Jusqu’au 6 mai 2012

Sanejouand : l’heure du bilan

Frac des Pays de la Loire - Carquefou (44)

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 mars 2012 - 468 mots

Le Frac des Pays de la Loire a choisi, pour titre de la grande exposition qu’il consacre au travail de Jean-Michel Sanejouand, un adverbe : « rétrospectivement ».

Pas n’importe quel mot donc, mais un terme qui implique, de la part de l’artiste né en 1934, de faire le point sur plus de cinquante ans de carrière et, de la part du visiteur, de faire l’effort d’en tirer un bilan.

Pour ce faire, Laurence Gateau, la directrice du Frac qui est à l’initiative de cette belle rétrospective – la troisième après celle du Centre Pompidou en 1995 –, a souhaité donner à l’œuvre les moyens de s’exprimer en lui mettant à disposition les 500 m2 de surface d’exposition dont elle dispose dans son Frac de Carquefou (dans la banlieue nantaise), ainsi que les 1 500 m2 du Hangar à bananes – lieu qui a perdu de sa « saveur » depuis qu’il est tristement appelé Hab Galerie – situé, quant à lui, en plein cœur de Nantes. Soit la plus grande exposition jamais consacrée à ce jour à l’œuvre de Sanejouand ! 2 000 m2 offerts à un travail singulier, pour ne pas dire décisif, qui n’a pourtant cessé de dérouter, sinon de heurter, les commentateurs depuis qu’un jour d’octobre 1974 l’artiste a décidé d’exposer, galerie Germain, ses Calligraphies d’humeur. Si ces dessins d’exécution rapide à l’encre ou au feutre avaient le mauvais goût de revenir à la « peinture », ils signaient par ailleurs un retour à la figuration. Double traîtrise ! Et double peine donc, puisqu’une partie de la critique devait lui tourner le dos…

Il faut se remémorer la vigueur des débats esthétiques des années 1960 et 1970. À cette époque, pour un artiste dit conceptuel, qui a gagné ses premiers galons en assemblant des objets manufacturés « dans un désir violent de provoquer [l’espace] » – le premier Charge-Objet date de 1962 –, il ne peut être question de revenir à la « tradition ». « Avant 1974, j’étais considéré comme un artiste de droite, admis à participer à la très officielle exposition “Douze ans d’art contemporain en France” [en 1972], observe rétrospectivement Jean-Michel Sanejouand. Après, j’ai été catalogué artiste-cryptogauchiste. » Autrement dit un « peintre », et qui allait surenchérir par une série d’Espaces-Peintures en 1978 et, ensuite, par la représentation de masques et de pierres, les mêmes qu’il ramassera pour les assembler à partir de 1989.
Car personne ne devait s’apercevoir que ses « peintures » et ses « sculptures » avaient davantage à voir avec ses recherches conceptuelles d’avant 1974 (Équilibres de cailloux en 1960, Charges-Objets en 1962 et Organisations d’espaces en 1967) qu’avec l’art « à la papa ». Comme personne ne devait se rappeler que Sanejouand avait finalement eu l’intuition de ce que devriendrait la peinture avant BMPT, Lavier ou Armleder et ses Furniture Sculptures. Il était temps, rétrospectivement, d’en faire le bilan.

Voir « Jean-Michel Sanejouand, rétrospectivement… »

Frac des Pays de la Loire, La Fleuriaye, boulevard Ampère, Carquefou (44), www.fracdespaysdelaloire.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°645 du 1 avril 2012, avec le titre suivant : Sanejouand : l’heure du bilan

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