Dimanche 18 février 2018

Gulbenkian, l’incroyable collection

Par Pierre Morio · L'ŒIL

Le 21 août 2008

Un des moments forts de tout séjour à Lisbonne est la visite de la fondation Gulbenkian. Le bâtiment abrite une des plus belles collections mondiales d’art ancien. Mais pas seulement...

Comme toute entreprise philanthropique, la fondation Gulbenkian déroule son histoire en prolongement de celle de son fondateur, personnage mystérieux.
Calouste Gulbenkian, riche financier et diplomate d’origine arménienne, est né à Istanbul en 1869. Issu d’un milieu aisé, il part étudier les sciences appliquées au King’s College de Londres, en Angleterre, avant de revenir en Turquie. C’est là qu’il bâtit sa propre fortune, appelé par les autorités ottomanes pour développer l’industrie pétrolière, encore balbutiante à l’orée du XXe siècle. En échange de ses services, il récupère 5 % de la Compagnie turque des pétroles, qui deviendra peu avant la Première Guerre mondiale la Compagnie irakienne des pétroles.

Le musée, un manifeste de l’architecture moderniste
Devenu citoyen britannique, il partage sa vie entre Londres et Paris, où son hôtel particulier de l’avenue d’Iéna abrite sa collection d’œuvres d’art et le mobilier XVIIIe dont il est friand. En 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, il décide de fuir Paris occupé pour rejoindre les États-Unis, via le Portugal où il choisit finalement de s’arrêter. Il y finira ses jours, décidant même d’y établir sa fondation en 1956 pour présenter sa collection, aidé dans son choix par l’administration de la dictature de Salazar. Ce n’est pourtant qu’en 1969 que le bâtiment actuel verra le jour.
Lorsque le public arrive pour visiter le musée Gulbenkian, il est d’abord surpris par cet édifice moderne un peu austère, tapi dans son parc de verdure. Passé cet instant, il se laisse happer par le lieu, chef-d’œuvre de l’architecture moderne. Architectes et paysagistes ont travaillé de concert pour que le bâtiment se fonde dans un parc, composé de jardins de diverses inspirations, dans une unité harmonieuse.

Une collection éclectique, au haut degré d’exigence
Une fois entré dans le musée, on découvre une collection illustrant les goûts éclectiques d’un homme passionné : pièces de monnaies antiques (sa passion première), antiquités égyptiennes, arts de l’Islam, art oriental et art occidental du Moyen Âge au XIXe siècle, ainsi que le mobilier français des XVIIe  et XVIIIe  siècles. Une salle est également consacrée aux créations de René Lalique, grand ami de la famille.
Un point commun existe pourtant entre tous ces objets et toutes ces toiles : la volonté de n’acquérir que le meilleur. Et ce sont ses talents de diplomate, ainsi que ses ruses d’homme d’affaires qui permettent à Gulbenkian d’arriver à ses fins. Ainsi, par exemple, lorsque l’État soviétique, à court d’argent, veut vendre à la fin des années 1920 les collections du musée de l’Hermitage, il négocie pour acheter certains des chefs-d’œuvre, comme le Portrait d’Hélène Fourment de Rubens, quelques superbes pièces d’argenterie de Catherine II de Russie, ou bien la statue de Diane par Houdon.
Mais la fondation ne se résume pas au musée d’art ancien. Les autres espaces, occupés par trois auditoriums, des salles de répétition, des salles d’exposition, une bibliothèque consacrée aux arts, un centre d’art moderne, lui permettent de développer sa politique de soutien à la création artistique portugaise et à la science, à travers des bourses et des ateliers. La fondation a aussi son propre orchestre et un chœur. Une raison supplémentaire pour ne pas quitter les lieux trop prestement et prolonger le plaisir de la visite.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°605 du 1 septembre 2008, avec le titre suivant : Gulbenkian, l’incroyable collection

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