Dimanche 17 novembre 2019

Le LaM, Villeneuve d’Asq (59)

Wölfli sorti de l’isolement

Jusqu’au 3 juillet 2011

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 18 mai 2011 - 435 mots

Fascinante, la première rétrospective d’Adolf Wölfli (1864-1930) au LaM nous immerge dans l’univers étrange d’un artiste dont l’œuvre laisse médusé tant par sa radicalité que par son foisonnement.

Artiste protéiforme à la fois écrivain, dessinateur et compositeur, Wölfli développe tout au long de sa vie une œuvre gigantesque et tragique. Son enfance misérable d’orphelin placé est faite de dur labeur et de maltraitance. À la suite de violences, il est déclaré schizophrène et interné à vie à la Valdau, une institution psychiatrique de Berne. En ce temps-là, la société refuse aux exclus le droit de s’exprimer afin de mieux les rayer de l’histoire. En réinventant son propre langage, Wölfli va prendre la parole pour ne plus jamais la lâcher.
Dès 1895, il commence à dessiner avec des crayons noirs, mais rien n’est conservé avant 1904. Il ajoute la couleur à partir de 1899. À cette époque, Walter Morgenthaler, un psychiatre de la Valdau, lui demande d’écrire l’histoire de sa vie. À 31 ans, il rédige son premier texte de 25 000 mille pages, Courte autobiographie, une œuvre bouleversante et un document historique. Ce sont de grands ensembles hybrides recto verso d’une exceptionnelle liberté créatrice, composés de textes et de poèmes mêlés de motifs inspirés de la culture populaire auxquels il ajoute des portées musicales à partir de 1904-1905. Il n’a jamais entendu parler de Dada, pourtant l’imbrication de l’écriture et de l’image en est proche. 
Entre 1908 et 1912, il réalise un ouvrage en dix volumes intitulé Du berceau au tombeau dans lequel il réinvente son histoire : enfance, voyages, famille et futur glorieux. Vers 1915, il abandonne progressivement le dessin pour les collages qui deviennent les sujets de son monde imaginaire. Wölfli revendique son statut d’artiste. Vers 1921, alors que l’on s’intéresse à lui grâce aux études de Morgenthaler sur ses travaux, il entreprend la réalisation d’une fresque élaborée à partir de papiers découpés, assemblés et collés autour du plafonnier central de sa cellule. Il réinvente son panthéon en maître d’un univers ambivalent à la fois paradisiaque et calamiteux. Les travaux de Wölfli comportent de plus en plus de collages jusqu’à La Marche funèbre constituée de 8 000 pages. Il y abandonne l’écriture narrative par des scansions verbales. 
Lorsque Dubuffet le découvre en 1945, Wölfli incarne l’archétype de sa définition de l’art brut : « En dehors des normes convenues, à l’écart du milieu artistique, en rupture sociale et psychologique, totalement isolé et qui se met à créer. »

Voir

« Adolf Wölfli Univers »
LaM de Lille, 1, allée du Musée, Villeneuve-d’Asq (59), tél. 03 20 19 68 54, www.musee-lam.fr, jusqu’au 3 juillet 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°636 du 1 juin 2011, avec le titre suivant : Wölfli sorti de l’isolement

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