Art moderne

Rétrospective

Sous le signe de la Finlande

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 14 février 2012 - 686 mots

FINLANDE

PARIS [17.02.12] - Akseli Gallen-Kallela est le peintre finlandais par excellence. Le Musée d’Orsay rend hommage à cet artiste qui a contribué à forger l’identité nationale. PAR MAUREEN MAROZEAU

Poursuivant son cycle d’expositions sur les grandes figures de l’art européen de la fin du XIXe siècle, le Musée d’Orsay, à Paris, accueille le joyau national de la Finlande, Akseli Gallen-Kallela (1865-1931). Les espaces rénovées du 5e étage du musée se prêtent à merveille à cette première présentation au public français d’un artiste jusqu’ici noyé dans les panoramas encyclopédiques sur l’art scandinave. Dans ce parcours chronologique succinct mais juste, Gallen-Kallela apparaît sous toutes ses facettes : le naturaliste influencé par l’école française ; le symboliste s’attaquant à la mythologie finnoise ; et l’expressionniste parti en Afrique pour renouveler son inspiration.

Il y a plus d’un siècle, Paris avait déjà réservé un grand succès à Gallen-Kallela et à ses fresques sur le thème du Kalevala qui ornaient les murs du pavillon finlandais à l’Exposition universelle de 1900. Publié en 1835, le Kalevala est un récit épique composé par Elias Lönnrot à partir de poèmes finnois ancestraux. Si le parcours dépasse la dimension politique de son art, « trop longtemps réduit à un sentiment d’identité nationale », les œuvres de Gallen-Kallela illustrant des épisodes du Kalevala lui ont valu le même succès populaire qu’à l’auteur de l’épopée – si un seul regret doit être formulé, il concerne l’absence de notices d’œuvres dans le catalogue. À voir les prêts concédés par les descendants de l’artiste comme par les musées d’Helsinki, d’Espoo et de Turku, la Finlande est loin de considérer cette exposition comme une mince affaire : La Défense du Sampo (1896), superbement mise en valeur sur une cimaise rouge rajoutée sur un fond vert ; La Légende d’Aino (1891), sortie pour la première fois du pays ; et La Mère de Lemminkäinen (1897), chef-d’œuvre d’expressivité. Outre ces trois œuvres tirées du Kalevala, citons les six études pour les fresques du mausolée Juselius (1903), regroupées au sein d’une structure octogonale évoquant l’intérieur du mausolée néogothique réalisé par Josef Stenbäck ; ou encore Ad Astra, tableau mystique sur la Résurrection.

Pauvreté bucolique
C’est aussi à Paris que Gallen-Kallela, avant de passer maître dans la veine symboliste, était venu perfectionner son style naturaliste en 1884, auprès de William Bouguereau entre autres professeurs de l’Académie Julian. Dans Garçon et corbeau (1884) ou La Vieille Femme et le chat (1885), la pauvreté bucolique héritée de Jules Bastien-Lepage transparaît de manière saisissante. Mais s’il parvient à livrer des portraits révélateurs de l’âme de leurs modèles, Gallen-Kallela n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’intéresse à la nature. Dans l’œil du peintre, les lacs et les forêts de résineux sous la neige ne font pas l’objet de paysages, mais de portraits. Des vues rapprochées de fleurs, de rochers aux reliefs dessinés par la neige, d’une nature qui prend le premier plan. Quelques pièces d’arts décoratifs, parmi lesquelles du mobilier qui décorait sa demeure « Kallela », rappellent la philosophie d’art total en vogue chez nombre d’artistes au tournant du XXe siècle.

Enfin, le portrait de Gallen-Kallela ne serait pas complet sans un passage en revue de sa période kenyane, en 1909 et 1910, intéressante pour l’apparition des couleurs saturées de l’Afrique.

À Orsay, cette saison finlandaise est étoffée par un programme  à l’auditorium dans lequel le compositeur Jean Sibélius et le cinéaste Aki Kaurismäki tiennent une place de choix. Sans oublier le colloque qui se tiendra au musée le 30 mars et à l’Institut finlandais le lendemain, et qui étudiera les origines artistiques et littéraires de l’image mythique du Nord, contrée de silence et solitude.

AKSELI GALLEN-KALLELA (1865-1931). UNE PASSION FINLANDAISE

Commissaires : Philippe Thiébaut, conservateur en chef au Musée d’Orsay ; Janne Gallen-Kallela-Sirén, directeur de l’Helsinki Art Museum ; Barbara Til, conservatrice en chef au Museum Kunstpalast, Düsseldorf
Itinérance : Museum Kunstpalast, Düsseldorf, 1er juin-9 septembre

Jusqu’au 6 mai, Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion-d’Honneur, 75007 Paris, tél. 01 40 49 48 14, www.musee-orsay.fr, tlj sauf lundi 9h30-18h, 9h30-21h45 le jeudi, fermé le 1er mai. Catalogue, coéd. Musée/Hatje Cantz, 204 p., 42 €, ISBN 978-3-7757-3233-8.

Légende photo

Akseli Gallen-Kallela, La Mère de Lemminkäinen, 1897, tempera sur toile, 85,5 x 108,5 cm, Ateneum Art Museum, Helsinki. © Finnish National Gallery / Central Art Archives / Photo Jouko Könönen.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°363 du 17 février 2012, avec le titre suivant : Sous le signe de la Finlande

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