lui avaient été données par Pablo et Jacqueline Picasso. Mais il avait vu sa crédibilité minée par ses incohérences en février 2015, lors des trois journées de l’audience devant le tribunal de Grasse, qui les a condamnés à deux ans de prison avec sursis. Le couple avait amené en 2010 ces oeuvres totalement inédites, et non signées, dans une valise à la Picasso Administration à Paris, pour solliciter des certificats d’authenticité, afin de « remettre ses affaires en ordre ».

Deux ans de prison avec sursis requis contre un couple de retraités

Ajout 31 octobre 2016 - 18h14

Deux ans de prison avec sursis ont été requis lundi devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence contre un couple de retraités poursuivis pour le recel de 271 oeuvres de Picasso, conservées une quarantaine d'années dans leur garage.

Ces réquisitions correspondent aux condamnations de l'ex-électricien Pierre Le Guennec et de son épouse Danielle en première instance par le tribunal correctionnel de Grasse en mars 2015. "Je ne crois pas à la version du don", soutenue par les prévenus, a affirmé lundi l'avocat général Christophe Raffin.

AFP
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Pierre Le Guennec à son procès à Aix-en-Provence, le 31 octobre 2016 © photo BORIS HORVAT / AFP

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